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DE LA TROISIÈME ÉDITION.

Le mandement de Monsieur le cardinal de Bonald contre le Manuel n'ayant eu d'autre effet que de hâter le débit des exemplaires qui restaient de la deuxième édition, une troisième devenait nécessaire.

Aux attaques contre mon livrę, attaques aussi violentes qu'inconsidérées, j'oppose mon livre lui-même, et les actes solennels de législation qu'il renferme, et qui lui servent de fondement.

Quand tous les principes me semblaient méprisés ou méconnus, j'ai voulu les remettre en lumière. Pour épargner l'embarras et l'ennui des recherches aux hommes politiques et aux citoyens qui ont à ceur de connaître et de défendre nos droits nationaux, j'ai réuni comme en faisceau , dans un petit volume intitulé Manuel, les actes les plus authentiques et jusqu'ici les plus respectés de notre droit public ecclésiastique français. J'ai indiqué ses antiques sources et son état actuel, pour établir entre eux le lien de la tradition, et composer de cet ensemble de lois, d'autorités et de faits historiques, l'antidote de toutes les prétentions que je voyais ressusciter, au nom mal compris de je ne sais quelle liberté, contre le pouvoir civil qu'on voudrait anéantir.

Je ne puis trop le redire , mon livre n'est pas un livre de théologie; ce n'est point non plus un livre de théories ; c'est un livre de droit et de loi. Comme citoyen, comme jurisconsulte, comme magistrat, comme homme politique, à tous ces titres, j'ai eu le droit de rappeler à mes contemporains les barrières légales que, dans tous les temps, les jurisconsulles et les magistrats français ont opposées aux entreprises des ultramontains.

Je ne prétends pas que tout le monde ait dû être de mon avis sur tous les points : plus que jamais à l'époque où nous vivons et sous un régime de libre examen, la controverse est permise :... tradidit mundum disputationibus D'ailleurs je reconnais encore que, lorsqne des évêques croient sincèrement que les doctrines consignées dans un livre offrent des dangers pour leurs ouailles, ils peuvent les prévenir par des lettres pastorales et des avertissements.

eorum.

Mais s'ensuit-il, en la forme, que sous un régime qui a vu prononcer l'abolition de tous les tribunaux ecclésiastiques, et qui n'a pas voulu les rétablir, un prélat, même cardinal, puisse, aujourd'hui comme autrefois, ériger à huis-clos dans son palais un tribunal d'où il prononce des condamnations in forma judicii contre des livres et contre leurs auteurs ?..... Cette question méritera d'être discutée.

Au fond surtout, ce que je signale comme un révoltant abus de pouvoir, c'est le subterfuge à l'aide duquel , sous le prétexte apparent de condamner un livre, on n'a en réalité attaqué et condamné que les lois et les maximes les plus, certaines du royaume.

En effet, Lecteur français, ce que M. de Bonald attaque dans mon ouvrage, ce ne sont pas des doctrines qui soient de mon invention, des opinions qui me soient personnelles, des opinions qui n'existeraient pas si je ne les eusse mises en avant.

Ce qu'il attaque, c'est notre droit, ce sont nos lois.

Ce sont les articles des libertés de l'Eglise yallicane rédigées par P. Pithou, dédiées à Henri IV, et que le chancelier d'Aguesseau appelait le palladium de la France,

Ce qu'il attaque, c'est la Déclaration de 1682, æuvre du clergé de France, rédigée par Bossuet, sanctionnée par Louis XIV, par la Sorbonne, et par toute la Magistrature de France.

Ce qu'il attaque, c'est la loi organique de germinal an X, qui a rétabli parmi nous le culte catholique, qui régit ce culte depuis près d'un demi-siècle, et sans laquelle (si, comme le fait le mandement, on la foulait aux pieds) tout serait anarchie dans l'Église et dans l'État.

Voilà ce qu'on a altaqué, voilà ce que j'ai défendu !

Si tout ce qu'on a allaqué ainsi était condamnable, que ne s'attaquait-on de suite au Bulletin des Lois ? Pourquoi attendre que ces textes fussent réimprimés dans le Manuel publié par le rapporteur de la Charte de 1830 ? S'il y avait tant de danger dans cette publication, pourquoi a-t-on gardé le silence sur la première édition ? Pourquoi même se taire à l'apparition de la seconde ? Pourquoi enfin, en présence d'un tel fléau, s'il importait si fort d'en arrêter le cours, un mandement dressé et imprimé en novembre 1844, n'a-t-il été divulgué qu'en février 1845, après un intervalle de trois mois 7....

Evidemment, on a hésité.... On ne pouvait se dissimuler que c'était un coup de parti, suggéré par un parti; une attaque contre les lois et les droits de l'Etat; on sentait qu'en voulant susciter des affaires aux autres, on allait s'en attirer à soi-même !....

En effet, le gouvernement n'a pu s'y méprendre. Malgré sa condescendance habituelle, souvent poussée très loin, il n'a pu rester impassible. Après deux conseils des ministres, tenus à cette occasion, le mandement de M. l'archevêque de Lyon a été déféré par le garde des sceaux au conseil d'État, sous la forme d'appel comme d'abus. M. de Bonald en a été informé officiellement; il n'a tenu qu'à lui de produire ses justifications.

