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Avec un long dégoût sachez que tous les yeux
Repousseraient bientôt ces objets odieux.

Chez les Grecs inventeurs la Poésie épique
Précéda de Thespis le tombereau tragique,
Spectacle encor naissant d'un peuple ingénieux;
Mais, lorsque des héros le bras victorieux
Dans les murs de Pallas eut accru l'opulence,
Un théâtre épuré, grand, somptueux, immense,
Remplaça de Thespis les tréteaux vagabonds.
Athènes sur ses bords, désormais si féconds,
Vit fleurir trois rivaux, nés du souffle d'Homère,
Comme lui chers aux Dieux, et maîtres du vulgaire.
Siècles! prosternez-vous; Peuples! donnez des pleurs;
Hommes! partout de l'homme entendez les douleurs;
Partout la voix du ciel, la puissante nature,

La haine des forfaits, la vertu belle et pure,
Partout l'amitié sainte, et ces devoirs plus saints
De respecter les dieux et surtout d'être humains!
Républicains heureux! tout leur offrait la gloire:
Tandis que leurs drapeaux couraient à la victoire,
Le maître de Platon, du beau vraiment épris,
Faisait dans la dispute enfanter les esprits 1;

1. Sans doute Chénier fait ici allusion à cet esprit, à ce génie particulier, que Socrate prétendait lui servir de guide, et lui obéir constamment lorsqu'il le consultait.

1

Eschyle, en vers pompeux rappelant Salamine,
Étalait du grand roi l'orgueilleuse ruine;
Poètes enchanteurs, et Sages, et Guerriers:
Tous les fronts à l'envi s'ombrageaient de lauriers.

Cependant quand le tems, roi des choses humaines,
De sa grandeur première eut fait tomber Athènes,
Les fils de Romulus, ennemis des beaux-arts,
Dédaignaient Apollon sous les tentes de Mars.
Des intérêts publics l'active turbulence
Au forum, au sénat, fit tonner l'éloquence;
Et de la Grèce enfin l'exemple généreux

De leurs vers cadencés forma le pied nombreux.
Mais de cet art divin les fruits long-tems précoces
N'atteignaient point ces cœurs sublimement féroces:
Ah! la lyre est muette en des jours odieux!
Eh! comment pouviez-vous, nobles amis des Dieux,
Au milieu des combats et des paix sanguinaires,
Élever jusqu'au ciel vos palmes ordinaires?
Leurs fronts majestueux se courbaient ébranlés.
L'adroit, l'heureux Octave, en ces murs désolés,
Faisant taire à jamais les tempêtes publiques,
Appela d'Hélicon les vierges pacifiques;

Et la Grèce, égalée en ses nobles travaux,
D'un œil respectueux contempla ses rivaux.
Les uns faisaient couler les pleurs de l'élégie;
Les autres sans aigreur faisaient rire Thalie;
Le vieillard de Théos et le Chantre thébain

Unis, virent contre eux lutter un seul Romain :
Un seul fit admirer les sons de la musette

Et le chant didactique et l'altière trompette.
Mais, dût-on m'opposer Ovide et Varius,

Dont les essais vantés ne nous sont point connus,
Aucun n'a fait revivre en ses veilles brûlantes
Des tragiques héros les familles sanglantes.
L'Attique en ce grand art brillait sans héritiers;
Melpomène en frémit; et, vingt siècles entiers,
Fermant aux nations son temple et son oreille,
Dans un sommeil oisif elle attendit Corneille.

Respectez la pudeur, observez la décence.
Regnard a peu connu cette grande science:
L'honnête homme chez lui souvent parle en Crispin;
La pupille d'Albert agit même en catin.

Recherchez ses bons mots, son comique, ses grâces;
Mais sachez tout à coup abandonner ses traces,
Lorsque, bravant des mœurs le criant désaveu,
Il peint à nos regards cet impudent neveu
Qui, d'un valet matois servant l'effronterie,
Et complice enchaîné de sa friponnerie,
Voit largement s'inscrire au testament volé
Le faux oncle, de biens par soi-même comblé.
Bientôt, du vrai Géronte abusant la vieillesse,
OEuvres posthumes. II.

15

Ils jouiront tous deux de leur scélératesse.

Évitez ces écarts, ô vous dont les pinceaux
Brûlent de s'illustrer en d'utiles tableaux.
Que la vertu, jamais en proie à la risée,
Par le vice applaudi ne se trouve écrasée;
Qu'il soit toujours dépeint d'inflexibles couleurs;
C'est alors que la scène est l'école des mœurs.
Celui qui dessina Constance et Mélanide '
Par là sut mériter une gloire solide:

D'une pure
doctrine en tous lieux revêtu,
Son vers, un peu traînant, fait chérir la vertu;
Trop heureux si sa muse eût prisé davantage
Le sel toujours nouveau d'un riant badinage;
Mais, au lieu d'un aimable et sage observateur,
Je ne vois trop souvent qu'un froid prédicateur.
Fuyez son éloquence empesée et maussade;
Il faut plaire, égayer: alors on persuade.
Auteurs, n'allez jamais vous modeler sur lui :
Le pire des défauts sera toujours l'ennui.

Voulez-vous parvenir à ce grand art de plaire?
Relisez nuit et jour, étudiez Molière;
Lui seul réunit tout: la naïve gaîté,
Les grâces, l'énergie et la fécondité.

1. Nivelle de La Chaussée.

Suivez-le pas à pas: c'est suivre la nature;

C'est des succès constans la route la plus sûre.
Bien avant lui, Ménandre et ses imitateurs

Des vieillards, des amans, ont su peindre les mœurs;
Chez eux, près de Chrémès, Dave, en ruses fertile,
Conduit avec adresse une intrigue subtile'.
Dussé-je de leur gloire obscurcir les rayons,
Des traits plus importans invitaient leurs crayons :
Ils sont vrais, j'y consens; mais leurs toiles vivantes
Ne nous ont point transmis des peintures savantes;
Le vice n'a jamais redouté leur effort:

Molière plus hardi, plus varié, plus fort,

Heureux vainqueur du vice et de la muse antique, Seul exempt de rivaux, tient le sceptre comique.

D'autres, loin de son trône, assis aux seconds rangs,
Nous plaisent à l'envi par des traits différens.
Nous aimons dans Regnard un charmant badinage;
Dufresni, son rival, eut l'esprit en partage;
Gresset fut de nos jours plus gracieux, plus fin;
Destouches plus profond, Le Sage plus malin;
Piron avec plus d'art peignit le métromane;
Palissot eut pour lui le sel d'Aristophane;
Aux applaudissemens tous ont acquis des droits;
Chacun d'eux tour à tour appelle notre choix.

1. Personnages de la comédie de Térence intitulée : Andria.

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