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catoire des Libertés de l'Eglise gallicane, qu'il adressait à Matthieu Molé, alors garde des sceaux, en 1651, temps de régence et de minorité : « Croyez-moi, je vous supplie, » monseigneur, que leurs desseins et leurs efforts ne sont » point à mépriser. Comme le bruit extraordinaire de cer» tains oiseaux est une marque assurée de la pluie pro» chaine, l'on peut dire aussi que l'émotion extraordi» naire que ces personnes font paraître est un présage de » quelque mouvement à l'encontre de cet Etat..... »

C'est aux pouvoirs publics à résister ; c'est aux chambres à éclairer le gouvernement, à le soutenir, à le stimuler au besoin; à lui prêter force pour maintenir, dans les agitations qui ont la religion pour prétexte, aussi bien que dans les autres crises, l'indépendance nationale, la dignité de l'Etat, la liberté des citoyens, la sécurité publique.

Il existe des lois dans le royaume, pourquoi ne sontelles pas exécutées ?..... Si elles sont insuffisantes, qu'on en demande de nouvelles : mais peut-on accuser d'impuissance celles que nous avons, tant qu'on n'aura pas essayé de leur faire produire leur effet ?

La question, je l'annonçais il y a peu de temps, ne sera bientôt plus ni ultramontaine ni gallicane : elle deviendra entièrement politique et constitutionnelle.

Qu'on change les noms p qu'on écarte, si l'on veut, les anciennes locutions, les mots surannés, le fond des choses n'en restera pas moins le même; tout ne tardera pas à se traduire en langue vulgaire et à devenir clair pour les moins clairvoyants.

S'il y a péril dans cette lutte, il y a bien aussi quelque honneur à la soutenir, surtout lorsqu'on y entre, comme j'ai toujours eu à ceur de le faire, avec un amour vrai de la religion;

un respect sincère de la hiérarchie dans tous ses degrés; - la volonté de repousser ou de combattre tout ce qui a le caractère illégal d'usurpation et d'abus; mais aussi avec la ferme résolution de ne jamais se laisser entraîner au delà.

DUPIN.
Paris, ce 15 avril 1845.

Pour marquer le chemin que l'on a fait depuis 1830, et montrer comment, par un circuit, on est revenu en matière religieuse, en alléguant la liberté, fort au delà du terme où l'on était parvenu sous la Restauration à l'ombre de la censure et sous le patronage avoué de l'ancienne dynastie, je veux communiquer au public trois lettres qui me furent adressées, en 1824, à l'occasion du petit volume que je publiai à cette époque sur les libertés de l'Eglise gallicane, la Déclaration de 1682, et la loi organique du concordat, c'est-à-dire tout ce qui forme aujourd'hui la première partie du Manuel, celle contre laquelle on a dirigé toutes les attaques. On verra quelles étaient la tolérance et l'urbanité de ce temps, comparées aux violences inquisitoriales de l’ultramontanisme actuel.

La première de ces lettres est de M. d'Hermopolis, l'évêque le plus éminent de cette période, qui, loin de condamner mon ouvrage, appelle en quelque sorte mon jugement sur le sien.

La seconde est d'un homme d'État des plus doctes et des plus laborieux de l'Empire, renommé surtout pour

la rectitude de son esprit, M. le comte Daru.

La troisième enfin sort de la plume d'un écrivain royaliste très-spirituel, attaché à la rédaction du Journal des Débats,

En 1824, j'étais simple avocat.

Lettre de M. l'évêque d'Hermopols. « MONSIEUR, » Je vous dois bien des remerciments pour la bonté que vous avez eue de me faire cadeau de votre traité des libertés de l'Eglise gallicane. Un jurisconsulte tel que vous a compris aiséinent qu'une pareille matière était digne d'occuper les meilleurs esprits, tant abusé de ces libertés pour tourmenter, perséculer et détruire, qu'il n'est pas étonnant que quelques esprits en soient effarouchés. Je souhaite que vos occupations vous permettent de parcourir, dans l'écrit que j'ai l'honneur de vous adresser, le chapitre page 48, qui a pour objet les libertés de l'Eglise gallicane, et que vous gonciez la manière dont elles y sont présentées, Agréez, Monsieur, etc. » Le pair de France, premier aumônier du roi,

On a

4 D., év, D'HERMOPOLIS.

9 août 1824. »

« MONSIEUR, » J'ai pris la liberté de vous offrir un opuscule dont l'unique mérite est de contenir l'éloge d'un grand citoyen dans la disgrâce; c'était un hommage bien dû à vos talents et au noble emploi que vous en faites ; tout le monde vous doit de la reconnaissance; car, en protégeant les intérêts de vos clients, vous défendez toujours quelques-uns de nos droits. Aujourd'hui vous consacrez votre érudition et votre éloquence à soutenir les libertés de l'Eglise gallicane que des insensés voudraient abandonner pour détruire plus facilement les libertés publiques. C'est une belle cause que vous gagnerez au jugement de tous les amis de la raison. Comine vous le dites, cette étude est pleine d'attrait, parce qu'elle se lie aux faits les plus curieux de notre histoire.

Depuis quelques heures que j'ai reçu votre ouvrage, je l'ai lu en me promettant bien d'y revenir, et je m'empresse de vous remercier de la solide instruction que j'y trouve.

» Agréez, Monsieur, l'assurance de la haute consideration que vos talents et votre caractère m'ont dès long-temps inspirée, et avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre très-humble et irès-obéissant serviteur,

» DARU. » Paris, le 1er août 1824. »

Lettre de M. Fiévée.

