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- M. Ronconi défile, de jour en jour, aux Bouffes, avec une activité qui ne s'y était jamais vue, les perles les plus exquises de la musique italienne. Après I Capuletti et Lucia, sont venus l'Italiana, I due Foscari, l'Elisir. Ce dernier ouvrage s'est produit avec un ensemble merveilleux; Mlle Vera a débuté dans Adina, avec une grâce et un charme qui promettent de beaux succès. M. Ronconi a déployé, dans Dulcamara, une souplesse qui tient du prodige. Au premier jour Lablache!

Encore un joli succès à l'Opéra-Comique : le Moulin des Tilleuls. L'auteur de Castibelza, M. Maillard, a sauvé, par ses douces mélodies, l'insignifiance du libretto; Mme Darcier a donné une seconde vie aux Mousquetaires de la Reine. M. Boulo et Mlle Lefebvre l'ont secondé avec talent. On sent dans tout ce théâtre une direction habile et ferme. Aucun autre peut-être, en ce moment, n'offre un tel ensemble à Paris.

-On annonce tout bas, dit le Journal des Théâtres, que Mme Viardot va chanter la Favorite avec le Prophète, et que Mile Alboni rivalisera avec elle. P.-C.

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Vous me demandez, chère amie, comment on s'habillera cet hiver; vous redoutez les modes d'hier, et vous voulez être à la mode de demain, comme nos élégantes. Je vous signalerai d'abord, pour que vous les évitiez, les modes qui ne sont ni de demain ni d'hier, et qui ne se trouvent que dans les journaux de couturières, réduits à travestir, chaque semaine ou chaque mois, ce qui ne change réellement que trois ou quatre fois par année au plus. Prenez garde, vous, votre mari et vos enfants, d'être dupes de ce carnaval périodique des revues illustrées de patrons de chemises; vous auriez l'affreux malheur de ressembler à notre gravure n° 1, que le Musée des Familles, arbore, comme un casse-coù sauveur sur le chemin si fréquenté du ridicule.

Méfiez-vous de ces paletots d'homme écourtés et arrondis, de ces manteaux d'enfants à la hussarde, de ces casawecks de femme à collets rabattus, et dont les basques s'allongent comme deux ailes au-dessous de l'échine. Méfiez-vous des corsages-gilets, des bonnets à la Valois, de l'abus des chenilles, des guirlandes Fée aux roses, des pantoufles algériennes, des mélanges de la dentelle et de la fourrure, des manches ouvertes jusqu'au coude, etc., etc. Usez, mais avec modération, des coiffures à la Marie Stuart, qui ont trop de succès rue Notre-Dame-de-Lorette. Evasez et arrondissez sans exagération vos chapeaux. Les capotes de velours, doublées de satin pareil, sont fort bien portées surtout en grenat et en gros bleu. J'en ai compté ce matin trente, Dieu me pardonne, à la messe d'une heure, à Saint-Thomas d'Aquin. Les coins-de-feu, devenus indispensables, prennent de l'ampleur; toutefois ceux qui marquent un peu la taille sont préférables. Les corsages ouverts, sur fichus brodés, tiennent bon, même le matin, en demi-toilette. Les volants grimpent de plus en plus; arrêtez leurs envahissements à distance de la taille. Les manteaux à manches, aisés, un peu longs, dits manteaux français, ont la palme de la distinction. Le velours noir est toujours pour le mieux. Les dentelles de laine sont très-" avantageuses, mais vont devenir fort communes. Les manchettes plates ou bouffantes se maintiennent. Pour le bal, la coiffure Rose-Chéri (deux grosses boucles retournées en arrière et formant couronne) est charmante jusqu'à dix-huit ans. Les guirlandes de fleurs et de verdure se portent très-tombantes. Les bonnets habillés sont presque tout en fleurs, avec le fond seulement en dentelle. Les robes de damas, à grands ramages, couleur sur couleur, sont d'une grande richesse... pour ceux qui sont riches. Les mantilles se raccourcissent, mais le bon goût en souffre un peu.

Les habits habillés pour homme ont notablement allongé leurs basques. La cravate et le gilet blancs (celui-ci droit et très-ouvert) sont plus que jamais de rigueur. ANNE DE B.....

