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Cite à son tribunal Mithridate ou Caton!

Si quelque bon esprit, sans fard, sans complaisance,
De l'étrange sénat prêchait l'insuffisance,

Mon dieu! lui dirait-on, c'est prendre un vain souci:
Du tems de Pellegrin cela s'est fait ainsi;
C'est la loi, c'est l'usage: il y faut satisfaire;
Et Poisson décidait des talens de Voltaire.

Dans le calme des nuits, toi, que la gloire éveille,
Qui, brûlant d'égaler et Racine et Corneille,
Médites à loisir de durables succès!

A peine tu verras, au gré de tes souhaits,
Tes efforts couronnés et ta muse applaudie;
Bientôt, n'en doute pas, l'ignoble Parodie
Va lancer contre toi ses traits mal aiguisés;
Railler tes plus beaux vers platement déguisés;
Odieux instrument des fureurs de l'envie,
Peut-être déchirer ta personne et ta vie;
Te noircir des venins de sa malignité,
Ou t'insulter encore avec aménité.

Dans son flegme important, qu'un autre aille te dire
Que de ces jeux malins, le premier, tu dois rire;
Crois-moi ne ris jamais d'insipides bons mots;
Mais ne t'en fâche point, et méprise les sots.

DÉBUT

D'UN

POËME SUR LA NATURE.

DE L'HOMME ET DES CHOSES.

QUAND de la Liberté le bienfaisant génie

Ranime par degrés la France rajeunie,

Et, couronnant de fleurs nos sacrés étendards, Sur l'aile de la Paix ramène les beaux-arts, J'abandonne un moment la Melpomène antique, Et je chante aujourd'hui, sur le ton didactique, L'homme inculte et sauvage, isolé dans les bois; L'homme civilisé, cherchant l'appui des lois.

Ignorant, mais sensible en commençant la vie,
L'homme enfin s'est connu par la philosophie.
Elle a décrédité les pieuses erreurs;

Sur les besoins de tous elle a fondé les mœurs;
Elle a créé des lois le joug utile et sage;
Des sciences, des arts, elle a réglé l'usage;
Et son heureux empire, affermi sans retour,
Malgré les imposteurs s'étendra chaque jour.
CEuvres posthumes. II.

14

Fille de la Nature, ô Vierge tutélaire,
Raison! que ton flambeau me dirige et m'éclaire;
Et si, dès mon enfance amoureux de tes lois,
Je me laissai conduire aux accens de ta voix,
Fais passer dans mes mains la lyre enchanteresse
Que ton disciple Pope hérita de Lucrèce,
Et qui, du grand Voltaire animant les travaux,
Lui dut des sons plus doux et des accords nouveaux.
Viens, chante, inspire-moi; seconde mon courage;
Sois libre des tyrans je ne crains point la rage.

:

Trop de chantres fameux, abusant l'univers,
De leur but véritable ont détourné les vers:
L'aveugle des Anglais qui, dans sa docte ivresse,
A souvent égalé l'aveugle de la Grèce,
Milton, sut rajeunir, en ses chants admirés,
De l'antique Israël les mystères sacrés;
Milton d'un pur éclat en orna la peinture;
Il puisa ses couleurs au sein de la nature;
Son nom, perçant la nuit de l'immense avenir,
Vivra chez les humains dans un long souvenir;
Mais je veux, dédaignant tout fabuleux langage,
Par un autre océan tendre au même rivage.

Principe des vertus, mère des grands exploits,
Puissante Liberté ! viens animer ma voix.

Tes autels sont détruits dans la Grèce et dans Rome.
Premier bienfait des cieux, premier besoin de l'homme,
Guide du citoyen, du chantre et du guerrier,

Viens, le front couronné de chêne et de laurier,
Comme on te vit jadis dans les beaux jours d'Athène,
Viens enfin, sur les bords arrosés par la Seine,
De ta main triomphante ouvrir en nos remparts
Le temple de la Paix et le temple des Arts!

Il existe sans doute une cause éternelle:

Tout fut créé, tout vit, tout se soutient par elle;
Tout change, et rien ne meurt au sein de l'univers.
Mais de voiles sacrés nos yeux long-tems couverts
Idolâtrent encor de frivoles mystères,

D'une trop longue enfance hochets héréditaires.
Ces milliers de soleils aux fécondes clartés,
Dans l'abîme des cieux pompeusement jetés;
Des mondes infinis l'opulente structure :
Tout proclame un seul Dieu, l'âme de la nature;
Mais des dieux qu'il a faits l'homme a peuplé le ciel.
On nous oppose en vain l'instinct universel,
Les peuples policés, les peuplades sauvages,
Créant, multipliant, adorant des images;
De victimes, d'encens, les Dieux environnés,
Et devant leurs autels les siècles prosternés;
Ce long assentiment pourra-t-il nous confondre?
Épicure et Lucrèce osèrent y répondre:

Le monde entier parlait; mais leur génie altier
Prétendit réfuter la voix du monde entier.

Leur flambeau me conduit; leur audace m'anime.
Et que prouve en effet ce concours unanime?

Par les premiers humains le mensonge inventé
S'accrut en vieillissant, tous les jours répété.
La crainte fit les Dieux; l'intérêt fit les Prêtres;
Nos pères effrayés en ont cru leurs ancêtres,
Qui, des mêmes frayeurs se laissant dominer,
S'étaient pressés de croire, au lieu d'examiner.
Vous craignez; vous croyez; et vos enfans timides,
Suçant, avec le lait, des préjugés stupides,
Vont peut-être inspirer cette antique terreur
A des enfans, comme eux héritiers de l'erreur.
Avec notre univers le mensonge commence.
Jusqu'au premier chaînon de cette chaîne immense,
Je saurai, du vulgaire affrontant le courroux,
D'un vol précipité remonter avec vous,
Jusqu'au dernier chaînon pas à pas redescendre;
Des siècles, des cités, interroger la cendre;
Et, d'un ton simple et vrai chantant la vérité,
Verser dans tous mes vers sa sainte austérité.

De l'univers Dieu seul est la cause première :
Son souffle créateur fit jaillir la lumière,
Alluma ce soleil qui semble roi des cieux,
Et peupla de la nuit les champs silencieux.
Aux élémens rivaux il assigna leur place.
Immobile et planant au centre de l'espace,
Le feu générateur circule dans les airs,
Rend la terre fertile, et vit au sein des mers.
C'était encor trop peu la nature féconde

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