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« Bien que l'art de l'imprimerie, dit-il 1, tel que nous le pratiquons aujourd'hui, ait été inventé à Mayence, cependant la première idée en a été trouvée en Hollande. Car c'est par les Donats, et d'après les Donats qui, avant cette époque, ont été gravés dans ce dernier pays, que commença l'imprimerie. »>

La Bibliothèque royale, qui passe pour être la bibliothèque de l'Europe la plus riche en monuments de ce genre, possède deux planches de bois, faisant partie d'un Donat dont les lettres sont sculptées en relief et à rebours. Ces deux planches ont été achetées en Allemagne par Foucault, conseiller d'État sous Louis XIV. Elles appartinrent successivement au président de Maisons, à du Fay, à Morand et au duc de la Vallière.

La première planche de format in-4 porte en bas la signature C, et renferme vingt lignes. Les caractères sont gothiques et assez gros, les points et les deux points carrés, les I surmontés tantôt d'un accent grave, tantôt d'un demi-cercle. Les points d'interrogation ont la forme d'un C renversé au-dessous duquel se trouve un point en étoile.

La deuxième planche, qui a été évidemment sciée par le bas, n'est composée que de seize ligues. Le caractère est plus gros et plus net que dans la première planche. Les abréviations plus rares ont une forme différente. Les lignes sont moins longues, et les I surmontés d'un simple trait. Le second tome du catalogue de la Vallière renferme un fac-simile des caractères sculptés sur ces deux planches.

4 Chronicon urbis Coloniæ, 1499, in-folio.

ORIGINE DE L'IMPRIMERIE.

Ce fut vers 1598 ou 1400 que Jean Gutenberg naquit à Mayence. En 1420 il fut forcé de s'exiler à la suite d'une insurrection qui éclata dans cette ville. On ignore ce qu'il devint pendant les quatorze années qui suivirent, mais on sait, d'une manière positive, qu'en 1434 il habitait Strasbourg, où, deux ans plus tard, il travaillait à tailler des pierres précieuses et à polir des miroirs.

En 1436, il forma, avec un certain Jean Riffe, pour l'exploitation de quelques secrets, une société où entrèrent ensuite André Dritzehen et son frère Anton Heilmann. Dans l'acte qui fut rédigé par écrit, on voit que les intérêts de la société étant divisés en quatre parts, Gutenberg, qui était l'âme de cette entreprise, s'en était réservé deux, et avait en outre prélevé, sur les deux derniers associés, une somme de 160 florins. Bientôt Dritzehen, s'étant apercu que Gutenberg s'occupait secrètement d'une invention qu'il ne s'était pas engagé à leur confier, obtint d'entrer, avec André Heilmann, dans une nouvelle association, en payant encore 250 florins. Cette invention, dont le Mayençais s'occupait si mystérieusement, c'était l'imprimerie.

André étant mort en 1458, ses deux frères, Georges et Claus, réclamèrent de Gutenberg, ou leur admission dans la société, ou le paiement d'une somme de 100 florins,

Son père, de la famille noble des Gensfleisch, portait le surnom de Friele; il épousa Else de Gutenberg, et donna ce dernier nom à son fils Henne (Jean) Gensfleisch Zum Gutenberg. Le nom de Gutenberg a été écrit tantôt Gudinberg, tantôt Gutenberger, tantôt Gudenburch.

que les associés avaient réservée à la succession de celui d'entre eux qui viendrait à mourir. Il en résulta un procès où, après avoir entendu un assez grand nombre de témoins, le tribunal reconnut que Gutenberg ne devait payer aux héritiers que 15 florins. C'est dans les dépositions des témoins qu'il est, pour la première fois, fait mention de l'imprimerie au moyen de caractères mobiles, et ce fait, d'un si haut intérêt, resta inconnu jusqu'en l'année 1745, où l'archiviste Wenkler et Schoepflin trouvèrent les actes du procès dans une vieille tour de Strasbourg, le Pfennigthurm. Ces documents, écrits en allemand, et dont on a voulu à tort contester l'authenticité, ont été publiés par Schoepflin, dans ses Vindicia typographicæ. M. Léon de Laborde en a fait faire récemment une copie exacte, à laquelle il a joint une traduction, et le fac-simile de plusieurs passages 1. Comme leur texte a été l'objet de discussions importantes, nous croyons devoir donner les extraits suivants. Voici le commencement de la première pièce :