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Pavillon du palais Le sol de l'Inde est jonché de ruines. Partout, sur les rives des fleuves, au sommet des montagnes, à l'horizon des vastes plaines, le voyageur découvre des palais, des temples, des forteresses, silencieux vestiges d'une civilisation qui n'est plus. Les palais se taisent ensevelis sous l'ombre des arbres séculaires, et comme endormis au murmure du fleuve; ils rêvent au souvenir de ces fêtes splendides qui ont immortalisé la magnificence des dynasties orientales. Les temples, désertés par les brahmes, n'entendent plus que le chant des corbeaux qui viennent chercher un abri sous les portiques chancelants ou sur le relief altéré des sculptures. Les forteresses, où se réunissaient autrefois d'innombrables armées, ne sont plus gardées-aujourd'hui que par quelques cipayes aux gages de l'Angleterre; derrière leurs murailles démantelées languit souvent le rejeton de quelque dynastie indienne, destiné à mourir captif sous les ruines de l'édifice que ses ancêtres ont construit. Ce spectacle est triste; et cependant lorsque le soleil de l'Inde, perçant les brouillards enflammés du ciel, vient reluire sur les antiques minarets et remplace, par l'éclat de ses rayons, l'or effacé des coupoles, il semble que tous ces monuments se réveillent, qu'une baguette magique ait ressuscité pour un instant les splendeurs d'un (1) Voyez les Tables générales: Géographie, voyages; et les tables des six derniers volumes.

JANVIER 1850.

d'Allahabad. Inde.

autre âge, et que l'Inde renaisse aux yeux du voyageur, tantôt sous la forme imposante de la civilisation musulmane, tantôt avec les vêtements fantastiques de Bralıma.

Les Anglais ne font rien pour arrêter les lentes dégradations du temps. Que leur importent ces temples peuplés d'idoles, ces palais vides de rois, ruines inutiles, pierres amoncelées, qui couvrent sans profit de larges espaces où s'étendraient de riches cultures? Autant de perdu pour la canne à sucre ou pour l'indigo! Depuis la conquête de l'Inde, les Anglais ont consacré d'immenses sommes à l'érection des forts de Calcutta et de Madras, à l'entretien d'une nombreuse armée, au salaire des officiers transformés en nababs, et ils donnent à peine quelques roupies pour la réparation des monuments indiens: ils ne remplissent même pas les avares obligations du propriétaire, qui tient au moins à garder ce qu'il possède.

L'Inde, conquise depuis si longtemps, n'a pas gagné à changer de maître. Les Musulmans et les Mogols, que la Compagnie des Indes méprise sans doute comme des barbares, ont eu du moins le bon goût et la gloire d'ajouter de nouvelles merveilles à celles que l'antique civilisation hindoue avait semées avec profusion sous le soleil de l'Asie. Pendant leur domination l'art n'a point dépéri, et les nobles travaux qui attestent encore leur passage effacent en partie les traces du sang qu'ils ont versé.

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Mais laissons les marchands de l'Angleterre. Qu'ils entassent dans leurs magasins des balles de coton; qu'ils alignent dans leurs comptoirs des piles de roupies. N'est-ce point pour cela qu'ils sont venus dans l'Inde? Eloignonsnous des palais plâtrés de Calcutta, remontons le fleuve sacré, et après avoir salué les dômes de Bénarès, arrêtonsnous au confluent du Gange et de la Jumna.

