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sente quelquefois, seront toujours vues avec plaisir, parce qu'elles renferment de beaux vers, et des situations extrêmement pathétiques. \ + J 1Depuis Voltaire on est fixé en France sur le mérite de Shakespeare. On sait que son plus grand défaut est d'être venu à une époque où la littérature était encore trop peu cultivée, et que si quelquefois on ne peut le comparer qu'à lui-même pour le naturel et pour le sublime, quelquefois aussi il se montre grossier comme le siècle où il vivait. Aucune traduction française ne donne de Shakespeare une idée bien exacte; ceux qui ont essayé de le faire passer dans notre langue l'ont habillé à la mode de leur temps et de leur nation; mais comme sans doute ils ne le traduisaient pas pour le mettre immédiatement sur notre théâtre, et qu'ils devaient n'avoir en vue que de le faire connaître à leurs compatriotes, il fallait qu'ils conservassent à ce génie, vraiment extraordinaire, le cachet de ses conceptions et de son expression. Voici comme Voltaire s'exprime sur la tragédie d'Hamlet, et cette censure pourrait presque s'appliquer à toutes les pièces de Shakespeare: « C'est « une pièce grossière et barbare, qui ne serait pas « supportée par la plus vile populace de la France « et de l'Italie. Hamlet y devient fou au second « acte, et sa maîtresse devient folle au troisième; «le prince tue le père de sa maîtresse, feignant «de tuer un rat; et l'héroïne se jette dans la ri« vière. On fait sa fosse sur le théâtre, et les fos« soyeurs disent des quolibets dignes d'eux, en « tenant dans leurs mains des têtes de morts; le « prince Hamlet répond à leurs grossièretés abo« minables par des folies non moins dégoûtantes. « Pendant ce temps-là un des acteurs fait la con« quête de la Pologne. Hamlet, sa mère et son beau« père boivent ensemble sur le théâtre : on chante « à table, on s'y querelle, on se bat, on se tue : on a croirait que cet ouvrage est le fruit de l'imagi« nation d'un sauvage ivre. Mais parmi ces irrégu« larités grossières, qui rendent encore aujour« d'hui le théâtre anglais si absurde et si barbare, « on trouve dans Hamlet, par une bizarrerie en« core plus grande, des traits sublimes, dignes des « plus grands génies. Il semble que la nature se « soit plu à rassembler dans la tête de Shakes« peare ce qu'on peut imaginer de plus fort et de « plus grand , avec ce que la grossièreté sans « esprit peut avoir de plus bas et de plus détes« table. »

La Comédie.

Tome III, page 222.

Si le Cours de Littérature de Laharpe n'était pas aujourd'hui entre les mains de tout le monde, nous transcririons ici sa dissertation sur une question que l'auteur anglais que nous venons de traduire n'a pas jugé à propos de traiter, et qui cependant est d'une assez grande importance, puisqu'elle peut contribuer à bien établir les principes de deux genres essentiels de composition; cette question est de savoir si l'art de la comédie est plus difficile que celui de la tragédie. Il en est une autre, moins importante sans doute, sur laquelle Blair s'est arrêté un instant, et que nos littérateurs n'ont jamais traitée à fond : si la comédie doit être écrite en vers ou en prose. Blair n'hésite pas à prononcer que la comédie, étant la représentation fidèle de la conversation ordinaire, doit être écrite en prose, et il ne regarde les vers, et surtout la rime, dans ce genre de composition, que comme une entrave inutile, qui ne sert qu'à donner au dialogue moins de naturel et de vérité. Nous devons regretter que cette question n'ait pas été approfondie par quelques-uns des plus judicieux critiques de notre nation, et surtout par un auteur qui eût donné au théâtre, avec un égal succès, des comédies du même genre, en prose et en vers. Voltaire l'a traitée assez superficiellement; néanmoins ce qu'il dit à ce sujet est fort instructif, et les principes qu'il établit pourraient servir de base à une discussion suivie sur cette matière.

«J'écarte la théorie, et n'irai guère au-delà de l'historique. Je demanderai seulement pourquoi les Grecs et les Romains firent toutes leurs comédies en vers, et pourquoi les modernes ne les font souvent qu'en prose? N'est-ce point que l'un est beaucoup plus aisé que l'autre, et que les hommes, en tout genre, veulent réussir sans beaucoup de travail? Fénelon fit son Télémaque en prose, parce qu'il ne pouvait le faire en vers.

«L'abbé d'Aubignac, qui, comme prédicateur du roi, se croyait l'homme le plus éloquent du royaume, et qui, pour avoir lu la poétique d'Arislote, pensait être le maître de Corneille, fit une tragédie en prose, dont la représentation ne put être achevée, et quçjamais personne n'a lue.

« Lamotte s'é*tant laissé persuader que son esprit était infiniment au-dessus de son talent pour la poésie, demanda pardon au public de s'être abaissé jusqu'à faire des vers. Il donna une ode en prose, et une tragédie en prose, et on se moqua de lui. Il n'en a pas été de même de la comédie : Molière avait écrit son Avare en prose pour le mettre ensuite en vers; mais il parut si bon que les comédiens voulurent le jouer tel qu'il était, et que personne n'osa depuis y toucher.

« Au contraire, le Convive de pierre, qu'on a si mal à propos appelé le Festin de pierre, fut versifié après la mort de Molière par Thomas Corneille, et est toujours joué de cette façon.

« Je pense que personne ne s'avisera de versifier le George Dandin. La diction en est si naïve, si plaisante; tant de traits de cette pièce sont devenus proverbes, qu'il semble qu'on les gâterait si on voulait les mettre en vers.

« Ce n'est pas, peut-être, une idée fausse de penser qu'il y a des plaisanteries de prose et des plaisanteries de vers. Tel bon conte dans la couversation deviendrait insipide s'il était rimé; et tel autre ne réussira bien qu'en rimes. Je pense quemon-sieur et madame de Sottenville et madame la comtesse d'Escarbagnas ne seraient point si plaisans s'ils rimaient. Mais dans les grandes pièces remplies de portraits, de maximes, de récits, et dont les personnages ont des caractères fortement dessinés, tels que le Misanthrope, le Tartufe, l'Ecole des Femmes , celle des Maris, les Femmes savantes, le Joueur, les vers me paraissent absolument nécessaires, et j'ai toujours été de l'avis de Michel Montaigne, qui dit que la sentence pressée aux pieds nombreux de la poésie, enlève son âme d'une plus rapide secousse. »

Comédie Larmoyante.

Tome III, page 244

C'est, je crois, Voltaire qui a le premier donné ce nom au genre de composition dramatique que Lachaussée, Diderot et Beaumarchais ont introduit sur notre théâtre. Blair regarde cette innovation comme infiniment heureuse, et nous en félicite; suivant Voltaire il n'y aurait pas de quoi. Dans une lettre à M. de Somarocof, il lui dit-que la comédie larmoyante, à la honte de la nation, a succédé au seul vrai genre comique, porté à sa perfection par l'inimitable Molière: « Depuis Regnard, ajoute-t-il, qui était né avec un génie vraiment comique,

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