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principes de la formation des langues : mais cette connaissance est difficile à acquérir; les rapports des voyageurs sont trop vagues et trop suspects.

VIII. C'est une vue très heureuse et trèsprofonde de l'abbé de Condillac , que d'avoir considéré les langues comme des méthodes analytiques, comme des espèces d'algèbre et d'arithmétique.

On peut en effet juger, par l'usage de l'arithmétique pour fixer dans l'esprit l'idée des nombres, combien une langue est nécessaire pour donner de l'étendue, de la précision, de la clarté à ses propres idées. :

Sans les langues, il serait peut-être impos: sible d'avoir une seule idée abstraite bien claire; et sans les abstractions, l'esprit serait bien borné dans ses conceptions. C'est par abstraction que l'arithmétique opère ; c'est par des abstractions plus hardies encore que se font les opérations d'algèbre.

L'astronomie nous apprend que l'étoile fixe la plus voisine de la terre en est au moins cinq cents fois plus éloignée que le soleil ; que le soleil en est au moins trois cents fois plus éloigné que la lune , qui n'en est éloignée que d'a-peu-près trente dia

mètres de la terre; qu'un diamètre de la terre est estimé de mille sept cent vingt milles, de vingt-quatre mille pieds chacun. Toutes ces mesures comparées sont autant d'idées abstraites, sans lesquelles, il serait impossible de se former une idée nette de semblables distances. Sans les mots de cent, de mille , de millions', on ne pourrait point compter avec précision de grandes multitudes.

Au-delà d'un nombre d'objets très borné, un sauvage ne voit plus qu'une multitude innombrable ; et pour désigner mille , il montre tous les cheveux de sa tête ou les. sables de la mer,

Quelle brièvété dans cette formule : 15 juin 1784! Rendez-la en latin : Die quindecimâ mensis junü , anno millesima septingentesimo octogesimo quarto.

S.

DE M. L'ABBÉ ARNAUD

AU P, MARTINI,

V. RÉ VÉR END PÈRE,

Je viens vous parler d'un art que vous aimez, que vous cultivez , et que vous éclairez. La musique touche au moment d'une révolution, si toutefois ce moment, comme vous pouvez en juger par ma lettre, n'est déjà venu. Mais quand les beautés , dont nous n'avions pas encore eu d'exemple, paraissent justifiées par un succès qu'on peut regarder comme général, le croiriez-vous ? quelques gens d'esprit, des hommes de lettres s'obstinent à leur préférer les fausses richesses et les vains ornemens qui se sont introduits dans la musique italienne, et que vous condamnez avec tant de raison et de force dans l'excellent ouvrage dont vous avez déjà publié deux volumes !

Long-tems idolâtres de la musique de Lulli, musique qui n'est guères au fond

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qu'une sorte de déclamation, les français l'abandonnèrent il y a environ un demisiècle, pour ne plus goûter que celle de Rameau. Mais Rameau , beaucoup plus savant que Lulli, est, j'ose le dire, beaucoup moins dramatique ; trop souvent, ainsi que je l'ai déjà remarqué, il substitua la science à l'art, et l'art au génie.D'ailleurs il ne connut point ce beau naturel, cette précieuse simplicité sans laquelle il n'y a rien de véritablement beau dans les arts imitateurs, et particulièrement dans la musique théâtrale. Enfin, un allemand est venu, qui, après avoir profondément réfléchi sur le véritable objet du mélodrame, a renoncé à sa première manière jusqu'alors absolument italienne, et a déployé dans son Orphée , son Iphigénie'et son Alceste un ensemble de grands effets qui n'avait encore existé dans aucun ouvrage de musique dramatique.

Votre langue , mon révérend père, a de grands avantages sur la nôtre; elle est beaucoup plus sonnante, et sur-tout beaucoup plus souple; mais cette souplesse a fait que votre musique vocale s'est confondue avec l'instrumentale, de là, pour me servir de

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vos propres expressions, ces sonatine di gula qui ont pris la place du chant passionné et de la mélodie véritablement expressive. Trop occupé du soin de plaire à l'oreille , vous avez tellement brisé les sons, vous les avez mis en un si grand nombre de pièces et de morceaux, que le rhythme, appelé avec tant de raison par les grecs le mâle de la musique, a totalement disparu, de la vôtre. On n'y trouve aucune suite, aucune combinaison de dactyles, de spondées, d'anapestes, d'iambes, de trochées, et de ces différens pieds dont la poésie grecque et latine se servait avec tant de succès pour exprimer et les images physiques et les mouvemens de l'ame. L'effet admirable que produisent les vers sdruccioli, dans quelques-uns de vos airs, devrait cependant faire sentir à vos compositeurs combien grandes sont les ressources dont ils se privent volontairement en détruisant tous les rhythmes par le grand nombre de notes dont ils surchargent les syllabes. . M. Rousseau de Genève a reproché durement à notre idiôme son inflexibilité; il aurait dû plutôt la bénir, puisqu'elle nous préserve des faux ornemens dont l'excès a

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