Là s'élèvent le palais et le fort d'Allahabad, dont la construction date de la fin du seizième siècle, du règne d'Akbar le Grand. Allahabad faisait partie de cette ceinture de forteresses qui fut successivement tendue de Lahore à Chunar pour protéger le pays contre l'invasion étrangère. La gravure ci-dessus représente un pavillon du palais que l'empereur avait fait bâtir à l'abri des hautes murailles du fort. Ce palais est regardé, avec raison, comme un des plus beaux modèles de l'architecture musulmane; les vastes piliers qui le supportent sont ornés de riches sculptures; ses minarets, dominant les coupoles, se dressent hardiment vers le ciel; les murailles sont découpées en fines arabesques, où l'architecture a déployé toutes les ressources de la plus ingénieuse fantaisie. Le pavillon avait été construit avec un soin particulier; il passait, avec raison, pour un prodige de fini et de délicatesse; jamais pierres n'avaient été ciselées avec plus d'art ni dentelées avec plus de recherche. Cette perfection lui devint fatale. En 1789, il prit fantaisie au nabab d'Oude de faire transporter d'Allahabad à Lucknow, sa résidence, une petite tour en marbre blanc, qui s'élevait au-dessus du pavillon, au centre même de la terrasse. Le nabab s'était si vivement épris de la malheureuse tour, qu'il voulait l'avoir toujours à la portée de son admiration et de ses yeux. Le pavillon, ainsi décapité, avait perdu l'un de ses plus gracieux ornements. Plus tard, notro nabab, s'apercevant que la passion l'avait entraîné trop loin, crut réparer sa faute en ordonnant que le pavillon entier fût démoli pierre par pierre, pour être reconstruit à Lucknow. C'était bien une autre affaire. L'excellent prince s'imaginait sans doute qu'on transplante un monument aussi aisément qu'un oranger. Mais ne savons-nous pas que les princes indiens se croyaient tout permis, et que le mot impossible était rayé de la langue des nababs?

Quoi qu'il en soit, ce qui reste encore des constructions d'Allahabad mérite au plus haut degré l'admiration des voyageurs. La beauté naturelle du site s'harmonie avec l'architecture élégante du palais, et relève l'ensemble du tableau par la merveilleuse appropriation du cadre. Du haut des minarets, l'œil suit le cours majestueux du Gange qui coule avec lenteur sous les berceaux de ses rives, et le ruban argenté de la Jumna dont les eaux plus rapides viennent se mêler, comme avec empressement, à celles du fleuve sacré. La plaine est émaillée de campements et de villages; de nombreux bateaux stationnent au confluent des deux rivières, et sur les bords du Gange on distingue, au milieu de la sombre verdure des arbres, les toits de plusieurs ghats, où les Hindous viennent mourir, pour que leur corps soit immédiatement noyé et purifié dans les eaux saintes.

D'Allahabad à Delhi, les rives de la Jumna sont couvertes de monuments qui rappellent le règne d'Akbar. On admire encore à Agra, capitale de l'ancien empire mogol, le magnifique palais de ce prince, que nous vous décrirons un jour spécialement.

A mesure que l'on s'éloigne des rives du Gange en descendant vers l'extrémité méridionale de la presqu'ile, - l'architecture revêt peu à peu d'autres formes et s'inspire plus exclusivement des traditions hindoues. Les cercles

étincelants des dômes, les flèches élancées des minarets, les capricieuses arabesques des palais et des terrasses, en un mot, tous les caractères de l'art musulman, qui éclatent dans les constructions des souverains mogols, disparaissent des monuments, dont la construction remonte à une époque antérieure et appartient aux premiers âges de l'idolatrie indienne. On ne rencontre plus, comme dans les régions du nord, ces riches palais, ces mausolées somptueux, qu'une génération a consacrés à la gloire d'un homme et qui rappellent la magnificence ou la vanité d'un sultan. Dans le midi, la plupart des édifices sont consacrés à la religion; ce sont des pagodes, tantôt creusées dans le roc aux flancs d'une montagne ou sur le rivage de la mer, tantôt bâties au milieu d'une plaine que dominent les grandes portes s'élevant, en forme de pyramide tronquée, sur les quatre faces du temple.

Parfois cependant, vers le milieu de la presqu'ile, on retrouve le mélange des deux architectures hindoue et musulmane, mélange qui semble indiquer le point où les deux civilisations se sont rencontrées. Ainsi, à trois cent sept milles de Madras, on remarque le palais de Madura, construit ou tout au moins restauré par le rajah Tremalnaig. La gravure ci-jointe (page 125) représente le vestibule, qui passe avec avec raison pour la plus belle partie de l'édifice. Ce vestibule forme un parallélogramme de trois cent douze pieds anglais de long sur cent vingt-cinq de large. Le plafond est soutenu par six rangées de colonnes de granit gris, hautes d'environ vingt-cinq pieds. On voit, dans le dessin, l'allée du milieu. A droite, sur la deuxième colonne, se trouve la statue en relief de Tremal-naig entouré de trois de ses femmes; sur d'autres colonnes sont également représentées diverses personnes de la famille de ce rajah, dont les Hindous révèrent profondément la mémoire. Les douze signes du zodiaque sont gravés au plafond, au milieu d'une foule de figures mythologiques.

