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écrivissent, quoique mal, ce qu'on leur donne à transcrire! On s'apercevrait de leur ignorance, mais on aurait au moins la substance des livres; on ne confondrait pas les copistes avec les originaux, et les erreurs ne se perpétueraient pas de siècle en siècle. Croyez-vous que si Cicéron, Tite-Live et d'autres anciens auteurs, surtout Pline, ressuscitaient et se faisaient lire leurs ouvrages, ils les entendraient? Ne s'écrieraient-ils pas à chaque mot, à chaque page, et ne se diraient-ils pas que ce n'est point leurs ouvrages qu'on leur lit, mais celui de quelque barbare? Le mal est qu'il n'y a ni règle ni loi pour les copistes; ils ne sont soumis à aucun examen : les serruriers, les agriculteurs, les tisserands et les autres ouvriers, sont assujettis à des examens et à des règles, mais il n'y en a point pour les copistes. Cependant il y a des taxes pour ces destructeurs barbares, et il faut les payer bien cher pour gâter tous les bons livres. >>

Ailleurs le poète, dans une lettre à Boccace, se plaint de ne pouvoir trouver personne qui copie fidèlement son livre sur la vie solitaire. « Il paraît incroyable, dit-il, qu'un livre, qui a été écrit en peu de mois, ne puisse être copié dans l'espace de plusieurs années. »

Quand il s'agissait d'ouvrages relatifs à la religion, on sent de quelle importance était la fidélité dans la transcription. Les copistes avaient coutume, au commencement ou à la fin des manuscrits, de recommander à ceux qui copieraient après eux de collationner soigneusement leur travail. Cet avertissement était quelquefois remplacé par des imprécations contre ceux qui ajouteraient au texte ou en retrancheraient quelque chose. On en voit un exemple dans les versets 18 et 19 du dernier chapitre de 'Apocalypse de saint Jean.

« Si quelqu'un ajoute aux paroles de cette prophétie, que Dieu le charge des malheurs écrits dans ce livre.

« Et si quelqu'un retranche des paroles du livre de cette prophétie, que Dieu lui retranche une partie du livre de sa vie, et de la cité sainte, et des choses qui sont écrites dans ce livre. >>

Nous avons déjà montré, dans les CURIOSITÉS LITTÉRAIRES, combien, malgré ces précautions, les interpolations avaient été fréquentes dans différents ouvrages. On trouve à chaque instant dans les chroniques des passages interpolés, et l'on peut facilement avoir une idée de la confusion qui en résulte souvent pour l'histoire.

« Comme avant l'invention de l'imprimerie, dit Bayle (art. POLONUS), il fallait beaucoup de temps pour préparer des exemplaires, et que les livres étaient fort chers, on ménageait le temps des copistes et la bourse des acheteurs autant qu'on pouvait et ainsi, en faveur de plusieurs personnes, on faisait en sorte qu'une chronique tint lieu de deux et de trois, et, pour cette fin, au lieu d'en copier plusieurs, on ajoutait à l'une ce que les autres avaient de particulier et de plus insigne. »

Nous aurons, dans les volumes suivants, plus d'une fois occasion de revenir sur ce sujet.

DES ÉCRITURES ABRÉGÉES
ET SECRÈTES.

On appelle sigles les lettres d'un mot, au moyen desquelles on représente ce mot en entier ou en partie.

Cicéron appelait ce genre d'abréviations singulæ litteræ, d'où l'on fit siglæ, mot qui passa dans notre langue.

On distingue deux espèces de sigles. Les sigles simples sont ceux qui désignent chaque mot par une seule lettre, comme N. P. nobilissimus puer. Les sigles composés ajoutent à la lettre initiale une ou plusieurs lettres du mot, comme A. M. amicus, F. S. fratres.

Les sigles connus des Hébreux, suivant quelques commentateurs, ont passé des Grecs aux Romains, et, depuis lors, n'ont pas cessé d'être en usage. On s'en servait dans les inscriptions et les manuscrits, dans les lois, les décrets, les discours et les lettres.

Comme les sigles pouvaient souvent être interprétés de plusieurs manières, leur emploi donna lieu à tant d'abus, que l'empereur Justinien les défendit par une loi. Ceux qui auraient osé s'en servir dans la transcription des lois de l'empire étaient assimilés aux faussaires.

