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J'aime bien les fleurs, ces sourires de la nature; mais je ne leur livre pas mon jardin tout entier.

Outre les gazons qui, après avoir offert leurs tapis à mes promenades, vont garnir de foin les râteliers de mon écurie; outre les arbres qui donnent tour à tour l'ombre de leur feuillage à ma tête et le suc de leurs fruits à mon palais, je réserve, tous les ans, un petit coin de mon enclos pour en faire un champ de blé.

- Quelle barbarie! m'allez-vous dire ; vous défigurez votre jardin !

- Ecoutez-moi, s'il vous plaît, avant de me juger. D'abord, je pourrais vous répondre qu'un massif de blé n'a rien de laid. Au printemps, c'est de l'émeraude; en ét, c'est de l'or. Un de mes voisins, qui s'y connaît, a Gas son beau parc un champ d'avoine encadré de géniams, et qui forme un tableau splendide et varié. Mais, chez moi, le froment est séparé des fleurs et débé à l'œil par une haie vive. Il ne saurait donc défier mon jardin.

Je prétends, au contraire, qu'il lui fait honneur, et voici quoi je fonde ma prétention.

C'est un souvenir d'enfance qui m'est sacré, une naïve Listoire qui n'a rien de scientifique, et qui figurera dans 2 études à titre de digression.

J'étais donc enfant, et je me promenais dans le jardin de mon père, le même que je cultive après lui. L'hérédité est bonne aux jardins, comme à tant d'autres choses.

A la même place qu'aujourd'hui, il y avait, non pas un tmp, mais un simple épi de blé, pauvre enfant du haSed qui avait jeté là un grain, à côté d'une plate-bande de marguerites.

Je trouvai que le voisinage de l'épi déshonorait l'éclat du terre, et j'allais l'arracher avec sa tige, lorsque mon pee m'arrêta la main.

- Il faut y regarder à deux fois, me dit-il, avant de détruire une œuvre de Dieu, si petite et si modeste qu'elle it. Qui sait ce que deviendra celle-ci? Laissons-la vivre près des marguerites. Nous verrons et nous comparerons irs destins.

Comme mon père achevait ces mots, deux enfants pasent derrière la haie. C'étaient les deux filles d'un fer1 Voyez les numéros de mai et juillet derniers.

mier voisin; l'une vive, alerte, brune, aux yeux noirs et pétillants; l'autre, blonde, pâle, aux yeux bleus, à l'air doux et réfléchi. J'ai retenu leurs noms. La première s'appelait Marie, et la seconde Louise.

Marie, qui ne doutait de rien, s'écria:

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Les belles marguerites! Voulez-vous m'en donner une, monsieur?

Mon père me fit un signe. Je choisis la fleur la plus grosse, la plus variée de couleurs, la mieux disposée en couronne, et j'en fis cadeau à la petite fille, qui la mit aussitôt coquettement sur ses cheveux.

Mon père alors, observant sa sœur, lui demanda si elle ne voulait pas une fleur aussi.

Pour toute réponse, Louise regarda en rougissant l'épi de blé, qui se dressait bravement avec ses pointes, déjà gonflé de quatre rangs de grains jaunissants.

Je vous remercie, monsieur, dit-elle enfin ; je vous demanderai ce bel épi, quand il sera tout à fait mûr. Ce sera ma première moisson.

Frappé de ces mots, mon père répliqua :

Très-bien, ma petite! tu peux compter sur ton épi. Lorsque les deux enfants repassèrent le soir, la marguerite était fanée sur la tête de Marie, qui n'y songeait déjà plus et s'en revenait en faisant l'école buissonnière... Louise, chargée d'une récolte d'herbe, éleva sa figure blonde au-dessus de la haie, et jeta un regard d'espoir à son épi florissant.

Souviens-toi de ces petites filles, me dit mon père avec gravité. Je soupçonne qu'elles ressemblent l'une et l'autre aux objets si différents de leurs vœux.

