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en tel ou tel endroit, et qui semble avoir rapport à la religion, sans rien y ajouter qui vienne d'eux, et ils se mettent à rire, et chaque homme bien élevé rit avec eux pour leur tenir compagnie. On ne rit pas parce que celui qui a commencé ou celui qui est venu après lui a eu dans son esprit un véritable sujet de rire, car on ne peut avoir sujet de rire de ce dont on n'a pas d'idée, mais on rit en vertu d'une convention générale. Bientôt tout le monde se prend à rire, sans que personne sache pourquoi, mais chacun suppose que son voisin doit savoir pourquoi.

Quant à étendre cette illustration du temps présent à ce que nous faisons ici actuellement, et à vous raconter ce qui m'a décidé à faire dans cette ville des leçons philosophiques populaires pour un public mêlé, cela m'entraînerait trop loin. Mais la nature de ces leçons étant ainsi déterminée, quiconque a quelque connaissance de cette matière comprendra que le but scientifique une fois écarté, il ne reste rien dans la philosophie de généralement intéressant et intelligible pour un public mêlé que la religion. Déjà j'avais expressément annoncé que mon but était de ranimer les sentiments religieux dans la conclusion des leçons de l'année dernière, qui ont été publiées et qui avaient le même objet. J'avais ajouté

que ce cours n'était qu'une préparation au sujet actuel, que nous y avions seulement traité de ce qu'il y a de principal dans la sphère de la religion de l'entendement, mais que nous n'avions pas même touché à la sphère de la religion de la raison. On devait attendre de moi que si jamais je reprenais ces entretiens, je les reprendrais là où je les avais laissés. Je devais encore chercher à désigner d'une manière populaire le sujet de ces leçons populaires, et j'ai pensé que la dénomination de Méthode pour arriver à la vie bienheureuse, les caractériserait parfaitement. Je crois jusqu'à présent ne pas m'être trompé, et vous-mêmes, Messieurs, après avoir suivi ces leçons jusqu'à la fin, vous pouvez décider si ce que vous avez entendu est l'exposition d'une méthode pour arriver à la vie bienheureuse, ou si vous avez entendu autre chose qu'une méthode pour arriver à la vie bienheureuse. Voilà pourquoi j'ai annoncé ces leçons sous ce titre dans les feuilles publiques, et je persiste à croire que cette annonce est tout à fait convenable et naturelle.

Quand il serait arrivé que cette majorité dont je viens de vous faire le portrait eût jugé mon annonce et mon entreprise comme tout ce qu'il y a de plus comique au monde, et qu'elle y eût trouvé le sujet d'un rire extinguible, je n'en au

rais pas été surpris et je l'aurais trouvé tout naturel. Je trouverais encore tout naturel que les rédacteurs des feuilles publiques eussent envoyé ici des sténographes pour recueillir et faire passer dans leurs feuilles, afin d'égayer leurs lecteurs, un peu de ce ridicule qui coule ici à pleins bords: Méthode pour arriver à la vie bienheureuse! Nous ne savons pas ce que cet homme peut entendre par vie et par vie bienheureuse; mais c'est une association bizarre de mots qui, jusqu'à présent, n'avait pas encore frappé notre oreille; il est facile de prévoir que dans un tel sujet il ne peut y avoir que des choses dont un homme bien élevé n'oserait pas parler dans une bonne société. Dans tous les cas, ce brave homme n'aurait-il pas dû prévoir qu'il nous prêterait à rire? Or, comme s'il était un homme raisonnable, il aurait dû éviter cela à tout prix, il a fait preuve d'une grande maladresse. Rions donc par avance, comme c'est notre usage, et peut-être en attendant viendra-t-il à quelqu'un de nous une idée nouvelle qui justifie ce rire.

Il ne serait pas impossible qu'une telle idée arrivât en effet. On pourrait dire, par exemple: Combien il doit être heureux cet homme qui veut enseigner aux autres la méthode pour arriver au bonheur ! Au premier coup d'œil, cette manière

de représenter la chose paraît un peu plus spirituelle. Mais ayons la patience d'y jeter un second coup d'œil. Admettons que par une intelligence claire et nette de ses principes, celui dont on se moque ait une vie calme et heureuse, comment pourrait-il être atteint par cette raillerie? «Mais dire pareille chose de soi-même, c'est faire de soi-même un éloge impudent! >> Sans nul doute il n'a pas commencé par annoncer cela directement de lui-même, car un homme sérieux qui parle en public trouve à parler de bien d'autres choses que de sa propre personne. Mais si on annonce qu'on possède une pensée qui répand le calme et le repos sur la vie, et qu'on veut la communiquer à d'autres, cela suppose évidemment qu'on est pénétré soi-même de cette pensée, et que par cette pensée, dont le propre est de donner le bonheur, on est soi-même heureux. On ne peut raisonnablement avancer la première chose sans avouer tacitement la seconde; il faut bien accepter cette conséquence. Serait-ce donc une si grande impudence et un ridicule ineffaçable de donner à entendre par une corrélation nécessaire qu'on ne se croit pas un homme impuissant, méchant et misérable?

Certainement, messieurs, c'est là la seule impudence et le seul ridicule que la majorité dont

nous parlons puisse saisir en nous, et par ce que nous avons déjà dit nous dévoilons au grand jour l'esprit qui l'anime. D'après le principe réel de tous les jugements de cette majorité, quoique peut-être elle l'ignore, toute relation entre les hommes doit se fonder sur la supposition tacite que tous de la même manière nous sommes de pauvre pécheurs. Selon eux, celui qui croit que les autres sont meilleurs que lui, est un fou; celui qui se donne pour quelque chose de meilleur que les autres, est un sot présomptueux. Tous deux sont dignes de risée. Nous sommes des êtres faibles et misérables dans l'art et dans la science; nous ne pouvons rien, nous ne savons rien, et cependant chacun veut dire son mot. Voilà ce que nous devons humblement avouer et reconnaître entre nous; parlons donc et laissons parler les autres. Mais celui qui l'entend d'une autre manière, celui qui prend les choses au sérieux, comme s'il pouvait et savait réellement quelque chose, celui-là agit contre les convenances, il est arrogant et présomptueux. Nous sommes des êtres faibles et misérables dans la vie; le dernier but de tous nos efforts, de tous nos travaux, est d'améliorer notre condition extérieure; qui ne le sait pas ? Il est vrai que la convenance exige que l'on ne le dise pas en face d'un autre, comme cet autre n'est pas obligé non plus de l'a

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