Il faudrait connaître la théogonie hindoue pour comprendre le sens de ces mille figures qui composent les bas-reliefs; et encore est-il probable que l'artiste a souvent ajouté aux images des dieux régulièrement admis dans l'Olympe des livres saints les fantaisies plus ou moins grotesques de son imagination toute profane. Quoi qu'il en soit, on ne saurait rien inventer de plus étrange que les dessins de ces tapisseries de pierre, qui descendent le long des colonnes ou s'étendent sur les parois du temple. Il y a là des dieux et des déesses de toute sorte, de toute forme; des animaux, des monstres, des diables, et le plus souvent des images inspirées par un cynisme révoltant. Il plaît aux Hindous d'adorer de telles horreurs!

D'immenses travaux ont déjà été faits pour déchiffrer ces hiéroglyphes, qui renferment le secret des vieilles religions de l'Inde; mais la science, ou plutôt l'imagination ingénieuse des érudits n'arrive que bien lentement à deviner le sens caché sous tant de formes bizarres et à retrouver sur la pierre la traduction des livres sacrés. Les bas-reliefs des palais et des pagodes résisteront encore assez longtemps aux injures des siècles pour assurer aux OEdipes de la science une longue série d'énigmes et de nuits sans sommeil. Déchiffrés ou non, ils attesteront toujours, dans le langage muet et solennel des ruines, l'art infini des générations qui les ont encadrés dans ces splendides monuments, et la malice des sphinx qui les ont ciselés.

C. LAVOLLÉE.

ÉTUDES RELIGIEUSES. LES FÊTES CHRÉTIENNES (1).

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LES INNOCENTS.

Tout à coup, Agnès, dont les larmes s'étaient séchées au grand air, courut jusque dans la cour où balayait sa grand'mère, et tendant les mains lui cria:

- Ma grand'mère, donnez l'aumône; le bon Dieu est à la porte.

Elle parlait d'un mendiant à la chevelure blanche, élevée en auréole d'argent sur la calotte noire qui couvrait sa tête. Son habit rouge, criblé de pièces de toutes sortes, était d'une forme bizarre; et à force de propreté, cette misère avait son lustre. On supposait cent ans à ce pauvre tout penché, qui ne parlait jamais en s'arrêtant, calme et sérieux, sur chaque seuil; et les enfants de la ville l'appelaient le bon Dieu.

Mme Aldenhoff fouilla ses grandes poches avec empressement; mais elle eut beau les interroger jusqu'au fond, elle n'y trouva que son étui plein d'aiguilles, son christ en ivoire et son dé de cuivre, ce qui la mortifia presque autant que sa petite-fille. C'était la première fois, depuis quarante ans, qu'elle refusait l'aumône à ce pauvre; l'aïeule s'arrêta er soupirant et dit:

-Je n'ai rien.

-Eh bien, alors, repartit Agnès qui brûlait de donner elle-même le jour de sa fête, je vais chercher ma lettre de change.

-Que veux-tu qu'il en fasse?

-Il la mettra dans son sac jusqu'à dimanche. C'est le jour de l'échéance, et mon oncle Jean, bien sûr, viendra le payer avant la messe.

-Ma parole vaut ton billet, mon enfant, et il y croira. Mais, aux pauvres qui ont cent ans, on ne donne pas de billet; il vaut mieux leur donner à boire.

Ainsi fit-elle.

Après avoir rempli de bière le grand vidercome pour le pauvre qui attendait son dû, la grand'mère prit Agnès par la main et s'en vint droit à lui.