Puis il me fit l'histoire de la marguerite et du froment. Dans les champs et dans les jardins, la marguerite est la même jolie, coquette et inutile. Celle qu'on nomme la pâquerette s'établit dans l'herbe courte, pour l'étoiler de son bouton d'or et de son blanc diadème. Celle qui prend le nom de reine des prés se dresse et se balance sur sa tige au-dessus de tout ce qui l'environne. Mais quand la faux du moissonneur vient l'abattre, elle n'offre au sol qu'une graine funeste et à la dent des bestiaux qu'un fourrage détesté. Enfin, celle qui brille dans les parterres n'a que son éclat d'un jour et ne présente à l'homme ni parfum ni produit.

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LE SPECTACLE EN FAMILLE (1).

UNE JOURNÉE DE VACANCES, OU L'HABIT NE FAIT PAS LE MOINE. PROVERBE EN UN ACTE.

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SCÈNE I.-VAN MEULEN, Mme D'HÉRICOURT, CAMILLE. Mme D'HÉRICOURT. Eh bien! mon digne ami? VAN MEULEN. Eh bien! madame, voilà la huitième fois que je demande la main de Mme de Savigny, en lui donnant la mienne pour aller à la messe.

Mme D'HERICOURT. Et que vous a-t-elle répondu ? VAN MEULEN. Tonjours ces mots d'espoir... qui me désespèrent, comme l'homme au sonnet: Plus tard, nous verrons!... Hélas! j'ai les cheveux gris; cette attente les blanchira, et votre fille me trouvera trop respectable...

M D'HERICOURT. Patience, mon ami... Une veuve de vingt-huit ans, comme Clotilde, a encore besoin de leçons... Elle a un faible pour la jeunesse du siècle; nous lui en ferons remarquer les défauts. Elle a la passion de la liberté, que M. de Savigny lui avait enlevée trop tôt... Elle finira par en sentir les périls... Ce matin même, n'est-elle pas partie seule, à cheval, comme la Diana de Walter Scott?... Ces illusions auront leur terme, et le jour de la réflexion sera celui de votre mariage.

VAN MEULEN. Dieu vous entende, madame! CAMILLE. D'abord, je vous épouse, moi, bon ami, si ma sœur vous refuse... Il n'y a que vous ici qui sachiez me faire sauter à la corde! (Van Meulen l'embrasse.)

Mme D'HÉRICOURT. Tenez, voici peut-être une occasion d'avancer nos affaires. Lisez cette lettre, que ma cousine d'Albret m'adresse de Paris.

VAN MEULEN, isant. « C'est après-demain, chère amie, que mon fils Napoléon et trois de ses camarades feront invasion chez « toi. Après cinq années de college, tu ne reconnaîtras pas ces « enfants, qui se croient de grands hommes, et s'imaginent que a l'habit fait le moine, suivant la présomption de leur âge et de « leur temps. Je les recommande aux soins de ton expérience et << à l'indulgence de la belle Clotilde, qu'ils brûlent de connala tre, et qui va leur tourner la cervelle... » (Oh! oh! nous verrons...) Napoléon, qui sort de l'Ecole polytechnique, a pris « son glorieux nom au pied de la lettre, et porte son petit cha« peau comme la statue de la colonne. Achille de Rivière qui « a gagné le prix de théorie à l'Ecole navale, se voit aux mains le bâton d'amiral de France. Démosthène de Cerny se fait avoa cat pour effacer l'illustre orateur d'Athènes. Mets-lui, si tu « peux, des cailloux dans la bouche, non pour lui apprendre à parler, mais pour lui enseigner à se taire. Enfin, Henri de Juvisy sort de l'Ecole de pharmacie avec un traité de sa façon « sur la coqueluche. Ne t'avise pas de tousser devant lui. Ce « sont, du reste, les meilleurs garçons du monde. Donne-leur a quelques beaux jours de vacances, et quelques bonnes leçons a de modestie. » (—Ah ! j'ai l'honneur du post-scriptum... « Ils a comptent sur ton hôte, M. Van Meulen, le charmant acteur de société, pour leur faire jouer la comédie. »

CAMILLE. Quel bonheur ! Vous vous déguiserez, bon ami, comme ce jour où je ne vous reconnaissais plus !

