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deux parties du diable se réunissent dans le moment.

« Ils ont trouvé que Milton choquait évidemment la raison par une contradiction inexcusable, lorsque Dieu le père envoie ses fidèles anges combattre, réduire et punir les rebelles : « Allez, dit « Dieu à Michel et à Gabriel, poursuivez mes en« nemis jusqu'aux extrémités du ciel; précipitez« les loin de Dieu et de leur bonheur, dans le Tar« tare, qui ouvre déjà son brûlant chaos pour les «engloutir.» Comment se peut-il qu'après un ordre si positif la victoire reste indécise? Et pourquoi Dieu donne-t-il un ordre inutile? Il parle, et n'est point obéi; il veut vaincre, et on lui résiste; il manque à la fois de prévoyance et de pouvoir. Il ne devait pas ordonner à ses anges de faire ce que son fils unique seul devait faire.

« C'est ce grand nombre de fautes grossières qui fit sans doute dire à Dryden, dans sa préface sur l'Enéide, que Milton ne vaut guère mieux que notre Chapelain et notre Lemoine. Mais aussi ce sont les beautés admirables de Milton qui ont fait dire à ce même Dryden que la nature l'avait formé de l'âme d'Homère et de celle de Virgile. Ce n'est pas la première fois qu'on a porté, du même ouvrage, des jugemens contradictoires. Quand on arrive à Versailles, du côté de la cour, on voit un vilain petit bâtiment écrasé, avec sept croisées de face, accompagné de tout ce que l'on a pu imaginer de plus mauvais goût. Quand on le regarde du côté des jardins, on voit un palais immense, dont les beautés peuvent racheter les défauts. »

Du Merveilleux Daws La. Tragédie.

Tome III, page i65.

La tragédie ne saurait admettre le merveilleux comme l'épopée, la raison en est évidente; cependant Blair, tout en convenant de ce principe, pense que les ombres des morts y peuvent apparaître, parce que leur apparition est fondée sur la croyance populaire, et qu'elle est d'ailleurs un moyen puissant de produire la terreur. Le premier de ces deux motifs a peut-être quelque fondement, mais il est impossible de prendre l'autre en considération. Sans doute, la terreur est un des effets nécessaires de la tragédie; mais tous les moyens de la produire n'y sont pas indifférens, et pour y parvenir il faut surtout se garder de sacrifier la raison et la vraisemblance. Voltaire est, je crois, le seul qui ait fait paraître une ombre sur notre scène. Il convient lui-même que c'était une entreprise assez hardie; qu'il était à craindre que ce spectacle ne révoltât, parce que, dit-il, la plupart de ceux qui fréquentent les théâtres, accoutumés à des élégies amoureuses, se liguèrent contre ce nouveau genre de tragédie. « Mais, con« tinue-t-il, quelques efforts qu'on ait faits pour «faire tomber cette espèce de drame, vraiment « terrible et tragique, on n'a pu y réussir; on disait « et on écrivait de tous.côtés , que l'on ne croit « plus aux revenans, et que les apparitions des « morts ne peuvent être que puériles aux yeux « d'une nation éclairée. Quoi! toute l'antiquité aura « cru ces prodiges, s'écrie l'auteur de Sémiramis, « et il ne sera pas permis de se conformer à l'anti« quité? Quoi! notre religion aura consacré ces « coups extraordinaires de la Providence, et il serait « ridicule de les renouveler?» Je crois qu'en cette occasion, ceux qui parlaient et écrivaient de tous côtés avaient raison contre Voltaire; un semblable genre de merveilleux était un écueil contre lequel tout autre poète aurait échoué. Toutefois, comme la tragédie est la représentation d'une action héroïque que la tradition a consacrée, je crois que l'on pourrait faire paraître sur la scène l'ombre d'un personnage, ou même un génie, lorsque l'histoire ou la mythologie ont consacré cette apparition; mais les introduire, comme dans quelques pièces anglaises, seulement pour faire marcher l'action, nouer l'intrigue, ou amener le dénoûment, c'est le comble du ridicule; et une semblable tentative échouerait complétement sur notre théâtre. L'on reproche à nos tragédies de manquer d'action, de mouvement, de spectacle; je n'examinerai pas ici jusqu'à quel point ce reproche est fondé; mais je demande ce que nous gagnerions si les démons et les sorciers venaient occuper notre scène, et surtout si le mauvais goût et la médiocrité s'emparaient d'un genre de merveilleux aussi dégoûtant? Ce n'est certainement pas là l'espèce de perfectionnement que l'art dramatique réclame parmi nous.

Origine Et Progrès De La Tragédie. Tome III, page 167.

La tragédie est-elle arrivée chez nous à son plus haut point de perfection? c'est une question que je ne veux ni discuter ni décider; mais, ce qui est très-remarquable dans ce genre de composition, c'est la rapidité avec laquelle il est arrivé, dans la Grèce et chez les nations modernes, du point de départ à ce point de développement, après lequel il fut un long période de temps sans faire un pas de plus. Il ne se passa que quatrevingt-douze ans entre les grossières représentations de la charrette de Thespis et les magnifiques conceptions d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide. En France, Jodelle fut le premier qui traita d'une manière assez régulière deux sujets tragiques, Cléopâtre et Didon. Après soixante-douze ans, Mairet donna, dans sa Sophonisbe, une forme et un style un peu plus convenables à la tragédie; il ne précéda Rotrou que de quelques années. Corneille et Racine vinrent immédiatement après; et depuis eux, les poètes tragiques se sont succédé cédés en grand nombre; mais l'art n'a plus fait de progrès. Crébillon a laissé à peine au théâtre deux pièces dont la représentation soit supportable; Voltaire a été quelquefois sublime comme Corneille, tendre comme Racine, poète comme l'un et l'autre, mais il n'a pas fait mieux que Corneille et Racine; et depuis l'auteur de Zaïre personne n'a fait mieux que lui. Il s'applaudissait d'avoir, dans cette pièce, introduit un genre nouveau, en mettant sur la scène, à l'imitation des Anglais, les noms des rois et des anciennes familles du royaume; mais l'art n'a rien gagné à l'introduction de ce nouveau genre, et tous les poètes qui, depuis Voltaire, l'ont tenté, n'y ont obtenu, à deux ou trois exceptions près, qu'un très-médiocre succès.

Shakespeare. Tome III, page 217.

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«ses deux chefs-d'œuvre, dit Blair, les deux « tragédies dans lesquelles il a le mieux déployé, « selon moi, toute la force de son génie, ce sont « Othello et Macbeth. »

Ces deux pièces, les plus connues du théâtre de Shakespeare, ont été transportées sur notre scène par M. Ducis. Le sage auteur a fait disparaître, dans son imitation, les écarts de génie du poète anglais; et ces tragédies, que l'on repré

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