« Item, Barbel de Zabern, la mercière, a déposé qu'elle avait, pendant une nuit, causé avec Andres Dritzehen de chose et d'autre, et, qu'entre autres paroles, elle lui avait dit : « Ne voulez-vous pas à la fin aller dormir?» Mais il lui avait répondu : « Il faut avant que je termine ceci. » Alors le témoin parla ainsi : « Mais Dieu me soit en aide, quelle grosse somme d'argent dépensezvous done? cela a tout au moins coûté 10 florins. » Il lui répondit et dit : « Tu es une folle, tu crois que cela ne m'a coûté que 10 florins? Entends-tu, si tu savais ce que

Voyez Débuts de l'imprimerie à Strasbourg, Paris, 1840, in-8. Les pièces originales du procès sont conservées avec soin dans une armoire de la bibliothèque de l'Université de Strasbourg.

cela m'a coûté en sus de 300 florins comptant, tu en aurais assez pour toute ta vie, et même que cela m'a coûté au moins 500 florins. Et ce ne serait rien, si cela ne devait pas me coûter encore, c'est pourquoi j'ai engagé mon avoir et mon héritage. Mais, dit ce témoin, saintes douleurs, si cela vous réussit mal, que ferez-vous alors? »> Il lui répondit : « Cela ne peut pas nous mal réussir; avant un an révolu nous aurons recouvré notre capital, et se.rons tous bien heureux, à moins que Dieu ne veuille nous accabler. »

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« Item, Femme Ennel, femme de Hanns Schultheiss, le marchand de bois, a déposé que Lorenz Beildeck vint une fois dans sa maison, chez Claus Dritzchen, son cousin, et lui dit « Cher Claus Dritzehen, feu Andres Dritzehen avait iiij pièces couchées dans une presse, et Gutenberg a prié que vous les retiriez de la presse, et que vous les sépariez les unes des autres, afin que l'on ne puisse comprendre ce que c'est, car il n'aime pas que quelqu'un voie cela. » Ce témoin a aussi déposé que, lorsqu'elle était chez Andres Dritzchen, son cousin, elle a aidé à faire cet ouvrage nuit et jour.

« Lorenz Beildeck a déposé que Jean Gutenberg l'envoya une fois chez Claus Dritzehen après la mort de Andres, feu son frère, pour dire à Claus Dritzehen qu'il ne devait montrer à personne la presse qu'il avait sous sa garde, ce que ce témoin fit aussi. Il me parla, en outre, et dit qu'il devait se donner la peine d'aller à la presse et de l'ouvrir au moyen de deux vis, qu'alors les pièces se détacheraient les unes des autres. Il devait ensuite placer ses pièces dans la presse ou sur la presse, et personne, après cela, n'y pourrait rien voir ni comprendre.

«<Item, Hanns Dünne, l'orfévre, a déposé qu'il avait, il

y a trois ans environ, gagné de Gutenberg près de 100 florins, seulement pour les choses qui appartiennent à l'imprimerie. >>

Le texte, parfois fort vague de ces procès-verbaux, a été examiné et commenté de cent manières par ceux qui se sont occupés de l'origine de l'imprimerie, chacun cherchant à en tirer parti pour le système qu'il voulait faire prévaloir.

Les quatre formes dont il est question dans ces pièces étaient-elles mobiles ou fixes? Schoepflin soutient la première opinion et Fournier la seconde. Étaient-elles métalliques ou xylographiques? Schoepflin soutient qu'elles étaient de plomb, Fournier et Meerman qu'elles étaient de bois.

Le mot pressen, qui revient très-souvent, signifie-t-il presse dans le sens que nous lui donnons aujourd'hui ? Cette question a été résolue, comme les précédentes, affirmativement par les uns et négativement par les autres. Il parait néanmoins certain que Gutenberg, qui, suivant l'expression de ses contemporains, trouva à Strasbourg un nouveau genre d'écrire, taillait en bois des caractères mobiles. Il est douteux que pour ses caractères il ait employé le métal, soit en gravure, soit en fonte. «En outre, il est probable, dit M. de Laborde, qu'il composa en lettres mobiles quelques feuilles d'ouvrages dont il avait le manuscrit à côté de lui; il avait sans doute réimprimé le Donat ou quelque autre volume de cette même importance, et lorsqu'il offrit son moyen à ses associés, il pouvait déjà entreprendre un ouvrage autrement considérable, une Bible, par exemple... On conçoit facilement que ces quatre hommes réunis aient entrepris ce qui était encore au-dessus de leurs forces, l'impression d'une

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