MS D'HERICOURT. Eh bien! monsieur Van Meulen, vous chargez-vous de l'éducation de ces quatre élèves?

(1) Voyez, t. XVI, p. 357, et février et mars derniers.

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Man D'HÉRICOURT. Quelle fatigue et quelle émotion ! te serait-il arrivé un accident?

CLOTILDE. Un accident? Quatre aventures, quatre chapitres de roman! Ah! remerciez votre étoile, monsieur, j'ai failli vous être enlevée par quatre don Quichottes!..

VAN MEULEN. Vous plaisantez toujours, madame... CLOTILDE, riant. Il faut bien que je rie pour me remettre de ma peur... Vous savez qu'après l'office j'étais partie seule à cheval. Je laissais ma monture aller au hasard, quand je m'aperçus qu'un jeune homme aux longs cheveux, un berger d'opéra-comique, un héros de Florian, très-bien du reste, me suivait à quelque distance. Ce nouveau Jean-Jacques herborisait, et tenait à la main un énorme bouquet de simples... Il poussait, en me perdant de vue, des soupirs à fendre les rochers, et, en me retrouvant à l'horizon, il étendait les bras, comme un naufragé vers le port... Il fit ainsi je ne sais combien de kilomètres... à ma poursuite. Enfin il m'apparut au sommet d'un buisson, et s'écria, au grand effroi de mon cheval: Acceptez, belle inconnue, ces fleurs, votre vivante image!... C'était sa botte de simples. Le compliment me suffit de reste, et laissant le faune ébahi sur son buisson, je m'en débarrassai par un temps de galop, Au bout de quelques pas, je tombai sur un nouvel original et sur une seconde aventure. Sans être encore très-dangereux, celui-ci l'était cependant plus que le premier. Il no se bornait pas aux soupirs..., il parlait, il parlait même avec une facilité remarquable... Par un discours en trois points, il entreprit de me prouver que je devais être égarée, que la Providence l'envoyait à moi, et que lui seul pouvait me remettre en bon chemin. J'osai l'interrompre pour lui demander où il allait lui-même :- A Pierrefitte, me répondit-il avec aplomb. Je ne pus réprimer un éclat de rire. A Pierrefitte, monsieur! mais vous tournez le dos à ce village... Mon guide expert s'était perdu en voulant montrer la route aux autres! Je lui indiquai charitablement la sienne, et laissai son éloquence muette de confusion. Je fus en un instant sur le bord de la Sauge, et me mis à la traverser, au gué du Renard. J'étais déjà au milieu de la rivière, lorsqu'un troisième jeune homme, à cheval comme moi, pousse un juron, et me fait signe de m'arrêter: — Madame! ce passage n'est pas sûr! vous courez à l'abîme! le gué est ici, je viens de le reconnaître! Ecoutez un sauveur, et venez auprès de moi !... Il criait encore que je gognais l'autre rive, sans avoir mouillé le bas de ma robe... Je me retourne, et je vois le cheval et le cavalier embourbes jusqu'au cou; mon découvreur de gués allait se nover dans le sien, et mon sauveur était perdu, si je ne lui eusse tendu une branche d'arbre. Il m'appela l'étoile de la mer, Notre-Dame de délivrance, et je le quittai se séchant au soleil, quitte pour un bain complet, qui n'est pas un bain de propreté. Je croyais rentrer enfin tranquille au château, je comptais sans un quatrième original, plus dramatique que les trois autres. Des bûcherons que je connais venaient de m'accoster au sortir du bois: tout à coup, un jeune militaire se précipite sur ces braves gens,

l'épée à la main, les traitant de misérables brigands, de persécuteurs de la beauté, et autres gentillesses poétiques... Les bûcherons reculent d'abord stupéfaits, et le don Quichotte s'apprête à me ravir, comme Dulcinée, en me débitant une déclaration étourdissante...; mais bientôt les prétendus brigands reviennent sur lui, l'entourent, le renversent de cheval; et Dieu sait le parti qu'ils lui auraient fait, si mes prières ne l'eussent arraché de leurs mains... Il était tellement meurtri, que je l'aidai à se remettre en selle... Il court encore, et me voilà!