L'examen et le rapport de l'affaire ont été confiés au président même de la section de législation, à M. Vivien, ancien ministre de la justice et des cultes, aussi justement renommé pour la droiture de son jugement que pour la modération de son caractère; et le Conseil d'Etat, à une majorité que la presse a signalée comme ayant été de 44 voix contre 3, a reconnu et déclaré que, dans son mandement, le cardinal archevêque de Lyon

10 A commis un attentat aux libertés, franchises et colltumes de l'Église gallicane consacrées par des actes de la puissance publique ;

2o Qu'en donnant autorité et exécution à la bulle auctorem fidei , laquelle n'a jamais été vérifiée ni reçue en France, il a commis une contravention à l'article 1er de la loi du 18 germinal an X;

3o Qu'en se livrant à la censure de la loi organique; en contestant à la puissance royale le droit de vérifier les acles du Saint-Siége avant qu'ils soient reçus en France; en contestant au roi le droit qui lui appartient de statuer en conseil d'État sur les appels comme d'abus; et en refusant aux articles de la loi du 18 germinal an X la force obligatoire qui s'attache à leurs dispositions, il a commis un excès de pouvoir.

En conséquence, une ordonnance royale du 9 mars, insérée au Bulletin des Lois, a prononcé en ces termes :

« Il y a ABUS dans le mandement donné à Lyon le » 24 novembre 1844, par le cardinal-archevêque de Lyon.

» Ledit mandement est et demeure SUPPRIMÉ. »

Le Conseil d'État, en se bornant à une déclaration d'abus, a certainement usé d'une grande indulgence; il aurait pu aller plus loin....

Comment a-t-on reconnu cette indulgence ! Par de nouvelles bravades contre l'autorité souveraine. Le parti qui avait suggéré le mandement, n'avait garde d'acquiescer à la chose jugée; il a fait dire au prélat qu'une cause jugée par

le Conseil d'État, n'était pas une cause finie.... On a donc continué le combat. On a obsédé les autres évêques; tous devaient, disait-on, se grouper autour du cardinal-primat. Des adhésions provoquées par des agents de l'ultramontanisme, quelques-unes même avec menaces, ont été enregistrées avec éclat par le journal qui sert de principal organe à ce parti. La plupart cependant n'ont été que mentionnées , sans doute parce qu'elles étaient conçues en termes moins explicites qu'on ne l'aurait désiré. Des refus courageux n'ont pu être surmontés. De doctes prélats ont mieux aimé en appeler à la science et publier des ouvrages didactiques où ils ont exposé leurs propres opinions, se confiant aux effets d'une libre discussion. Quelques-uns •se sont bornés à interdire la lecture du livre à leurs prêtres, disant que le Manuel ne pouvait être le manuel des curés. En effet, c'est surtout le manuel des laïques, jurisconsultés, magistrats, hommes publics, de tous ceux enfin qui prennent à tâche, ou qui sont particulièrement chargés par le titre de leurs fonctions, de défendre le gouvernement temporel, la vraie et pleine souveraineté de l'État, contre les entreprises qui seraient essayées au nom de l'ordre spirituel. C'est à eux qu'il est particulièrement dédié. Que d'autres s'abstiennent de le lire, s'ils ne l'osent pas, le leur défend, et si l'on craint pour eux qu'ils ne se laissent entraîner par la logique des lois les plus respectables, et par l'influence des plus grands faits de notre histoire.....

si on

Au milieu de ce tourbillon que l'intrigue a élevé autour de chaque évêque, de ce mouvement qu'on a essayé de communiquer à l'épiscopat tout entier, de cette obsession qu'on a fait peser sur tous et sur chacun, toujours est-il que l'attention du pays a été justement éveillée, et qu'il devient plus que jamais nécessaire de lui donner des armes pour se défendre.

Oui, à côté du véritable esprit de la religion qu'il est si utile d'entretenir et de favoriser, il y a un esprit de domination et d'intrigue qui, de tout temps, s'est glissé sous le manteau de la religion elle-même; un esprit d'ambition à qui les prétextes les plus respectables n'ont servi que de moyens pour parvenir à ses fins ; et qui, comme je l'ai dit ailleurs, se sert avec un art perfide de ce que la religion a de plus excellent pour arriver à ce qui s'en éloigne davantage.

Cet esprit n'est pas celui qui, dans les meilleurs temps de notre histoire , a distingué si éminemment l'Église de France, l'Église gallicane. C'est un esprit entièrement opposé à celui-là , et qui cherche à le détruire. Pour ceux qui professent ces doctrines anti-françaises, l'Église doit former une sorte d'Etat dans l'Etat; ayant son vrai souverain à l'étranger, et ses lois à part. Il prétend ne relever que de lui seul, et ne pouvoir être atteint ni par les lois du pays qu'il brave, ni par les magistrats qu'il insulte et qu'il défie! Si ce n'est pas là l'esprit que devraient avoir des ecclésiastiques pour être un clergé national, c'est du moins l'esprit que des agents très-actifs s'efforcent de lui inspirer pour en faire un clergé entièrement ultramontain.

Cet esprit prévaudra-t-il en France ? Le laisserons-nous s'implanter dans notre pays pour y guerroyer incessamment contre l'esprit national et contre nos institutions constitutionnelles ? La question est là ; elle n'est pas ailleurs; et, pour quiconque voudra voir le fond des choses sans se laisser abuser par l'hypocrisie des mots, il est vrai de dire, que sous une question de liberté s'agite en réalité une question de domination.

L'opinion publique avertie ne saurait désormais s'y méprendre; elle sait bien quelle est la source d'où partent ces agitations..... les Jésuites ont reparu !..... et c'est le cas de rappeler ici ce que disait un des plus savants hommes du dix-septième siècle, P. Dupuy, dans l'épître dédi

PRÉFACE.

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