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récolte de cette plante vînt à manquer une année pour que la disette de papier se fit sentir dans toute l'Europe. Pline raconte qu'il y en eut une si considérable sous Tibère, qu'elle causa une émeute à Rome, et que le sénat fut obligé de recourir à une mesure analogue à celle qui a été prise souvent aux époques de famine. On nomma des commissaires qui distribuèrent à chaque citoyen une provision de papier proportionnée à ses besoins.

A partir du quatrième siècle, le papyrus commença à devenir peu commun. La conquête de l'Egypte par les Arabes, et le peu de commerce qui existait entre l'Orient et l'Europe ne firent que le rendre plus rare. Sa fabrication cessa avant le douzième siècle, lorsque l'usage du papier de coton, connu, à ce que l'on croit, des Orientaux, vers le quatrième siècle, se fut répandu dans l'Oecident. Les chartes les plus anciennes, sur ce papier, datent du commencement du douzième.

Ce fut vers la même époque que l'on commença à se servir usuellement du papier de chiffon. Les auteurs de l'Art de vérifier les dates citent, à l'article de Hugues II, comte de Châlon-sur-Saône, une charte en papier de chiffe portant la date de 4075. Le même papier est mentionné dans un traité de Pierre le Vénérable, composé en 1122. En 1189, Raymond-Guillaume, évêque de Lodève, accorda, moyennant un cens annuel, l'autorisation de construire, sur l'Hérault, plusieurs moulins à papier.

Le plus ancien titre qui subsiste encore sur papier de chiffe est une lettre de Joinville à Louis le Hutin.

Nous ne devons pas oublier de mentionner les tablettes, assemblages de feuilles de parchemin ou de petites planches de bois, d'ivoire ou de métal préparées pour recevoir l'écriture. Il y en avait qui étaient

recouvertes de cire et sur lesquelles on écrivait avec un poinçon ou un style. Leur usage remonte à l'antiquité la plus reculée. Les paroles suivantes sont mises dans la bouche de Dieu, au quatrième livre des Rois. « J'effacerai Jérusalem comme on efface sur des tablettes, et, en effaçant, je retournerai le style et le passerai et repasserai sur sa face. »

Hérodote et Démosthène parlent aussi de l'emploi des tablettes qui sont mentionnées à chaque instant dans les poètes latins. A Rome elles servaient aux correspondances entre les habitants de la ville ou des environs, tandis que le papyrus était réservé pour les lettres dont la destination était plus éloignée. Souvent on répondait à un billet sur les tablettes mêmes où il avait été tracé.

Le bois le plus précieux employé pour les tablettes était le bois de citrus, espèce de cyprès de l'Afrique septentrionale.

Les tablettes étaient un des objets que les Romains s'envoyaient en présent pendant les saturnales, absolument comme aujourd'hui on se donne des portefeuilles, des souvenirs, etc.

Les diptyques étaient des tablettes à deux feuilles. A Rome, les consuls et les autres magistrats, lors de leur entrée en fonctions, envoyaient à leurs amis, entre autres présents, des diptyques ordinairement en ivoire, artistement travaillés et enrichis d'ornements en or. Cet usage devint si coûteux par le luxe qu'on y déployait, qu'on trouve, dans le code Théodosien, une loi qui ne permet qu'aux consuls ordinaires de donner en présent des corbeilles d'or et des diptyques d'ivoire. Mais il en fut de cette prohibition comme de beaucoup d'autres, on la viola ouvertement, et le fils de Symmaque, ayant été

nommé questeur, offrit à l'empereur lui-même un diptyque recouvert d'or, et à ses amis des diptyques d'ivoire et des corbeilles d'argent 1.

Les tablettes de cire servirent, dans l'antiquité comme au moyen àge, à écrire des brouillons que l'on mettait ensuite an net, soit sur du papyrus, soit sur du parchemin, des inventaires, des comptes de voyages, etc. Telles sont les tablettes de cire de Philippe le Bel conservées à la Bibliothèque royale. Leur usage s'est conservé jusqu'au siècle dernier, comme l'a prouvé un mémoire de l'abbé Lebeuf, inséré dans le recueil de l'Académie des Inscriptions. Ainsi, dans l'église de Rouen, jusqu'en 1722, les tablettes de choeur, où l'on marquait les noms des ecclésiastiques qui devaient officier et desservir le chœur pendant la semaine étaient en cire, et on y écrivait avec un poinçon de fer.

