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: tuffe; et Shakespeare, un personnage tragique

dans Glocestre. Si Molière a rendu Tartuffe odieux · au cinquième acte, c'est comme J. B. Rousseau le remarque, par la nécessité de donner le der

nier coup de pinceau à son personnage. - On demande si la comédie est un poëme?

question aussi difficile à résoudre qu'inutile à proposer, comme toutes les disputes de mots. Veut-on approfondir un son, qui n'est qu'un son, comme s'il renfermait la nature des choses? La comédie n'est point un poëme pour celui qui ne donne ce nom qu'à l'héroïque et au merveilleux; elle en est un pour celui qui met l'essence de la poésie dans la peinture. Un troisième donne : le nom de poëme à la comédie en vers, et le re

fuse à la comédie en prose : sur ce principe que la mesure n'est pas moins essentielle à la poésie qu'à la musique; mais qu'importe qu'on diffère sur le nom, pourvu qu'on ait la même idée de la chose? L'Avare, ainsi que le Télémaque, sera ou ne sera point un poëme; il n'en sera pas moins un ouvrage excellent. On disputait à Adisson que le Paradis perdu fût un poëme héroïque : Eh bien! dit-il, ce sera un poëme divin.

Comme presque toutes les règles du poëme dramatique concourent à rapprocher par la vraisemblance la fiction de la réalité, l'action de la comédie nous étant plus familière que celle de la tragédie, et le défaut de vraisemblance plus facile à remarquer, les règles y doivent être plus rigoureusement observées : de là cette unité, cette continuité de caractère, cette aisance, cette simplicité dans le tissu de l'intrigue, ce naturel dans le dialogue, cette vérité dans les sentiments, cet art de cacher l'art même dans l'enchaînement des situations, d'où résulte l'illusion théâtrale.

Si l'on considère le nombre des traits qui caractérisent un personnage comique, on peut dire que la comédie est une imitation exagérée. Il est bien difficile en effet qu'il échappe en un jour à un seul homme autant de traits d'avarice que Molière en a rassemblé dans Harpagon; mais cette exagération rentre dans la vraisemblance, lorsque les traits sont multipliés par des circonstances ménagées avec art. Quant à la force de chaque trait, la vraisemblance a des bornes. L'avare de Plaute examinant les mains de son valet, lui dit : Voyons la troisième, ce qui est choquant: Molière a traduit l'autre, ce qui est naturel, attendu que la précipitation de l'avare a pu lui faire oublier qu'il a déja examiné deux mains, et prendre celle-ci pour la seconde. Les autres est une faute du comédien, qui s'est glissée dans l'impression.

Il est vrai que la perspective du théâtre exige une couleur forte et de grandes touches, mais dans de justes proportions, c'est-à-dire telles que l'oeil du spectateur les réduise sans peine à la vérité de la nature. Le Bourgeois gentilhomme paie les titres que lui donne un complaisant mercenaire, et c'est ce qu'on voit tous les jours ; mais il avoue qu'il les paie, Voilà pour le monseigneur, et c'est en quoi il renchérit sur ses modèles. Molière tire d'un sot l'aveu de ce ridicule, pour le mieux faire apercevoir dans ceux qui ont l’esprit de le dissimuler. Cette espèce d'exagération demande une grande justesse de raison et de goût. Le théâtre a son optique, et le tableau est manqué dès que le spectateur s'aperçoit qu'on a outré la nature.

Par la même raison, il ne suffit pas, pour rendre l'intrigue et le dialogue vraisemblables, d'en exclure ces aparté, que l'hypothèse théâtrale ne rend pas toujours assez naturels, et ces méprises fondées sur une ressemblance ou un déguisement prétendu, supposition que tous les yeux démentent, hors ceux du personnage qu'on a dessein de tromper; il faut encore que tout ce qui se passe et se dit sur la scène soit une peinture si naïve de la société, qu'on oublie qu'on est au spectacle. Un tableau est mal peint, si au premier coup-d'oeil on pense à la toile, et si l'on remarque le mélange des couleurs, avant que de voir des rondeurs, des reliefs et des lointains. Le prestige de l’art, c'est de cacher l'art même, au point que non-seulement l'illusion précède la réflexion, mais qu'elle la repousse et l'écarte. Telle devait être l'illusion des Grecs et des Romains aux comédies de Ménandre et de Térence, non à celles d’Aristophane et de Plaute. Élém. de Litér. I.

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Observons cependant, à-propos de Térence, que le possible, qui suffit à la vraisemblance d'un caractère ou d'un événement tragique, ne suffit pas à la vérité de la comédie. Ce n'est point un père comme il peut y en avoir, mais un père comme il y en a souvent; ce n'est point un individu, mais une espèce qu'il faut prendre pour modèle : contre cette règle pèche le caractère unique du Bourreau de lui-même.

Ce n'est point une combinaison possible à la rigueur, c'est une suite naturelle d'événements familiers, qui doivent former l'intrigue de la comédie : principe qui condamne l'intrigue de l'Hécyre, si toutefois Térence a eu dessein de faire une comédie d'une action toute pathétique, et d'où il écarte jusqu'à la fin, avec une précaution marquée, le seul personnage qui pouvait être plaisant.

D'après ces règles que nous allons avoir occasion de développer et d'appliquer, on peut juger des progrès de la comédie ou plutôt de ses révolutions.

Sur le chariot de Thespis, la comédie n'était qu’un tissu d'injures adressées aux passants par des vendangeurs barbouillés de lie. Cratès, à l'exemple d'Épicharmus et de Phormis, poëtes siciliens, l’éleva sur un théâtre plus décent et dans un ordre plus régulier. Alors la comédie prit pour modèle la tragédie inventée par Eschyle, ou plutôt l'une et l'autre se formerent sur les

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poésies d'Homère; l'une, sur l'Iliade et l'Odys

sée; l'autre, sur le Margitès, poëme satirique du i même auteur : et c'est là proprement l'époque de la naissance de la comédie grecque.

On la divise en ancienne, moyenne, et nouvelle, moins par ses âges, que par les différentes modifications qu'on y observa successivement dans la peinture des meurs. D'abord on osa mettre sur le théâtre d'Athènes des satires en action, c'est-à-dire des personnages connus et nommés, dont on imitait les ridicules et les vices: telle fut la comédie ancienne.

Si quis erat dignus describi , quod malus , aut fur,
Quod mochus foret , aut sicarius , aut alioqui

Famosus, multă cum libertate notabant. (Hor.)
Les lois, pour réprimer cette licence, défen-
dirent de nommer. La malignité des poëtes, ni
celle des spectateurs, ne perdit rien à cette dé-
fense : la ressemblance des masques, des vête-
ments, de l'action, désignèrent si bien les per-
sonnages, qu'on les nommait en les voyant. Telle
fut la comédie moyenne, où le poëte, n'ayant
plus à craindre le reproche de la personnalité,
n'en était que plus hardi dans ses insultes, d'au-
tant plus sûr d'ailleurs d'être applaudi, qu'en
repaissant la malice des spectateurs par la noir-
ceur de ses portraits, il ménageait encore à leur
vanité le plaisir de deviner les modèles. C'est dans
ces deux genres qui ristophane triompha tant de
fois à la honte des teniens.

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