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Le sort, dit-On, l'a mise en ses sévères mains:
Minos juge aux enfers tous les pâles humains.

« Mettez à la place:

Où me cacher? fuyons dans la nuit infernale.
Mais que dis-je? mon père y tient l'urne funeste:Le sort, dit-on, l'a mise en ses sévères mains:Minos juge aux enfers tous les pâles mortels.

« Quelque poétique que soit ce morceau, fera-t-il « le même plaisir dépouillé de l'agrément de la « rime? Les Anglais et les Italiens diraient égale« ment, après les Grecs et les Romains, Les pâles inhumains Minos aux enfers juge, et enjambe« raient avec grâce sur l'autre vers; la manière « même de réciter des vers en italien et en anglais « fait sentir des syllabes longues et brèves, qui , « soutiennent encore l'harmonie sans besoin de « rimes : nous qui n'avons aucun de ces avantages, « pourquoi voudrions-nous abandonner ceux que « notre langue nous laisse?

« Qui dit vers en français, dit nécessairement! « des vers rimés, » ajoute Voltaire dans son Discours sur la tragédie. Autre part il y revient encore: « Je crois la rime nécessaire à tous les peuples qui « n'ont point, dans leur langue, une mélodie sente sible, marquée par les longues et par les brèves, « et qui ne peuvent employer ces dactyles et ces « spondées qui font un effet si merveilleux dans « le latin.

« Je me souviendrai toujours que je demandai « au célèbre Pope pourquoi Milton n'avait pas « rimé son Paradis perdu, et qu'il me répondit: « Because he could not, parce qu'il ne le pouvait « pas.

« Je suis persuadé que la rime, irritant, pour « ainsi dire, à tout moment le génie, lui donne « autant d'élancemens et d'entraves; qu'en le for« çant de tourner sa pensée en mille manières, « elle l'oblige aussi de penser avec plus de jus« tesse, et de s'exprimer avec plus de correction. « Souvent l'artiste, en s'abandonnant à la facilité « des vers blancs, et sentant intérieurement le « peu d'harmonie que ces vers produisent, croit « y suppléer par des images gigantesques, qui ne « sont point dans la nature; enfin il lui manque le « mérite de la difficulté surmontée. »

L'epopée.

Tome III, page 82.

Blair définit le poème épique, le récit poétique d'une entreprise illustre. Laharpe le définit, le récit en ' vers d'une action vraisemblable, héroïque et intéressante. Suivant Marmontel, c'est l'imitation en récit d'une action intéressante et mémorable. Voltaire nous en donne une définition plus concise : c'est un récit en vers d'aventures héroïques. Mais il développe son idée; et, comme Blair, il fait rentrer dans la classe des épopées les poèmes de Lucain, d'Alonzo d'Ercilla et de Milton, auxquels plusieurs critiques avaient refusé ce titre: « Que l'action soit simple ou complexe, ajoute-t-il; qu'elle s'achève dans un mois ou dans une année, ou qu'elle dure plus long-temps; que la scène soit fixée dans un seul endroit, comme dans l'Iliade; que le héros voyage de mers en mers, comme dans l'Odyssée; qu'il soit heureux ou infortuné, furieux comme Achille, ou pieux comme Enée; qu'il y ait un principal personnage ou plusieurs; que l'action se passe sur la terre ou sur la mer; sur le rivage d'Afrique, comme dans la Louisiade; dans l'Amérique, comme dans l'Araucana; dans le ciel, dans l'enfer, hors des limites de notre monde, comme dans le Paradis de Milton, il n'importe; le poème sera toujours un poème épique, un poème héroïque, à moins qu'on ne lui trouve un nouveau titre proportionné à son mérite. Si vous vous faites scrupule, disait le célèbre Addison, de donner le titre de poème épique au Paradis perdu de Milton, appelez-le, si vous voulez, un poème divin, donnez-lui tel nom qu'il vous plaira, pourvu que vous confessiez que c'est un ouvrage aussi admirable en son genre que l'Iliade.

« Ne disputons jamais sur les noms. Irai-je refuser le nom de comédie aux pièces de M. Congrève ou à celles de Calderon, parce qu'elles ne sont point dans nos mœurs? La carrière des arts a plus d'étendue qu'on ne pense. Un homme qui n'a lu que les auteurs classiques méprise tout ce qui est écrit dans les langues vivantes; et celui qui ne sait que la langue de son pays est comme ceux qui, n'ayant jamais sorti de la cour de France, prétendent que le reste du monde est peu de chose, et que qui a vu Versailles a tout vu. »

Télémaque.
Tome III, pages 86 et 148.

Blair, d'après la définition qu'il donne de l'épopée, et d'après l'idée qu'il s'était formée de la poésie, ne devait pas hésiter à ranger le Télémaque de Fénelon dans la classe des poèmes épiques. Cette manière de voir a été mille fois combattue et soutenue en France, et la victoire paraît être restée aux adversaires de Blair, à ceux qui se sont rangés du côté de l'auteur de la Henriade, qui s'exprime ainsi à ce sujet : « On confond toutes les idées, on transpose les limites'des arts quand on donne le nom de poèmes à la prose. Le Télémaque est un roman moral, écrit, à la vérité, dans le style dont on aurait dû se servir pour traduire Homère en prose; mais l'illustre auteur du Télémaque avait trop de goût, était trop savant et trop juste pour appeler son roman du nom de poème. J'ose dire plus, c'est que si cet ouvrage était écrit en vers français, je dis même en beaux vers, il deviendrait un poème ennuyeux, par la raison qu'il est plein de détails que nous ne souffrons point dans notre poésie, et que de longs discours politiques et économiques ne plairaient assurément pas en vers français. Quiconque connaîtra bien le goût de notre nation sentira qu'il serait ridicule d'exprimer en vers: Qu'il faut distinguer les citoyens en sept classes; habiller la première de blanc avec une frange d'or, lui donner un anneau et une médaille; habiller la seconde de bleu avec un anneau, et point de médaille; la troisième, de vert avec une médaille, sans anneau et sans frange, etc.; et enfin donner aux esclaves des habits gris-brun »

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MiLTON.

Tome III, page i54-

Nous croyons devoir transcrire ici le jugement de Voltaire sur Milton: pourrait-on lire sans intérêt les pages que l'auteur de la Henriade a consacrées à ce grand poète?

« On trouvera ici, touchant Milton, quelques particularité somises dans l'abrégé de sa Vie, qui est au-devant de la traduction française de son Paradis perdu. Il n'est pas étonnant qu'ayant recherché avec soin en Angleterre tout ce qui regarde ce grand homme, j'aie découvert des circonstances de sa vie que le public ignore.

« Milton, voyageant en Italie dans sa jeunesse, vit représenter à Milan une comédie intitulée Adam ou le Péché originel, écrite par un certain Andreino, et dédiée à Marie de Médicis, reine de

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