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PRÉFACE

« Une place si éminente est due aux livres divins que, sans leur étude et leur usage habituel, on ne peut convenablement et dignement s'occuper de théologie. » (Encycl. Providentissimus, 22).

Les Pères et les Docteurs ont très souvent exprimé des pensées semblables, en parlant des Épîtres de saint Paul. Saint Chrysostome les compare à une mine d'or que ne peuvent épuiser les extractions de tous les âges: après avoir enrichi plusieurs générations, elles donnent toujours avec abondance à de plus nombreux travailleurs l'or très pur de la doctrine révélée. De pareilles appréciations se succèdent avec admiration pendant des siècles.

D'après ces jugements si autorisés, quand l'Apôtre explique les vérités de la foi, il fournit aux théologiens les preuves qu'ils ne peuvent obtenir que de l'Écriture. « Car la théologie ne tire pas ses principes des autres sciences, mais de Dieu, immédiatement, par révélation. » Quand il nous inculque les préceptes de la vie chrétienne, il expose ce que les auteurs ascétiques ont mis de meilleur dans leurs traités. Ses sublimes enseignements

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inspirés par le Saint-Esprit sont comparés aux rayons de la lumière éternelle, qui se réunissent en un même foyer, pour se répandre sur toutes les œuvres qui font la gloire des hommes les plus illustres de l'Eglise.

Cependant personne n'ignore que ces rayons lumineux se cachent souvent sous d'épais nuages. Il faut avouer que les causes d'obscurité ne viennent pas toujours de la forme particulière que saint Paul a donnée à ses épîtres. Elles tiennent aussi parfois aux vérités qui en forment le fond, et dont la présence en certains passages n'est pas facilement expliquée, si l'on en ignore les motifs.

Dans presque toutes les épîtres reviennent quelques-unes des vérités dogmatiques qui se rattachent plus intimement aux mystères de l'Incarnation et de la Rédemption. Saint Paul y enseigne, avec de longs développements, que Jésus est le Christ annoncé par les Prophètes, qu'il est le Fils Eternel de Dieu, le Rédempteur de tous les hommes par son sacrifice sanglant qui a expié tous les péchés du monde; que le mérite de ses expiations est appliqué à tous ceux qui s'unissent par la foi aux mystères de sa mort et de sa Résurrection; que cette application se fait par la grâce sanctifiante qui purifie les âmes des souillures du péché; que la rémission des péchés, par conséquent, ne peut être obtenue sans la foi au Christ, car la loi mosaïque, n'ayant eu pour but que de

LES ÉPÎTRES DE S. PAUL

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conduire les hommes au divin Médiateur, ne les a jamais justifiés par elle-même. C'est pourquoi, depuis que Jésus a offert son sacrifice, cette loi a été abrogée, afin que Juifs et Gentils soient réunis, sans aucune distinction, sous la Loi Nouvelle, pour former le corps mystique de l'Eglise, dont le Christ est le Chef.

Les lecteurs des épîtres pourraient s'étonner que saint Paul mette tant d'insistance à rappeler ces vérités, s'ils ne savaient qu'elles trouvèrent des adversaires obstinés, non-seulement dans les Juifs infidèles, mais encore dans les Juifs convertis au Christianisme, qui restèrent, au détriment de leur foi, très attachés aux observances mosaïques. Il importe de bien déterminer quelles étaient, concernant la justification, les erreurs que ces Chrétiens tenaient de leur première éducation.

Les Juifs qui se convertirent à la religion chrétienne appartenaient à la secte des Esséniens ou à celle des Pharisiens. Les Esséniens étaient des hommes austères, d'une vie humble et mortifiée : les uns vivaient dans le célibat, les autres observaient une grande chasteté dans le mariage (1). Les Pharisiens, en général, furent les ennemis de Notre-Seigneur. Ils n'avaient que l'apparence de la piété. Leur principal souci était de paraître très religieux. Ils évitaient avec affectation les incirconcis, qu'ils regardaient comme pécheurs et

(1) Flav. Josèphe, 1. XIII, de Bello Jud.

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impurs. De là leur nom, qui signifie séparé. Au reste, ils se prétendaient justifiés par le seul fait de se soumettre aux dîmes, aux sacrifices, aux purifications extérieures que la loi imposait. Ils ne se préoccupaient pas de la pureté de l'âme. Parmi eux, néanmoins, se trouvaient des hommes véritablement pieux, qui furent de fidèles disciples de Jésus, qui comprirent que le salut vient uniquement de lui et s'obtient par la foi, par notre union avec lui. Les autres, qui reconnurent en Jésus le Christ attendu depuis si longtemps, le considéraient surtout comme un modèle, et ils se flattaient follement d'obtenir le salut par la simple observation de la loi mosaïque. C'est pourquoi ils affirmaient que les Gentils, même après le baptême, ne pouvaient être sauvés, s'ils ne recevaient la circoncision (1). On appela Judaïsants ces faux docteurs, qui anéantissaient la vertu de la Croix et attribuaient à l'ancien culte des Juifs une puissance qu'il n'eut jamais. Le Concile Apostolique condamna leurs erreurs; il ne put triompher de leur obstination. Sans doute ils durent admettre que les Gentils pouvaient être sauvés par la foi et les sacrements de l'Eglise. Mais, d'après l'incident d'Antioche que saint Paul raconte dans l'épître aux Galates (chap. II, 11-14), ces esprits sectaires continuaient de prétendre que les Chrétiens incirconcis n'étaient pas les égaux des Judéo-Chrétiens, et qu'ils n'étaient pas dignes d'avoir des relations familières avec les

(1) Act. XV, 1.

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descendants d'Abraham. Ces prétentions tendaient à détruire l'unité de l'Eglise.

Saint Pierre s'abstenant de leur résister en face, saint Paul lui en fit un reproche en public. « Si toi, qui es Juif, lui dit-il, tu n'hésites pas ordinairement à vivre comme les Gentils, sans observer les rites judaïques, comment se fait-il que, aujourd'hui [par ta condescendance], tu sollicites les Gentils à se soumettre aux rites des Juifs? » Cette observation de saint Paul montre clairement que, au jugement de saint Pierre, la loi mosaïque était abrogée, même pour les Juifs. C'était assurément la conséquence légitime du décret Apostolique, puisque, admis dans l'Eglise de Dieu dont les Apôtres et les Prophètes sont le fondement et dont le Christ est la pierre angulaire, les Gentils n'y étaient pas des étrangers, mais les concitoyens des saints (1).

Cependant les Judaïsants ne voulurent jamais admettre cette conséquence. Se glorifiant de privilèges imaginaires, sans cesse ils invitaient les Chrétiens à les partager avec eux, en se conformant à leur doctrine. C'est ainsi qu'ils causèrent un grand dommage aux Galates, comme saint Paul le fait connaître dans l'épître qu'il écrivit à ses néophytes égarés. Mais les faux docteurs troublèrent aussi les autres églises, puisque l'Apôtre les réfute indirectement dans les épîtres adressées aux Corinthiens, aux Philippiens, aux Ephésiens, aux Colossiens. En effet, il s'y applique

(1) Eph. II, 19-20.

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