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librairie coûtait 1 000 livres et celle d'imprimeurs 1 500. Toutes ces dispositions furent abrogées dès le commencement de la révolution, lorsque l'assemblée constituante eut décrété, en 1791, le principe de la libre con

currence.

Nous aurons de nouveau occasion de parler des entraves apportées de tout temps au commerce de la librairie, dans le chapitre que nous consacrerons à l'histoire de la liberté d'écrire.

DU PRIX DES LIVRES DANS L'ANTIQUITÉ

ET AU MOYEN AGE.

« Les anciens nous apprennent, dit Aulu-Gelle, que Platon, quoiqu'il ne possédât qu'un patrimoine très-modique, acheta pour 40 000 deniers (10 000 fr.) les trois livres du pythagoricien Philolaüs. Quelques auteurs assurent que cette somme lui fut donnée par son ami Dion de Syracuse. On rapporte aussi qu'Aristote, après la mort de Speusippe, paya 5 talents attiques (16 465 fr.) quelques livres composés par ce philosophe. Cette somme, évaluée dans notre monnaie, fait 72 000 sesterces. Le satirique Timon, dans un poème intitulé Sille, où il donne carrière à sa malignité, apostrophe en termes injurieux Platon, qui, comme nous l'avons dit, était fort pauvre, pour avoir acheté très-cher un traité de philosophie pythagoricienne, et en avoir tiré par de nom

breux plagiats son fameux dialogue du Timée. Voici les vers de Timon sur ce sujet :

« Et toi aussi, Platon, tu as été pris de l'envie de t'instruire; et tu as acheté pour beaucoup d'argent un petit livre avec l'aide duquel tu t'es mis à écrire toi-même 1. »

C'est là la plus ancienne mention du prix des livres faite par les écrivains de l'antiquité qui nous ont laissé bien peu de renseignements à ce sujet. On trouve encore quelques indications dans Martial.

« Près du forum de César, dit-il dans la cent dixhuitième épigramme de son deuxième livre, se trouve une boutique dont la devanture est toute couverte de titres d'ouvrages, de sorte qu'on y lit d'un coup d'œil les noms de tous les poètes. Là vous demanderez mon livre, en vous adressant à Atrectus, c'est le nom du marchand. Du premier ou du second casier il tirera un Martial bien poli et orné de pourpre, qu'il vous vendra cinq deniers (environ 4 fr. 95 cent.).»

L'ouvrage dont il s'agit ici est le premier livre des épigrammes de Martial, composé de sept cents vers. Ailleurs, parlant de son livre XIII, composé de cent vingt-sept titres fort courts et de deux cent soixante-quatorze vers, le même poète dit (ép. 3): « Toute la foule des présents réunis dans ce petit livre te coûtera quatre sesterces (99 centimes). Quatre! c'est trop.-Peut-être l'auras-tu pour deux, et le libraire Tryphon y trouvera encore du profit. » Si cette épigramme devait être prise à la lettre, il s'ensuivrait que le libraire de Martial, en vendant quatre sesterces le x livre du poète, gagnait plus de cent pour cent sur chaque exemplaire.

Nuits attiques, liv. 1, c. 47, traduction de la collection Dubochet.

Voy. aussi Diogène Laërce, Vie de Platon.

Voici maintenant quelques renseignements destinés à compléter ceux que nous avons déjà donnés sur le prix des livres au moyen âge.

En 690, Bénédict Biscop, moine et fondateur du monastère de Warmouth, vendit à Alfred, roi de Northumberland, un manuscrit sur la cosmographie, pour huit cents acres de terre labourable.

En 1174, Walther, prieur de Saint-Swithen, à Winchester, acheta les Homélies de Bède et le Psautier de saint Augustin, pour douze mesures d'orge et un pallium sur lequel était représentée en broderie l'histoire de saint Birnus convertissant un roi saxon 1.

W. de Howton vendit à l'abbé de Croxton, en 1276, une Bible commentée pour 50 marcs d'argent (833 fr.), tandis que la construction de deux arches du pont de Londres à cette époque coûta seulement 625 francs.

Dans le registre du prieuré de Bolton, à l'année 1305, on trouve cette note: Pro quodam libro Sententiarum, empt. XXX S. C'était le livre des Sentences du fameux Pierre Lombard. On aurait eu deux bœufs gras pour le même prix.