- Buvez, lui dit-elle d'un ton courageusement triste, et faites-nous crédit d'argent pour aujourd'hui. Vous aurez le double l'autre semaine; mais, s'il vous plaît, laissez votre bénédiction sur cet enfant, car c'est aujourd'hui sa fête. Le pauvre ayant bu, la regarda gravement, il fit en silence le signe de la croix, levant les yeux jusqu'à la madone incrustée au mur frontal du logis qu'il hantait depuis tant d'années, et s'en alla rêveur et priant pour l'innocente. Agnès, frustrée en toutes choses, le regarda glisser de porte en porte, où de plus riches voisins avaient le bonheur de lui donner. Il atteignit bientôt, près du pont, l'enfoncement d'un vieux couvent détruit, où cette furtive image du Christ s'évapora comme un songe.

VI. —L'OISEAU D'Agnès.

Il y avait encore un innocent dans le voisinage, mais celui-là ne paraissait pas sur sa porte. Il demeurait dans ce couvent abandonné des récollets, dont on vient de parler, où son père, loueur de carrosses et de chevaux, tenait des magasins de fourrage. Durant l'été, des nuées d'enfants allaient jouer dans les vieux cloîtres, qui retentissaient de leurs cris perçants; à cette heure, il y réguait (1) Voyez le numéro de décembre dernier.

un grand silence. Le carrossier, qui aimait beaucoup le petit Amé, unique enfant de son veuvage, ne travaillait pas joyeusement, car le petit Amé était malade. Ce père soucieux s'en vint donc demander à parler seul à Maie Aldenhoff, et l'on s'empressa de le faire entrer dans la salle bleue, s'excusant comme on put de le recevoir sans feu. Il passa doucement sa main sur la joue d'Agnès qui n'entra pas d'abord, et lui dit: Je vous ai prise vraiment pour votre grand'mère. Ce qui fit rougir de plaisir la petite enfant.

Demeuré seul avec les femmes, M. d'Artois, le carrossier, s'expliqua.

- Je viens vous prier de prêter un peu l'oiseau d'Agnès pour égayer mon pauvre enfant malade, bien malade, mes voisines, et si faible qu'on n'a pu l'habiller avec mes lourds habits ni même avec les siens, si légers qu'ils soient. Il a vu à l'automne l'oiseau d'Aguès, durant la dernière visite que vous a rendue sa mère avec lui..... Sa pauvre mère, qu'il appelle sans trêve et sans repos.

-Ah! mon voisin, nous nous le rappelons, interrompirent les femmes avec un grand soupir.

Le carrossier demeura un peu sans parler. Un homme ne veut pas laisser deviner qu'il pleure.

- L'oiseau donc, reprit-il, est resté dans la mémoire d'Amé, qui s'est mis à dire ce matin et à chaque instant depuis: « J'ordonne que j'entende chanter l'oiseau qui chante dans la maison d'Agnès! Je veux entendre chanter l'oiseau et puis voir ma mère! Je le commande, ô mon père! moi je ne peux marcher; allez donc vite, allez! car c'est aujourd'hui la fête des Innocents. » Hélas! le pauvre enfant n'a pu encore comprendre que sa mère est morte depuis trois mois, et qu'on ne peut la lui rendre. On ne peut lui prêter que l'oiseau; prêtez-le-nous done, s'il vous plaît, pour tàcher de le faire sourire, lui qui n'a qu'un souffle; et si vous croyez qu'Agnès ne s'y oppose pas...

Comment, repartirent vivement les mères, Agnès sera trop contente d'égayer le pauvre Amé. Et l'aïeule, sortant en toute hâte, appela sa petite-fille et lui fit part de la demande du carrossier.

Puisque tu me représentes, ajouta-t-elle, j'ai besoin de savoir si tu devines ce que je répondrais moi-même. Qu'allons-nous décider?

Agnès resta interdite, et une grande rougeur lui monta au visage. Elle avait toujours vu sa grand'mère prêter cordialement toutes ses humbles possessions; mais son oiseau!... son oiseau qu'elle appelait Iris lui était infiniment plus cher. Néanmoins: Amé est done malade! fut sa première exclamation. Puis: Iris aura froid dans la rue! fut la seconde, et ses grands yeux doux restèrent attachés avec indécision sur les regards encourageants de sa grand'mère.

L'oiseau n'aura point froid sous le manteau du voisin, et le pauvre Amé sera réjoui dans son lit, s'il entend chanter l'oiseau.

Agnès partit comme un trait.

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