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Le 2 novembre 1447, Lantimer de Gisors passa un marché avec Guillaume Tuleu, procureur de l'Hôtel-s de Paris, par lequel il donne audit hôpital, pour y demeurer et appartenir perpétuellement, un manuscrit intitulé : le Pèlerinage de la vie humaine, composé vers l'an 1358, par Guilleville, religieux bernardin de Chaales; afin, dit Lantimer, « d'avoir le pardon de ses péchés, que le saint-père le pape a promis dans ses bulles octreyde audit Hôtel-Dieu, pour la somme nécessaire à son tien... et en intention, sous la miséricorde de Dieu, que luy, sa femme et enfants, son père, mère, amis, bienfaiteurs présents, défunts et à venir, et en espécial son parrain, feu maistre Nicole Ducar, jadis chirurgien du roy Charles, que Dieu absoille, qui lui délaissa ce livre, soyent accompagnez et participans ès bons pardons. >>

Au milieu du quinzième siècle, le cardinal Jacques Piccolomini ayant prié le Florentin Donat Acciaioli de lui acheter un Josèphe, Acciaioli n'osa faire l'acquisition de cet ouvrage à cause de son prix élevé; mais il offrit au cardinal 3 volumes de Plutarque, pour 80 écus d'or, et les Epitres de Sénèque pour 16.

On trouve, au livre v des Épîtres d'Antoine Panormita ou de Palerme, une lettre adressée par ce savant au roi de Naples, Alphonse V, protecteur éclairé des lettres (mort en 1458). En voici la traduction :

« Vous m'avez fait savoir dernièrement de Florence qu'il y avait à vendre pour 120 écus d'or les œuvres de Tite-Live, en beaux caractères. Je supplie donc Votre Majesté d'acheter en mon nom et de me faire envoyer cet historien que nous avons coutume d'appeler le roi des livres. Pendant ce temps je me procurerai l'argent nécessaire pour rembourser le prix de l'ouvrage. Mais je dé

sire bien savoir de vous qui a le mieux agi de Pogge ou de moi. Celui-ci, pour acheter une villa à Florence, a vendu un Tite-Live qu'il avait magnifiquement transcrit de sa main, et moi j'ai mis en vente une terre pour acheter Tite-Live... »

On lit dans la vingtième épître de Gaguin à Fichet, que, chargé par un de ses amis d'Italie d'acheter à Paris les Concordances de la Bible, le premier n'en avait trouvé qu'un exemplaire très-bien écrit, que le libraire Paschassius voulait vendre 100 écus d'or.

Louis XI ayant appris que la Faculté de médecine possédait un manuscrit de Rasès, célèbre médecin arabe du dixième siècle, fit demander à la Faculté de le lui prêter pour qu'il le fit transcrire. Voici la réponse que lui adressa la Faculté:

« Nostre souverain seigneur, tant et si très-humblement que plus pouvons, nous nous recommandons à vostre bonne grace, et vous plaise sçavoir, Nostre souverain seigneur, que le président, messire Jean de la Driesche nous a dit que lui avez rescrit qu'il vous envoyast Tolum continens Rasis pour faire escrire; et, pour ce qu'il n'en a point, sçachant que nous en avons un, nous a requis que luy voulussions bailler. Sire, combien que toujours avons gardé très-précieusement ledit livre, car c'est le plus beau et plus singulier thrésor de nostre Faculté, et n'en trouve point guères de tel; néanmoins que de tout nostre cœur désirous vous complaire et accomplir ce qui vous est agréable, comme tenus sommes, avons délivré audit président ledit livre pour le faire escrire, moyennant certains gages de vaisselle d'argent et autres cautions qu'il nous a baillés en scureté, de le nous rendre, ainsi que selon les statuts de nostre Faculté faire se

doit, lesquels nous avons tous jurez aux Saintes Evangiles de Dieu, garder et observer, ne autrement ne le pourrions avoir pour nos propres affaires. Priant Dieu, Sire, etc... Ce 29 novembre 1471. »

Plus bas il est dit que le gage qui devait être fourni à la Faculté a été fixé à 12 marcs d'argent et 20 sterlings, et qu'en outre Malingre s'est constitué caution pour 100 écus d'or 1.