Les Bénédictins, auteurs du Nouveau Traité de Diplomatique, ont découvert, dans un manuscrit de l'abbaye de Saint-Germain des Prés, manuscrit qui est actuellement à la Bibliothèque du roi, plusieurs fragments de Virgile écrits en sigles. On ne conçoit pas trop l'usage que l'on pouvait faire d'un livre où tous les vers étaient écrits comme celui-ci :

Tityre, t. p. r. s. t. f.

c'est-à-dire :

Tityre, tu patulæ recubans sub tegmine fagi.

Ce manuscrit est connu sous le nom de Virgile d'Asper. « Au onzième siècle, disent les Bénédictins, on n'avait pas oublié cette manière d'abréger l'écriture. Le fameux

terrier d'Angleterre, dressé par ordre de Guillaume le Conquérant, en est une preuve. Ce manuscrit en deux volumes, que les Anglais appellent domesday-book, fut écrit en lettres antiques et en sigles. Ces sigles néanmoins n'y sont pas, à beaucoup près, aussi fréquents que dans le Virgile d'Asper. On s'en servait encore pour distinguer les livres, pour marquer le nombre des chapitres et des cahiers des manuscrits. On exprimait aussi la valeur des poids par différentes lettres des alphabets grecs et latins. »

Les médecins ont conservé jusqu'à nos jours, dans leurs ordonnances, l'usage de quelques sigles qui remontent à une haute antiquité.

L'emploi des sigles, pour les noms propres dans les actes et les documents de toute espèce, a causé un grand nombre d'erreurs, soit de la part des copistes, soit de la part des interprètes, et a souvent jeté une grande confusion dans l'histoire. En voici un exemple:

L'ancien Martyrologe de saint Jérôme marquait au 16 février onze martyrs, compagnons de saint Pamphyle. A la suite des mots : Juliani cum Ægyptiis V, il y avait mil., abréviation de militibus. Les copistes, après le mot Juliani, ont mis cum aliis quinque millibus. L'auteur du Martyrologe romain, Baronius, ne s'est pas aperçu de cette bévue, qui, de cinq martyrs, en a fait cinq mille. Les erreurs de ce genre ont été très-fréquentes, et nous aurons plus d'une fois l'occasion d'en signaler de semblables.

Il existait encore, chez les anciens, un autre genre d'écriture abrégée, qui consistait dans la suppression d'une partie des lettres d'un mot et dans la substitution de certains signes aux caractères supprimés.

Dans les plus anciens manuscrits, les signes abréviatifs sout extrêmement rares, mais ils se multiplièrent à partir du septième siècle. En juillet 1304, Philippe le Bel essaya de remédier à cet abus, dans une ordonnance relative aux tabellions et aux notaires. Mais ce fut en vain, car au quinzième et au seizième siècle, on rencontre une foule d'actes tellement remplis d'abréviations, qu'ils sont à peu près illisibles.

Il en fut de même des premiers livres imprimés. Il devait être fort difficile de les lire sans le secours de quelque ouvrage qui donnat la clef de ces abréviations. On connaît, entre autres, le livre que Jean Petit publia seulement pour les ouvrages de droit, et qui est intitulé : Modus legendi abreviaturas in utroque jure, Paris, 1498, in-8.

Voici, comme échantillon de ces abréviatious, deux lignes tirées du folio 124, verso, de la Logique d'Occam. imprimée à Paris, en 1488, in-fol. :

Sie hie e fal sm qd simplr a e pducibile a Deo g a e. Et silr hic a ne ga ne pducibile a Deo;

c'est-à-dire :

Sicut hic est fallacia secundum quid simpliciter: A est producibile a Deo. Ergo A est. Et similiter hic: A non est. Ergo A non est producibile a Deo '.

L'écriture abrégée, connue chez les anciens sous le nom de notes tironiennes 2, et chez nous sous celui de

4 Voyez Chevillier, l'Origine de l'imprimerie de Paris, 1694, in-4, p. 110. Le premier volume des Éléments de paléographie, par M. N. de Wailly, contient un dictionnaire de sigles et d'abréviations.

Ce nom vient de Tullius Tiro, affranchi de Cicéron, qui perfectionna beaucoup la sténographie appliquée à l'écriture latine.

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