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Du Style.
Tome II, page 29.

Il doit toujours exister un rapport très-intime entre le style et la tournure générale de l'esprit d'un homme, et il prend le caractère des sentimens et de l'expression que leur donne naturellement celui qui écrit.

Écoutons Buffon développant la même idée, et nous parlant de l'importance du style:

« Le style n'est que l'ordre et le mouvement « qu'on met dans ses pensées. Si on les enchaîne « étroitement, si on les serre, le style devient « ferme, nerveux et concis; si on les laisse se succi céder lentement, et ne se joindre qu'à la faveur « des mots, quelque élégans qu'ils soient, le style « sera diffus, lâche et traînant... Les ouvrages bien « écrits seront les seuls qui passeront à la posté« rité. La quantité des connaissances, la singularité « des faits, la nouveauté même des découvertes ne «sont pas de sûrs garans de l'immortalité; si les « ouvrages qui les contiennent ne roulent que sur « de petits objets, s'ils sont écrits sans goût, sans « noblesse, sans génie, ils périront, parce que les « connaissances, les faits et les découvertes s'enlè« vent aisément, se transportent, et gagnent même « à être mises en œuvre par des mains plus habiles. «Ces choses sont hors de l'homme, le style est « l'homme même: le style ne peut donc ni s'en

« lever , ni se transporter, ni s
« élevé, noble, sublime, l'auteur
« admiré dans tous les temps. »

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I

« Les critiques ont fait du parallèle entre Cicéron émosthènes un sujet de nombreuses discussions. »

Les critiques de toutes les nations, et dans tous les temps, ont aimé à comparer ces deux grands orateurs; et, suivant leur goût pour l'éloquence mâle, vigoureuse et concise, ou pour l'éloquence douce, gracieuse, insinuante, ils ont donné la préférence tantôt à Démosthènes, tantôt à Cicéron; mais tout en avouant cette préférence, ils n'ont pu s'empêcher de payer à celui des deux qui n'en était pas l'objet un juste tribut d'admiration. Blair remarque que les Français paraissent goûter davantage Cicéron; et en effet nos hommes de lettres les plus distingués, si l'on en excepte Fénelon, ont fait pencher la balance de son côté. Voltaire dit que les lumières que nous avons acquises nous ont appris à ne lui comparer aucun des hommes qui se sont mêlés du gouvernement, ou qui ont prétendu à l'éloquence.

Laharpe partage l'opinion de Voltaire; il la motive en homme judicieux, en critique profond. « Je crois,dit-il, qu'il serait difficile de réduire en Tome ni. 'J 18

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« démonstration la préférence qu'on peut donner « à l'orateur de Rome ou à celui d'Athènes. C'est « ici que le goût raisonné n'a plus de mesure « bien certaine, et qu'il faut s'en rapporter au « goût senti. Quand le talent est dans un si haut «degré de part et d'autre, on ne peut plus dé« cider, on ne peut que choisir : car enfin cha« cun peut suivre son penchant, pourvu qu'il ne «Je donne pas pour règle; et loin de mettre, « comme on fait trop souvent, la moindre humeur « dans ces sortes de discussions, il faut seule« ment se réjouir qu'il y ait dans tous les arts des « hommes assez supérieurs pour qu'on ne puisse « pas s'accorder sur le droit de primauté. Et qu'im« porte, en effet, qui soit le premier, pourvu qu'il « faille encore admirer le second? Je les admire « donc tous les deux; mais je demande qu'il me « soit permis, sans offenser personne, d'aimer « mieux Cicéron. Il me parait l'homme le plus « naturellement éloquent qui ait existé, et je ne le « considère ici que comme orateur; je laisse à part « ses écrits philosophiques et ses lettres : j'en « parlerai ailleurs; mais n'eût-il laissé que ses ha« rangues, je le préférerais à Démosthènes, non « que je mette rien au-dessus du Plaidoyer pour la « couronne de ce dernier, mais ses autres ouvrages « ne me paraissent pas, en général, de la même « hauteur; ils ont de plus une sorte d'uniformité de « ton qui tient peut-être à celle des sujets; car il « s'agit presque toujours de Philippe. Cicéron sait w prendre tous les tons, et je ne saurais, sans in«gratitude, refuser mon suffrage à celui qui me « donne tous les plaisirs. Ce n'est pas qu'il me « paraisse non plus sans défauts; il abuse quellt quefois de la facilité qu'il a d'être abondant; il « lui arrive de se répéter; mais ce n'est pas comme « Sénèque, dont chaque répétition d'idées est un « nouvel effort d'esprit: on pourrait dire de Cicé« ron qu'il déborde quelquefois, parce qu'il est « trop plein. Ses répétitions ne nous fatiguent « point, parce qu'elles ne lui ont pas coûté. Il est « toujours si naturel et si élégant, qu'on ne sait ce « qu'il faudrait retrancher : on sent seulement « qu'il y a du trop. On a remarqué aussi qu'il affec« tionne certaines formes de construction ou d'har« monie qui reviennent souvent; qu'excellant dans « la plaisanterie, il la pousse quelquefois jusqu'au « jeu de mots : on abuse toujours un peu de ce « dont on a beaucoup. Ces légères imperfections « disparaissent dans la multitude des beautés; et, « à tout prendre, Cicéron est à mes yeux le plus « beau génie dont l'ancienne Rome puisse se glo« rifier. »

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Blair penche pour Démosthènes; il a pour lui Fénelon, et contre lui Quintilien; mais il a pour motiver sa préférence le caractère de sa nation, et le génie de sa langue. Il rapporte, dans une note, le parallèle que Fénelon a établi entre ces deux grands orateurs; nous allons transcrire celui de Quintilien. '•' -', ■

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a C'est surtout dans l'éloquence que Rome peut « se vanter d'avoir égalé la Grèce. En effet, à tout « ce que celle-ci a de plus grand, j'oppose har- « diment Cicéron. Je n'ignore pas quel combat j'au«rai à soutenir contre les partisans de Démos«thènes; mais mon dessein n'est pas d'entre« prendre ici ce parallèle inutile à mon objet, « puisque moi-même je cite partout Démosthènes « comme un des premiers auteurs qu'il faut lire, « ou plutôt qu'il faut savoir par cœur. J'observerai « seulement que la plupart des qualités de l'ora« teur sont au même degré dans tous les deux, la « sagesse, la méthode, l'ordre des'divisions, l'art « des préparations, la disposition des preuves, en« fin tout ce qui tient à ce qu'on appelle l'invention. « Dans l'élocution, il y a quelque différence. L'un « serre de plus près son adversaire, l'autre prend « plus de champ pour combattre; l'un se sert tou« jours de la pointe de ses armes, l'autre en fait sou«vent sentir aussi le poids. On ne peut rien ôter « à l'un, rien ajouter à l'autre. Il y a plus de travail « dans Démosthènes, plus de naturel dans Cicéron. « Celui-ci l'emporte évidemment pour la plaisance terie et le pathétique, deux puissans ressorts de « l'art oratoire. Peut-être dira-t-on que les mœurs « et les lois d'Athènes'ne permettaient pas à l'ora« teur grec les belles péroraisons du nôtre; mais « aussi la langue attique lui donnait des avantages « et des beautés que la nôtre n'a pas. Nous avons « des lettres de tous les deux; il n'y a nulle com

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