Comme on le pense bien, la découverte de l'imprimerie fit rapidement tomber le prix des manuscrits. « Que d'actions de gràces ne vous rendra pas le monde littéraire et chrétien! dit Jean-André, évêque d'Aleria, au pape Paul II, qui avait introduit l'imprimerie à Rome. N'est-ce pas une grande gloire pour Votre Sainteté d'avoir procuré aux plus pauvres la facilité de se former une bibliothèque à peu de frais, et d'acheter, pour vingt écus, des volumes corrects, qu'antérieurement on pouvait à peine obtenir pour cent écus, quoiqu'ils fussent remplis de fautes de copistes? Maintenant on peut acheter un volume moins cher que ne coûtait autrefois sa reliure 2. »

Pour compléter tout ce que nous venons de dire sur le prix et la valeur des livres avant la découverte de l'imprimerie, nous ne croyons pas inutile de montrer, par le catalogue suivant, que l'on pouvait, en 4524, se créer, à peu de frais, une petite bibliothèque classique. Nous le tirons textuellement d'un inventaire inédit, fait à Paris, le 22 mars 1525, après la mort de Me Pot, en son vivant conseiller du roi, président ès enquêtes, trésorier et chanoine de la Sainte-Chapelle du Palais.

'Historia Universitatis parisiensis, par Du Boulay, tome v, p. 885. 2 Epître dédicatoire des épîtres et des traites de saint Jérôme.

Aulus Gelius.

Ariani prefacio de res gestas (sic) Alexandri.
Cicero de officiis cum commento. 1 vol.

de Natura Deorum, textus avec Sallustus cum commento.

Tusculanes Ciceronis cum commento.
Retorica Ciceronis cum commento.

Plura Ciceronis.

Commentaria Cesarii (sic), Venize.

Diogenes Laercius.

Opera Dyonisii.

Herodiani historie.

Isidoris sinonima, escript à la main en par

chemin.

Titus Livius. 5 vol.

Lucianus cum interpretatione Erasmi.

Philostratus de vita Apoloni (Apollonii).

Opera Platonis.

Plinius. 2 vol.

Priscianus cum commento.

Sallustius, impression d'Alde.

Opera Senesce. 1 vol.

Suetonius cum commento, impression de

Venize.

Sols tournois.

6

8

12

Cornelius Tacitus.

Thucides (Thucydides) de Bello Pelompone

saaco (Peloponesiaco) '.

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Le manuscrit d'où nous avons tiré ces détails forme un vol. in-4 sur parchemin, et appartient aux archives de Bourges. Nous en devons la communication à un laborieux et savant antiquaire, M. le baron de Girardot, conseiller de préfecture à Bourges.

DES BIBLIOTHÈQUES DANS L'ANTIQUITÉ

ET AU MOYEN AGE.

Un savant bibliographe allemand, J.-J. Mader, dans une dissertation intitulée: de Scriptis et Bibliothecis antediluvianis, a cherché à prouver qu'avant le déluge, les hommes, qui étaient fort instruits dans tous les arts, possédaient des bibliothèques. L'imposition des noms par Adam, les fabuleuses colonnes sculptées par Seth et le prétendu livre d'Enoch, tels sont les faits qui lui ont servi de base pour émettre cette ridicule opinion, qu'il essaie, à grand renfort d'érudition, de faire partager aux lecteurs.

Sans nous arrêter à ces rêveries, nous dirons que la bibliothèque dont il est le plus anciennement fait mention dans l'histoire est celle que le roi égyptien Osymandias avait placée dans son immense palais de Thèbes. << Sur la porte de la bibliothèque sacrée, rapporte Diodore de Sicile (1. 1, c. 49), on lisait ces mots : Pharmacie de l'âme. »

Après cette bibliothèque, on place, dans l'ordre chronologique, celle qui fut réunie par Pisistrate. « On dit, raconte Aulu-Gelle (1. vi, c. 17), que le tyran Pisistrate, ayant rassemblé un grand nombre d'écrits littéraires et scientifiques, fonda, chez les Athéniens, la première bibliothèque publique. Ceux-ci travaillèrent avec zèle à enrichir cette collection', et l'augmentèrent considérablement. Mais lorsque la ville fut prise par Xerxès, qui la fit

1 Voyez encore du même auteur De Bibliothecis, 1666, in-4.

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