Mme D'HERICOURT. Cette leçon te guérira-t-elle enfin de tes manies de liberté?

VAN MEULEN. Et vous laisserez-vous maintenant accompagner dans vos promenades?

CLOTILDE. Monsieur Van Menlen, vous ne connaissez pas encore les femmes. Elles mourraient de leurs torts plutôt que d'en convenir tout haut. Il faut les laisser se les avouer tout bas, et s'en corriger volontairement.

VAN MEULEN. Vous êtes une enchanteresse. Je vous le dis tout bas et tout haut.

(Henri met la tête à la porte du fond, aperçoit Clotilde, s'écrie vivement: Ciel! que vois-je? (et disparaît). CLOTILDE, se retournant. Avez-vous entendu un cri? Mãe d'Héricourt. Un cri! Tu as encore l'esprit troublé. Viens déjeuner. Nous t'annoncerons pour demain... (Ils sortent à gauche.)

SCÈNE III.— HENRI, puis DÉMOSTHÈNE, puis ACHILLE, puis NAPOLÉON.

HENRI, essoufflé, couvert de sueur, entrant par le fond, sur le bout du pied. Etrange ressemblance! Mais non! c'est impossible! L'amazone que j'ai rencontrée ne saurait être la fille de Mme d'Héricourt. N'importe... J'aurai le

premier regard de la jolie veuve. Nous devions nous présenter ici demain ensemble tous quatre! Quelle mine nous aurions faite ! Un quatuor de collégiens! Aussi, pendant que mes amis dormaient, j'ai pris les devants. Me voici seul dans la place, tandis qu'ils courent les chemins...

DEMOSTHENE, plus essoufflé encore, entrant d'un air triomphant, sans voir Henri. J'arrive le premier! J'ai manqué au traité, mais bah! quand j'aurai vu la belle chàtelaine, je prouverai aux autres que j'ai en raison. Le talent de l'avocat est d'avoir raison, surtout quand il a tort. HENRI, Stupéfait. Ah! c'est là le talent de l'avocat? DEMOSTHENE, de même. Henri!

HENRI. Comment se fait-il que je te rencontre ici?
DEMOSTHENE. C'est ce que j'allais te demander...
HENRI J'ai mes motifs, moi!

DEMOSTHENE. J'ai les miens aussi. (Ils s'essuient le front.)
HENRI. Dans quel état, bon Dieu!
DEMOSTHENE. Et toi donc !

HENRI, lui tatant le pouls. Tu as la fièvre, mon cher; tu devrais t'en retourner.

ACHILLE, entrant sans voir les autres et achevant de se décrotter. Le premier au but! Au diable les camarades! Je conterai à Mme de Savigny que ce paresseux de Démosthène ronfle encore. (Il nettoie son chapeau.)

DEMOSTHENE. Tu mentiras, car il est levé, et sa toilette est plus avancée que la tienne.

ACHILLE, même jeu. Henri! Démosthène ! Morbleu! comme on dit à l'Opéra, quel est donc ce mystère ?

HENRI. Pardieu! la même idée nous est venue à tous trois en même temps. C'est un coup d'antipathie prodigieux! Pour occuper le premier le champ de bataille, chacun s'est attrapé lui-même, en croyant attraper les autres. DEMOSTHENE. Alors, dos à dos et dépens compensés. Mais je plains, en l'admirant, la bonne foi de ce pauvre Napoléon qui n'arrivera que demain.

NAPOLÉON, dans la coulisse. Dites à Mme d'Héricourt que M. Napoléon d'Albret désire lui présenter ses hommages.

DEMOSTHENE. C'est lui! Le voilà!

HENRI. Le quatuor est au complet. (Ils restent d'abord étonnés, puis ils se mettent à rire.)

NAPOLÉON, entrant, même jeu. Arrivé avant tous ! Enfoncés les pékins! (Il les aperçoit et se reprend.) Mes amis! mes trois amis! Hasard fortuné! un jour d'avance sur notre rendez-vous, c'est de l'exactitude... ou je ne m'y connais pas. (A part et boitant.) Aïe ! le genou! ACHILLE. Tu t'y connais, mille sabords!