L'encre noire, chez les anciens, était un composé de noir de fumée, de gomme et d'eau. En y melant un pen de vinaigre, on parvenait à la rendre à peu près ineffaçable, au dire de Pline, qui prétend qu'en y faisant infuser de l'absinthe, on préservait les livres des souris.

Cette enere a été employée jusqu'au douzième siècle, époque où a été inventée celle qui est en usage aujourd'hui 2.

Les anciens, outre les encres rouge, bleue, verte et jaune, connaissaient aussi l'encre de sèche, ou sépia, et

De ces anciens diptyques plusieurs subsistent encore aujourd'hui. Montfaucon en a fait graver quelques-uns dans le supplément de son Antiquité expliquée.

2 Cette dernière est un composé de sulfate de fer, de noix de galle, de gomme et d'eau.

une encre indienne mentionnée par Pline, et qui ne différait peut-être pas de l'encre de Chine.

Parmi les encres rouges, celle que l'on appelait le minium 1, et qui, suivant M. Brongniart, n'était pas autre chose que du cinabre, était la plus estimée. Mais celle que l'on obtenait en faisant cuire un murex avec sa coquille brisée, était exclusivement réservée aux empereurs, qui en avaient interdit la fabrication et l'usage aux particuliers, sous peine du dernier supplice.

Les tuteurs des empereurs signaient avec une encre verte; il existe à Orléans une charte de Philippe Jer écrite en encre de cette couleur.

Les anciens connaissaient les encres d'or et d'argent. Sous le Bas-Empire, les écrivains en or, les chrysographes formaient une classe particulière. La Bibliothèque royale possède plusieurs évangiles grecs, et le livre des Heures de Charles le Chauve, entièrement écrits en or. Ou trouve en Allemagne, en Italie et en Angleterre, des diplômes écrits de la même manière. L'encre d'or a été principalement employée du huitième au dixième siècle.

On ne possède que peu de manuscrits écrits en lettres d'argent. Les plus célèbres sont les Évangiles d'Ulphilas, conservés à Upsal, et le Psautier de saint Germain, évêque de Paris, à la Bibliothèque Royale.

Les instruments employés pour écrire étaient le style en métal ou en os 2, dont les divers musées de l'Europe renferment de nombreux échantillons, le pinceau", le

Le minium désigne aujourd'hui l'oxyde de plomb.

Les styles en fer furent, à ce qu'il paraît, proscrits à Rome par une loi. C'était, en effet, une arme dangereuse, et l'on trouve dans l'histoire plusieurs exemples de meurtres commis au moyen de cet instrument.

Cet instrument, employé autrefois par les Egyptiens, est le seul dont les Chinois se servent encore aujourd'hui pour écrire.

roseau, que l'on taillait comme nos plumes, et dont les Orientaux se servent encore aujourd'hui, et enfin la plume, qui est mentionnée plusieurs fois dans un écri vain anonyme du cinquième siècle. Les plumes métalliques étaient connues bien probablement dans l'antiquité, car, suivant Montfaucon, les patriarches de Constantinople se servaient, pour leurs souscriptions, d'un roseau d'argent.

On peut voir, dans les planches de l'Antiquité expliquée de Montfaucon, et dans le recueil de peintures trouvées à Herculanum, que l'encrier, l'écritoire, le pupitre, le canif, le grattoir, la pierre à aiguiser et la boîte à poudre étaient connus très-anciennement. Au moyen du compas et de la règle on traçait des lignes destinées à renfermer le corps de l'écriture, et, bien qu'on se soit servi quelquefois du crayon ou de la mine de plomb, jusqu'au treizième siècle ces lignes étaient tracées avec la pointe du style.

Les anciens ne paraissent pas avoir eu l'habitude de s'appuyer sur une table pour écrire; ils écrivaient sur leurs genoux ou sur leur main gauche; cette dernière méthode est encore usitée en Orient.

DE LA FORME DES LIVRES ET DES LETTRES

DANS L'ANTIQUITÉ.

La forme des livres chez les anciens a été le texte de nombreuses controverses parmi les érudits modernes.

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