Obrazy na stronie
PDF
ePub

à la première vue, que ces deux éléments existant toujours ensemble, et n'étant pas séparables l'un de l'autre, doivent être placés au même rang. Ainsi la pensée intérieure pourrait être le fond et l'essentiel par rapport à la perception extérieure des sens, qui serait l'effet et l'accident, comme le contraire pourrait avoir lieu. De telle sorte que nous serions suspendus entre ces deux hypothèses par un doute insoluble, qui jamais ne nous permettrait de porter un jugement définitif sur ce rapport. C'est ainsi, dis-je, qu'à la première vue, les choses semblent se présenter. Mais la conscience intérieure embrasse le sens extérieur, puisque nous avons conscience de l'action de voir, d'entendre, de sentir, tandis que nous n'entendons pas, nous ne voyons pas, nous ne sentons pas la conscience, et ainsi elle tient déjà la place la plus élevée dans le fait donné par l'observation. Si donc quelqu'un examine plus profondément les choses, il trouvera plus naturel de faire de la conscience la cause principale, et du sens extérieur l'effet et l'accident, d'expliquer, de contrôler, de confirmer le sens extérieur par la conscience, que de faire le contraire.

Or comment, sur cette question, raisonne généralement le vulgaire? Il déclare sans façon le

sens extérieur premier principe et pierre de touche immédiate de la vérité. Ce qui est vu, ce qui est entendu, ce qui est senti existe par cela seulement qu'il est vu, qu'il est entendu, qu'il est senti. La pensée, la conscience intérieure des objets ne vient qu'après, comme une chose sans importance, qu'on remarque à peine, et dont on se passerait si elle ne s'imposait à nous. Selon cette opinion, on ne voit pas, on n'entend pas parce qu'on pense, mais on pense parce qu'on voit et entend; on pense sous l'empire de cette action de voir et d'entendre. La philosophie moderne, perverse et corrompue, dont j'ai déjà parlé, s'est constituée l'interprète et l'organe de cette grossière pensée; elle ouvre la bouche et s'écrie sans rougir: Le sens extérieur est la source unique de la réalité, et toute la connaissance se fonde sur l'expérience, comme si c'était un axiome contre lequel personne ne pût oser réclamer. Comment cette pensée grossière et la philosophie, son interprète, a-t-elle donc pu si facilement faire abstraction de tous les motifs de doute dont nous avons parlé, de tous les indices qui nous portent à croire que ce rapport est inverse? Comment, à première vue, et sans autre examen plus approfondi, ne s'arrête-t-elle pas à l'opinion opposée qui se présente comme plus naturelle et plus vraisemblable, à savoir, que tous les sens ex

térieurs avec leurs objets ne sont fondés que sur la pensée générale, que toute perception sensible n'est possible que dans la pensée, que comme quelque chose de pensé, comme une détermination de la conscience générale, et non en tant que séparée de la conscience, en tant qu'existant par elle-même ? Il n'est pas vrai que nous entendons, que nous sentons tout simplement; nous ne faisons qu'avoir conscience de notre vision, de notre audition, de notre sensation. Pourquoi donc ce principe que nous professons hautement, ce principe que nous croyons seul vrai, seul doué d'une évidence absolue, tandis que nous considérons le principe opposé comme une absurdité manifeste, échappe-t-il, même dans sa possibilité, à l'opinion du vulgaire ? Il est facile de l'expliquer. Le jugement que porte ici le vulgaire est l'expression nécessaire du degré actuel de vie auquel il est parvenu. Pour lui, la vie siége encore dans les sens extérieurs, qui sont les extrémités par commence à se manifester la vie intellectuelle. C'est dans le sens extérieur que le vulgaire existe le plus vivement, qu'il s'aime et qu'il jouit de luimême. Ainsi sa croyance se concentre là où est son cœur. Le pensée, au contraire, commence à peine à germer en lui; ce n'est pas encore une chair vivante, un sang bouillant, c'est encore une matière pulpeuse et inerte. Aussi la pensée n'ap

ой

paraît-elle au vulgaire que comme une vapeur étrangère qui ne se rapporte ni à lui ni à l'objet qu'il contemple. S'il lui arrivait un jour d'exister plus énergiquement, de se sentir, de jouir de luimême plus vivement dans la pensée que dans la vue et dans l'ouïe, alors il porterait un tout autre jugement.

La pure pensée, même dans ses plus humbles manifestations, est ainsi dédaignée et méprisée par l'opinion vulgaire, parce que cette opinion vulgaire n'a pas encore transporté le siége de sa vie dans la pure pensée, parce qu'elle n'a pas encore étendu jusque-là les antennes de l'esprit. Je dis la pensée dans ses plus humbles manifestation, car telle est seulement la pensée des objets extérieurs, laquelle, dans la perception sensible, a une contre-image et un compétiteur, dont la prétention est également d'exprimer la vérité. La pensée vraiment pure, la pensée dans une manifestation plus élevée, est celle qui, sans aucun secours du sens extérieur et sans aucune relation avec lui, se crée d'elle-même et par elle-même directement son objet intellectuel. Dans la vie ordinaire, ce degré de la pensée se présente lorsqu'on s'interroge sur l'origine du monde et du genre humain, ou sur les lois intimes de la nature. En effet, pour ce qui concerne la création

du monde et l'origine du genre humain, il est évident qu'il n'y a point d'observateur dont on puisse invoquer le témoignage, et, pour ce qui concerne les lois intimes de la nature, il est également évident qu'on ne recherche aucun phénomène en particulier, mais le principe d'où découlent tous les phénomènes. Il ne s'agit pas de trouver ici un événement qui tombe sous les yeux, mais quelque chose de nécessaire pour la pensée, qui soit ainsi et qui ne puisse pas être autrement, par conséquent un objet qui résulte uniquement de la pure pensée. Tel est le premier point que je vous prie de bien comprendre.

Par rapport à ce degré élevé de la pensée, voici comment le vulgaire procède. Il se fait créer par d'autres, ou, s'il a plus de force, il se crée à lui-même, en vertu de cette espèce de pensée arbitraire et sans loi qu'on appelle l'imagination, une des nombreuses suppositions par lesquelles on peut expliquer l'origine du réel qui est en question. Dans l'école on appelle ces suppositions des hypothèses. Il consulte ses penchants, ses craintes, ses espérances, ou tout autre passion qui actuellement la domine, et, de la fiction qui s'accorde avec cette passion, il fait une vérité fixe et immuable. Je dis qu'il imagine une des nombreuses suppositions possibles, et c'est là le carac

« PoprzedniaDalej »