Dans un acte de 1332, Geoffroy de Saint-Liger, l'un des clercs libraires de Paris, reconnaît et confesse avoir vendu et cédé, sous hypothèque de tous ses biens et garantie de son corps, un livre intitulé : Speculum historiale in consuetudines Parisienses, divisé et relié en quatre tomes couverts de cuir rouge, à noble homme messire Girard de Montagu, avocat du roi au parlement, moyennant la somme de 40 livres parisis.

Timperley raconte qu'en 1420, Martin Hugues, moine, désigné par le couvent de Saint-Edmund's-Bury pour faire une copie de la Bible, ne put pas trouver de parchemin en Angleterre pour cet objet.

Le livre de Pierre Comestor, Scolastica historia, pris au roi de France à la bataille de Poitiers, fut acheté ensuite 100 marcs d'argent (environ 66 livres sterling) par le comte de Salisbury.

Pétrarque (mort en 1574) raconte, dans une lettre adressée à son ami Luc Penna, que Tuscus, son maître de grammaire et de rhétorique, grand libertin de son naturel, fut obligé, pour payer ses dettes, d'engager deux petits volumes de Cicéron.

« Un fort vieil instrument de ce même temps (1393), de foy irréprochable, fait mention qu'Alazacie de Blevis, dame de Romolles, femme du Magnifique Boniface de Castellane, baron d'Allemagne, faisant son dernier testament, laissa à une jeune damoiselle, sa fille, certaine quantité de livres où estoit escript tout le corps du droict, formé et peinct en belle lettre de main sur parchemin, l'enchargeant que au cas qu'elle vint à se marier, elle cût à prendre un homme de robe longue, docteur jurisconsulte, et que à ses fins elle luy laissoit ce beau et riche thrésor, ces exquis et précieux volumes en diminution de son dot. Il faut noter que l'art d'imprimer n'estoit encor en usage ny descouvert par Guttemberg, gentilhomme d'Allemagne, et que celle des maisons nobles de Provence, qui avoit de tels volumes l'estimoit à grand honneur, et si tenoit bien d'avoir un ample et puissant héritage qui n'estoit pas ordinaire parce que telle librairie de telle estoffe coustoit une grande somme d'argent, et ne se pouvoit copier et transcrire, ny mesme recouvrer qu'à prix de denier non petit. Et puis les hommes de lettres estoient si clair semés, tant rares, et tenus en telle estime et vénération de ce temps, que ceux qui pouvoient faire tomber en leurs mains semblables et si

chers volumes, les feuilletoient très-curieusement et y estudioient nuict et jour, les conservant précieusement 1. » En 1394, Louis d'Orléans acheta d'Olivier Lempire un Bréviaire en un seul volume, moyennant 40 écus d'or. Un autre Bréviaire à l'usage de Paris, en deux grands volumes couverts de cuir blanc, fut acheté par le même prince, le 18 février 1397, pour 200 francs d'or.

En 1396, Jacques Johan, épicier et bourgeois de Paris, vendit à Louis, duc d'Orléans, pour la somme de 60 écus, deux livres «<esquels sont contenuz, c'est assavoir, en l'un le Livre du Trésor, le Livre de Julius César, le Livre des Rois, le Secret des Secrez et le Livre de Estrille Fauveau, tout en un volume et enluminé, armoyé des armes du viez duc de Lancastre; et en l'autre le Rommant de la Rose, le Testament de maistre Jean de Meun, et le Livre des Eschez moralisé, tout en un volume enluminé d'or et d'azur et à ymages 2. »

En 1400, une copie du Roman de la Rose fut vendue à Paris, devant les portes du Palais, 833 francs.

Les Heures que Charles VI donna, en 1412, à la duchesse de Bourgogne, coûtèrent 600 écus.

Un ancien rôle de l'abbaye de Saint-Étienne, à Caen, porte qu'en 1431 on acheta pour 7 francs les ouvrages de Pierre Lombard. Cette année on aurait eu pour la même somme soixante-dix boisseaux de blé.

L'Histoire et Chronique de Provence, de Cæsar de Nostradamus, Lyon, 4614, in-fol., p. 516.

2

Voyez la Bibliothèque de Charles d'Orléans à son château de Blois, par Le Roux de Lincy, Bibliothèque de l'École des chartes, tome v.

Nous aurions pu extraire de ce catalogue le prix d'un très-grand nombre d'ouvrages; mais ces volumes, étant presque tous ornés avec un grand luxe, ne peuvent guère servir à donner une idée de la valeur que les livres avaient par eux-mêmes.

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