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de ceux qui nous ont devancés; et le jeune homme que la nature aura doué d'un esprit pénétrant, d'une ame active, élevée et sensible, se souviendra de ces vers de Voltaire:

La nature est inépuisable;
Et le travail infatigable
Est un dieu qui la rajeunit.

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ÉLÉMENTS

DE LITTÉRATURE.

Abondance. Il y a dans le style une abondance qui en fait la richesse et la beauté; c'est une affluence de mots et de tours heureux pour exprimer les nuances des idées, des sentiments et des images.

Il y a aussi une abondance vaine, qui ne fait que déguiser la stérilité de l'esprit et la disette des pensées par l'ostentation des paroles.

Soit qu'on veuille toucher ou plaire, ou même instruire simplement^ Yabondance du style suppose Yabondance des sentiments et des idées que produit un sujet fécond, digne d'être développé. C'est alors que la pensée et l'expression coulent ensemble à pleine source, rerum enim copia verborum copiam gignit. ( Cic. )

Dans les sujets qui demandent l'ampleur et la magnificence de l'expression, le même orateur regarde la brièveté comme un vice; mais il appelle de vains sons, des paroles vides de sens Sonitus inanis, nullâ subjecta sententiâ.

La peine qu'on se donne pour enrichir des sujets stériles, pour agrandir de petits objets, est au moins inutile, souvent importune.

Chapelain, qu'on a voulu donner pour un homme de goût en fait de poésie, et qui n'avait pas même l'idée de la grâce et de la beauté poétique, emploie, à décrire les charmes et la parure d'Agnès Sorel, quarante vers dans le goût de ceux-ci:

On voit, hors des deux bouts de ses deux courtes manches, Sortir, à découvert, deux mains longues et blanches, Dont les doigts inégaux, mais tout ronds et menus, Imitent l'embonpoint des bras longs et charnus.

L'art de peindre, en poésie, est l'art de toucher avec esprit; et Yabondance consiste alors à faire beaucoup avec peu, c'est-à-dire à donner à l'imagination, par quelques traits jetés légèrement, de quoi s'exercer elle-même.

Voyez, dans trois vers de Virgile, comme Vénus est peinte en chasseresse, l'arc sur l'épaule, les cheveux épars, la jambe nue jusqu'au genou, et un simple nœud relevant les plis de sa robe flottante:

Namque humeris de more habilem suspenderat arcum
Venatrix, dederatque comam diffundere vends,
Nuda genu, nodoque sinus collecta fluentes.

Cependant, lorsque la poésie est du genre de

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ces petits tableaux qui veulent être vus de près, et que le mérite essentiel en est dans les détails, comme dans les métamorphoses d'Ovide et dans les sonnets de Pétrarque, Yabondance du style peut s'y répandre. Il en est de même dans l'épopée, quand le sujet et l'action principale n'attachent pas assez pour exclure l'amusement d'une description détaillée : ainsi, dans son poème héroïcomique, l'Arioste s'est permis une peinture de la beauté d'Alcine, que le Tasse et Virgile n'ont pas osé ou n'ont pas daigné faire de la beauté d'Armide et de Didon.

Une sage abondance a lieu, non - seulement dans la poésie descriptive, mais dans l'expression des sentiments où l'ame se répand, dans les réflexions où elle se repose. Virgile et Racine son rival en offrent mille exemples.

C'est une précieuse abondance que celle qui, réunie avec la précision, dont on la croirait ennemie, rassemble dans le plus petit espace tous les traits d'un riche tableau, comme dans ces vers d'Horace, qu'on ne traduira jamais:

Quàpinus ingens albaque populus
Umbram hospitalem consociare amant
Ramis, et obliqua laborat
Lympha fugax trepidare rivo (1).

(1) « C'est là que le haut pin et le blanc peuplier, mariant leurs rameaux, aiment à réunir leur ombre hospitalière; c'est là qu'une onde fugitive roule avec peine ses flots tremblants dans les replis de son lit tortueux. »

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