« MONSIEUR, J'ai reçu l'exemplaire que vous avez bien voulu m'adresser de votre ouvrage sur les libertés de l'Eglise gallicane. Vous ne doutez sûrement pas de l'intérêt avec lequel je me baterai d'en rendre compte aussitôt que je serai quitte de la grande cause de prétendu crédit public dont je me suis chargé. Il faut que nous soyons gallicans, ou que nous redevenions encore une fois athées ou indifférents à la manière du xville siècle ; car, pour retomber dans l'imbécillité, le siècle ne le peut pas. Pour l'hypocrisie, ce n'est jamais qu'un passage; et c'est à quelque chose de fixe, par conséquent de raisonnable, qu'il faut tendre. Vous y contribuerez comme vous avez fait jusqu'ici sur d'autres objets. Votre mission n'est pas plus étendue que celle des apôtres ; ils mettaient la vérité dans les esprits et laissaient faire au temps.

» J'ai l'honneur d'être bien sincèrement, Monsieur, votre très.. humble et très-obéissant serviteur,

» Fiévée, > Paris, 10 février 1825.

SUR LA QUATRIÈME ÉDITION.

Au moment où paraissait la 3e édition du Manuel, le journal des jésuites a annoncé à Paris que cet ouvrage venait d'être mis à l'index à Rome!

Qu'est-ce donc, grand Dieu ! que d'être mis à l'index?Les auteurs du Droit canonique nous répondent : « Lors» qu'on dit qu'un livre a été mis à l'index à Rome, c'est» à-dire qu'il a été condamné par la congrégation de l'in» dex, et mis au catalogue des livres défendus. Mais on » ne reconnoit point en France les décrets et autres actes » émanés de cette congregation'. »

En effet , en consultant les précédents, on trouve un célèbre arrêt du parlement de Paris qui l'a jugé ainsi en 1647, après un éloquent plaidoyer de l'avocat-général Omer Talon. « Nous ne reconnoissons point en France, dit ce magistrat, » l'autorité, la puissance, ni la juridiction des congrégations » qui se tiennent à Rome; le pape peut les établir comme » bon lui semble dans ses États; mais les décrets de ces » congrégations n'ont point d'autorité ni d'exécution dans » le royaume... Il est vrai que dans ces congrégations se » censurent les livres défendus, et dans icelles se fait l'in» desc expurgatorius, lequel s'augmente tous les ans; etc'est » là où autrefois ont été censurés les arrêts de cette cour » rendus contre Chastel, les OEuvres de M. le président de » Thou, les libertés de l'Église gallicane, et les autres livres » qui concernent la conservation de la personne de nos » rois et l'exercice de la justice royale. De sorte que si les » décrets de cette qualité étoient facilement publiés et au» torisés dans le royaume, ce seroit introduire l'autorité » de l'inquisition, parce que cette congrégation, qui se » tient dans Rome, prend ce titre : generalis et univer» salis INQUISITIO in universå Republicâ christianâ adver» sùs hæreticain pravitatem, dans laquelle ils prétendroient » par ce moyen faire le procès aux sujets du roi, comme

1 Voyez Institution au droit ecclésiast. de Fleury, 3e partie, chap. 25, avec la note de Boucher-d'Argis. Pages 227 et 228 de l'édit. de 1767.

» ils pensent le pouvoir faire aux livres qui leur déplai» sent et qui sont imprimés dans le royaume. »

M. Frayssinous, évêque d'Hermopolis, dans son Traité des Libertés de l'Église gallicane, édition de 1826, p. 70, confirme ces principes, et les met en première ligne au nombre de nos libertés effectives. D'accord avec Fleury, dont il s'aụtorise, il dit : « Que la France ne reçoit pas le tribunal de l'Inquisition, » ni par conséquent ses actes. Mais l'Univers religieux n'est pas de cet avis : ses colonnes sont ouvertes comme un greffe à tous les actes ultramontains. Il n'y a que le conseil d'Etat de France dont il conteste la juridiction.

M. Talon remarquait avec raison que l'indesc va toujours en s'augmentant. Aux exemples par lui cités, nous ajouterons l'extrait suivant d'un article inséré dans le Constitutionnel du 24 avril.

« Nous avons sous les yeux, dit le rédacteur, un catalogue des ouvrages mis à l'index de Rome, imprimé à Paris en 1825; on y voit que plus de quatre mille ouvrages ont été ainsi dénoncés. Nous avons eu la curiosité d'en faire le dépouillement; et, pour ne citer que les plus importants parmi ceux dont les euvres ont déplu aux illustrissimes et révérendissimes de l'Inquisition, nous donnerons les noms suivants : — Machiavel, Descartes, Baluze, J. Bodin, Erasme, Montaigne, Henri et Robert Estienne, Scapula (qui le croirait!), pour son Lexicon græco-latinum; parmi les historiens : Christophe de Thou, Guichardin et Robertson; — viennent ensuite le grand Arnauld et l'auteur des Provinciales; parmi les publicistes : Grotius," pour son traité de Jure Belli et Pacis; Puffendorff, Barbeyrac, Heineccius, pour leurs traités du droit de la nature et des gens; Filangieri, pour sa Science de la législation. -Parmi les jurisconsultes et canonistes: Dumoulin, le premier de tous; Patru, pour un de ses plaidoyers; Edmond Richer, célèbre syndic de la Faculté de théologie de Paris; Louis Ellies Dupin , pour quelques-uns de ses traités; Van Espen, le plus savant des canonistes, pour toutes ses @uvres; le sage Fleury lui-même, pour son Institution au droit ecclésiastique, qui n'en est pas moins restée parmi nous le livre élémentaire par excellence. On trouve aussi condamnés : le livre des Libertés gallicanes, de P. Pithou ; les Preuves de ces libertés publiées par Dupuy; leur Expo

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