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plus digne récompense des travaux littéraires, le germe et l'aliment de l'émulation.

Je parle ici de ce qui est arrivé dans les différentes époques de la littérature, et de ce qui arrivera sur-tout lorsque le beau, le grand, le sérieux en tout genre, n'ayant plus d'asyle que dans les bibliothèques, et auprès d'un petit nombre de vrais amateurs, laisseront le public en proie à la contagion des froids romans, des farces insipides, et des sottises polémiques.

Quant à ce qui se passe de nos jours, plus j'ai eu à me plaindre des journalistes, plus je dois me tenir en garde contre mon propre ressentiment : les plus malhonnêtes n'ont eu de moi que mon silence pour réponse; et en cela j'ai pris pour règle l'exemple d'un grand nombre d'hommes de lettres recommandables. Mais si quelque trait de cette barbarie que je viens de peindre, peut s'appliquer à quelques-uns de nos contemporains, loin de me rétracter, je m'applaudirai d'avoir présenté ce tableau à quiconque rougira ou ne rougira point de s'y reconnaître. Et sans acception des temps ni des personnes, je répéterai ce qu'a dit un homme célèbre en parlant de cette foule d'écrits hebdomadaires dont le public est inondé depuis un demi-siècle. Tous ces papiers sont la pâture des ignorants, la ressource de ceux qui veulent parler et juger sans lire, le fléau et le dégoût de ceux qui travaillent. Ils n'ont jamais fait produire une bonne ligne à

un bon esprit, ni empêché un mauvais auteur de faire un mauvais ouvrage. ( Diderot. )

Qu'il me soit permis de terminer cet article par un souhait que l'amour des lettres m'inspire, et que j'ai fait autrefois pour moi-même. On voyait à Sparte les vieillards assister aux exercices de la jeunesse, l'animer par l'exemple de leur vie passée, la corriger par leurs reproches, et l'instruire par leurs leçons. Quel avantage pour la république littéraire, si des auteurs blanchis dans de savantes veilles, après s'être mis par leurs travaux au-dessus de la rivalité et des faiblesses de la jalousie, daignaient présider aux essais des jeunes gens, et les guider dans la carrière; si ces maîtres de l'art en devenaient les critiques; si, par exemple, les auteurs de Khadamiste et ftAlzire (i) voulaient bien examiner les ouvrages de leurs élèves qui annonceraient quelque talent! Au lieu de ces extraits mutilés, de ces analyses sèches, de ces décisions ineptes, où l'on ne voit pas même les premières notions de l'art, on aurait des jugements éclairés par l'expérience et prononcés par la justice. Le nom seul du critique inspirerait du respect; l'encouragement serait à côté de la correction: l'homme consommé verrait d'où le jeune homme est parti, où il a voulu arriver, s'il s'est égaré dès le premier pas ou sur la route, dans le

( i) Ils étaient vivants lorsqu'on écrivait cet article.

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574 ÉLÉMENTS DE LITTÉRATURE.

choix ou dans la disposition du sujet, dans le dessein ou dans l'exécution; il lui marquerait le point où a commencé son erreur; il le ramenerait sur ses pas; il lui ferait apercevoir les écueils où il s'est brisé, et les détours qu'il avait à prendre; enfin il lui enseignerait non-seulement en quoi il a mal fait, mais comment il eût pu mieux faire; et le public profiterait des leçons données au poète. Cette espèce de critique, loin d'humilier les auteurs, serait une distinction flatteuse pour leurs ouvrages; on y verrait un père qui corrigerait son enfant avec une tendre sévérité, et qui pourrait écrire à la tète de ses conseils:

Disce, puer, virtutern ex me verumque laborem.

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