DEMOSTHENE. ACcordez-moi un quart d'heure, et je vous démontre que nous avons bien fait.

HENRI. J'aime mieux te croire que t'écouter... Quant à moi, cette journée m'a valu la plus délicieuse rencontre.

Tous. Comme à moi! comme à moi! comme à moi! DEMOSTHENE. Comme à moi! Il y a de l'écho ici! (A Henri.) Tu prends mon rôle, tu parles pour tous.

ACHILLE, à Démosthène. Démosthène fait chaque jour un roman. Je gage qu'il veut se marier pour la troisième fois. HENRI. Mon héroïne est une femme ravissante! Tous. Comme moi! comme moi! comme moi! HENRI. Encore de l'écho! Ah! c'est étrange !... (Mystérieusement et avec feu.) En quelques mots voici mon histoire..., que je vous confie sous le sceau de l'honneur! (Un doigt sur ses lèvres.) Avant d'arriver ici, j'ai rencontré une femme, ou plutôt un ange... Elle était brune avec des yeux bleus; sa haute taille s'élançait comme un jeune palmier... Mon regard l'a captivée à cent pas, et pendant une heure le sien ne m'a pas quitté. Enfin je lui ai offert un bouquet de fleurs des bois, avec un compliment qu'elle a payé d'un sourire ineffable... C'est à ce sourire que je la reconnaîtrai entre mille; car je vous ai dit que c'était un ange : elle s'est envolée!

DEMOSTHENE, de même. Voilà tout? Moi, j'ai rencontré aussi une créature céleste! Son image restera toujours gravée là. Blonde, avec de grands yeux noirs, frêle et petite, mais faite! Egarée dans le bois, elle s'effrayait et marchait au hasard...; j'ai eu le bonheur de savourer sa conversation, de lui faire apprécier la mienne, et de la remettre dans son chemin, en lui disant : Au revoir! Vous entendez ! Silence! je ne veux pas la compromettre!

ACHILLE, de même. Ce n'est que cela?... Comme à vous, une femme charmante m'est apparue... Soyez discrets sur son signalement, qui ne ressemble en rien aux vôtres. Une taille moyenne, des cheveux cendrés, des yeux gris clair, miroir de son âme ! Et moi j'ai eu la gloire de sauver ses jours! Elle se débattait et allait périr dans un gué trompeur. Je m'y précipite, au risque de mourir avec elle; je l'atteins au moment où elle disparaissait, et je la ramène au rivage, après des efforts surhumains... Ah! je n'oublierai jamais sa reconnaissance, et je veux qu'elle retrouve sur mes habits les nobles traces de mon exploit!...

NAPOLEON, de méme. C'est là ce que vous appelez des aventures? Ecoutez la mienne, je vous prie, et gardez-moi le secret. Mon héroïne était majestueuse comme une reine. Ses grands cheveux châtains tombaient sur ses épaules; ses yeux avaient l'éclat de l'émeraude. Au détour de la forêt, des brigands venaient de l'assaillir... Elle était déjà renversée de cheval, elle allait succomber à leurs coups: je tire l'épée, je m'élance, un contre dix, je disperse les assassins épouvantés... j'aide l'amazone à remonter sur son cheval, et, (Boitant.) aïe! j'emporte au genou une blessure que guérira son premier sourire...

DEMOSTHENE. Vivent les vacances et les aventures! Mais n'avez-vous pas été désenchantés, comme moi, en entrant dans ce manoir?... Tout y respire un parfum de vétusté... Au dehors, de vieux murs; à la porte, de vieux chiens, un vieux concierge; à l'intérieur, de vieux arbres, une vieille maison! Ah! je crains bien que la maîtresse de céans ne soit aussi... (Il s'arrête court.)

SCÈNE IV.-LES MÊMES, Mm. d'HÉRICOURT, CAMILLE, VAN MEULEN, puis CLOTILDE.

Mme D'HÉRICOURT. Messieurs, quelle agréable surprise! Je vous remercie d'avoir hâté d'un jour mon plaisir. LES QUATRE JEUNES GENS. Dites le nôtre, madame.

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