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elle-même, elle conçoit qu'elle est telle ou telle chose, qu'elle porte tel ou tel caractère. Ainsi donc, et c'est l'expression générale que je vous prie de bien saisir, dans la réflexion sur luimême, le savoir se divise lui-même et par sa propre nature, parce que non-seulement il se saisit clairement lui-même, ce qui ne serait qu'un seul élément, mais parce qu'il se saisit comme telle et telle chose, ce qui ajoute un second élément, un élément qui, pour ainsi dire, jaillit du premier. Le vrai principe de la réflexion se scinde donc, pour ainsi dire, en deux parties. Telle est la loi fondamentale de la réflexion.

5o Comme l'objet premier et immédiat de la réflexion absolue est l'existence même, dont, suivant la forme du savoir que j'ai expliquée, la vie vivante est changée en un être fixe, en un monde; le monde est donc le premier objet de la réflexion absolue. Ce monde, d'après la forme essentielle de la réflexion, doit se scinder dans cette réflexion, de telle sorte que le monde, ou en général l'existence fixe, prenne un caractère déterminé, et le monde général une forme particulière dans la réflexion. Tout cela s'accomplit seulement dans la réflexion, en tant que réflexion; mais, comme nous l'avons dit, la réflexion est en elle-même absolument libre et indépendante. Si

donc on ne réfléchit pas, et, en vertu de la liberté, on peut ne pas réfléchir, alors rien n'apparaît. Mais si on va à l'infini, de réflexion en réflexion, et, en vertu de la liberté, on peut le faire, à chaque réflexion nouvelle, le monde doit apparaître sous une forme nouvelle, et ainsi, dans un temps infini, qui est aussi engendré par la liberté absolue de la réflexion, le monde peut changer, se transformer à l'infini, et s'écouler comme une variété infinie. Ainsi de même que la notion en général s'est montrée à nous comme créatrice du monde, de même se montre ici à nous le fait libre de la réflexion comme créateur de la variété, et d'une variété infinie dans le monde. Cependant ce monde, malgré cette variété, demeure le même, parce que l'idée dans son caractère essentiel reste une et identique.

6° Embrassez d'un seul coup d'oeil tout ce que je viens de dire. La conscience ou bien aussi nousmêmes, nous sommes l'existence divine, et nous ne faisons absolument qu'un avec elle. Or, dans cette existence, Dieu se saisit lui-même et par là devient conscience, et son essence propre ou bien l'être véritablement divin devient pour lui le monde. Qu'y a-t-il donc alors dans sa conscience? Chacun, je pense, répondra : le monde et rien que le monde. La vie divine immédiate ne

serait-elle pas peut-être encore dans cette conscience? Je pense que chacun répondra : non; car il est absolument impossible que la conscience ne transforme pas en un monde cette vie immédiate, et ainsi, la conscience étant posée, cette transformation se trouve accomplie. La conscience absolue est précisément, à son insu, l'accomplissement de cette transformation. Où est donc cette vie divine qui, dans son immédiatité, devait être la conscience? où a-t-elle passé, puisque, selon notre propre aveu qui résulte nécessairement de nos principes, elle est, quant à son immédiatité, expulsée à jamais de la conscience? Je réponds elle n'a pas disparu, mais elle demeure là où seulement elle peut demeurer, dans l'essence cachée et inaccessible à l'idée de la conscience; elle demeure dans ce qui est le support de la conscience, dans ce qui en conserve et rend possible la manifestation. La vie divine dans la conscience se change donc nécessairement en un monde fixe, mais chaque conscience réelle est un acte de réflexion, et l'acte de réflexion scinde irréparablement ce monde unique en des formes infinies dont la conception ne peut jamais être épuisée, et dont une série finie entre seule dans la conscience. Je demande où réside donc ce monde unique, ce monde achevé et accompli, qui, comme nous l'avons dit,

est le reflet de l'essence de la vie divine. Je réponds : Il réside là seulement où il est, non dans un acte particulier de réflexion, mais dans la forme unique, fondamentale, absolue de la notion qui ne se trouve pas dans la conscience réelle et immédiate, mais seulement dans la pensée supérieure à la conscience, comme dans cette même pensée se trouve encore au delà, et à une plus grande profondeur, la vie divine ellemême. Où donc, dans ce continuel écoulement de la diversité, de la réflexion réelle, et de ses représentations du monde, se tient l'être un et invariable de la conscience, qui se confond avec l'existence divine? Ce n'est pas l'être divin, mais seulement la représentation, l'image de l'être divin qui entre dans ces changements; votre œil sensible est un prisme dans lequel l'éther du monde sensible, qui en lui-même est pur, uniforme et sans couleur, se réfracte en couleurs variées sur les surfaces des choses; vous n'en concluez pas que l'éther en lui-même est coloré, mais seulement qu'il se réfracte en couleurs dans et sur votre œil par une réciprocité d'action; vous ne pouvez voir l'éther sans couleur, mais seulement le penser, et vous n'avez foi qu'à cette pensée, lorsque vous avez reconnu la nature de l'œil; agissez-en de même dans les choses du monde spirituel, et par rapport à l'œil de l'es

prit. Ce que tu vois, tu l'es toi-même éternellement, mais tu ne l'es pas tel que tu le vois, ni tu ne le vois tel que tu l'es. Tu l'es invariable, pur, sans couleur, sans forme; c'est la réflexion qui est aussi toi-même, et dont tu ne peux en conséquence te séparer, qui le réfracte à tes yeux sous des rayons et des formes infinis. Sache donc que ce que tu vois n'est pas divers, divisé, brisé en lui-même, mais seulement dans la réflexion qui est l'œil de l'esprit, et par rapport à cette réflexion. Par-dessus cette apparence qui, dans la réalité, est aussi inévitable que les couleurs dans la vue sensible, élève-toi jusqu'à la pensée. Que la pensée s'empare de toi, et tu n'auras plus de foi qu'en elle.

Dans une exposition populaire, on ne peut, selon moi, se dispenser de répondre, comme je viens de le faire, à cette question : Puisque l'être en lui-même doit être absolument un, invariable, immuable, et se présente avec évidence comme tel à la pensée, comment s'introduit dans cet être la variété qu'y trouve la conscience réelle? L'être est en effet l'être unique, l'être divin qui est ce qu'il y a de réel, et ce qui demeure éternellement dans toute existence. Cet être unique est scindé, brisé en des formes infinies par la réflexion qui est inséparable de la conscience réelle.

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