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le honheur ! L'amoạr de la gloire se laisse rebuter par toutes les choses où le génie ne peut se montrer; ce n'est que l'amour de l'humanité qui se soumet à cette multitude de détails nécessaires ay succès des affaires, et qui peut seul y trouver sa plus douce rée compense. i

Vous me dites, mon amai, de luj parler de M. Détalonde, pour qui son zèle auprès dy roi de Prusse et de potre parlement s'exerce sans relâche depuis , un an. Je l'ai déjà fait: j'ignorais qu'il fût chez lui; je lui en demandai des nouvelles. N'avez-vous pas remarqué, me dit-il, le jour où je vous vis pour la premiere fois, un jeune homme d'une figure douce, honnête, d'un maintien modeste? - Je vous demande pardon , Monsieur; je n'avais dans ce moment, des yeux que pour vous. — Eh bien ! faites-y attention; sa figure vous peindra son ame. En effet, j'ai beaucoup causé depuis avec M. Détalonde , qui me paraît aussi digne par son ame que par son malheur, de tout l'intérêt de M. de Voltaire. Son admiration pour ce grand homme est sans bornes, comme sa reconnaissance ; et lorsqu'il paraît devant son bienfaiteur , celui-ci lui présente la maiu. Bonjour , mon cher ami , lui dit-il avec un air de bonté et de tendresse attendrissante. C'est, je crois, le meilleur des hommes. Oh! combien je l'admire! Je l'aime davantage depuis que je l'ai vu; avec quel regret je m'en séparerai, sans doute , hélas ! pour ne plus le revoir! Que dirai-je à vos amis , lui disais-je , qui, à mon retour , vont tous m'entourer pour me parler de vous ?

Vous leur direz que vous m'avez trouvé ! dans le tombeau , et que vous m'avez ressuscite. .

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VOIT U

1 mo

Nous venons de Ferney , où nous avons dîné. Mon admiration et mon enthousiasme pour M. de Voltairesɔnt si bien établis que, lorsque j'arrive , on ne parle que de cela. Je lui ai fait demander la permission de le voir un moment avant la promenade que nous devions faire ensemble dans ses bois, et j'ai été bientôt admise. Je suis entrée , je l'ai caressé , je lui ai parlé de lui , car je ne puis guères parler d'autre chose, pendant un bon quart-d'heure. C'est comme une passion qui ne peut se soulager que par ses épanchemens. Il m'a donné les noms les plus tendres, m'a appelée sa chère enfant, sa belle reine. Il m'a paru aussi touché que persuadé de ma tendre vénéralion pour lui. Nous avons parlé ensuite de nos amis communs , de MM. d'Alembert, la Harpe, Şaint-Lambert, Condorcet. Ce dernier est celui pour lequel il me paraît avoir le plus d'estime et de tendresse. C'est , me dit-il,

de tous les hommes celui qui lui ressemble le plus : il a la même haine, disait-il, pour l'oppression et le fanatisme , le même zèle pour l'humanité, et le plus de moyens pour la protéger et la défendre. Je goûtais un véritable plaisir d'entendre ce grand homme me parler ainsi de l'ami qui répand un charme si doux sur ma vie. J'ai été bien touchée du conseil qu'il a ajouté à ses éloges : Conservez cet ami, Madame ; c'est celui de tous qui est le plus digne de votre ame et de votre raison. Oh! Monsieur, lui ai-je dit , l'amitié de mon bon Condorcet est pour moi d’un prix au-dessus de tous les trésors, et je ne la sacrifierais pas à l'empire de l'univers. Il est revenu à vous de lui-même., et m'a encore répété qu'il you, lait vous voir. Je lui ai parlé, avec mon ame , du meilleur ami de mon cæur. Il m'a demandé depuis combien de tems j'élais mariée: il m'a félicitée d'être unie à l'homme que j'avais préféré, et que ma raison aurait encore choisi. Je lui ai montré votre portrait : il vous trouve une figure spirituelle et douce. Il n'y a, lui disais-je pendant qu'il regardait votre portrait, il n'y a qu'une destinée , Monsieur, qui eût pu balancer, dans mon coeur , celle d'être la femme de M.***, c'eût été d'être votre nièce et de vous dévouer ma vie entière. Eh ! ma chère enfant, je vous aurais unis , je vous aurais donné m'a bénédiction ! Il était superbe aujourd'hui. Quand je suis arrivée, madame de Luchet m'a dit : M. de Voltaire, Madame, qui sait que vous le trouvez fort beau dans toute sa parure, à mis aujourd'hui sa Perruqüe et sa belle robe - de - chambre. Voyez-vous, a-t-elle dit quand il est sorti đé son cabinet, voyez-vous comme il est beau ? C'est une coquetterie dont vous êtes l'objet. M. de Voltaire sourit avec bonté, et une sorte de honte aimable de s'être prêté à cet enfantiHage. Ce sourire, si rema pli de grâce , me rappela la statue de Pigallé , qui en a saisi quelques traces. Je lui dis que j'avais été empressée d'aller la voir, et que je l'avais baisée. — Elle vous l'a bien rendu , n'est-ce pas ? Et comme je ne réPondais qu'en lui baisant les mains : Mais dités-moi donc, avec un ton d'instance, dites-moi donc qu'elle vous l'a rendu. Mais il me semble qu'elle en avait envie. Nous sommes montés en carrosse pour parcourir ses bois : j'étais à ses côtés, j'étais

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