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à endurer des refus; qu'on s'imagine, dis-je, qu'un malheureux enfant est condamné par Aphtonius à diviser le sujet qu'on lui donne en huit parties, c'est-à-dire, en huit sortes de torture pour son esprit.

Ces parties sont : 1° le préambule, à laudativo, lequel préambule doit contenir l'éloge de l'action ou de la sentence, et de celui qui en est l'auteur. Mais c'est Tarquin qui conseille à son fils de faire trancher la tête à tous les notables de son village, de Gabies; n'importe, il faut louer

Tarquin et la belle leçon qu'il donne. ; 2° La paraphrase. Mais la pensée est claire et

simple, et d'une vérité évidente comme celle-ci: i

Multa senem circumveniunt incommoda. N'importe, il la faut expliquer et l'amplifier à paraphrastico.

30 La cause. Mais la cause est souvent la nature même du cour humain, comme dans cette vérité : Ira furor brevis est; et cela passe l'intelligence et d'un enfant et d'un philosophe. N'importe, il faut que l'enfant argumente à causá, dût-il ne savoir ce qu'il dit.

4° Le contraire. Mais quel tourment pour un enfant de chercher le contraire d'une maxime vague, comme de celle-ci : Fronti nulla fides. N'importe, il faut qu'il se casse la tête pour prouver à contrario.

5° Le semblable. Mais quelle est la similitude

de cette pensée de Térence , Crescit in adversis virtus? On y a trouvé, pour emblême, la flamme d'une torche exposée au vent; on peut aussi y employer l'image du chêne, qui, sur le sommet d'une montagne, s'élève et s'affermit au milieu des tempêtes; mais cela sera-t-il présent à l'imagination d'un enfant ? N'importe , il faut qu'il prouve à simili, quoiqu'il soit vrai, en général, que les images ne prouvent rien.

6° L'exemple. Mais quels exemples peut citer un enfant dont la tête est vide, qui ne sait que très-peu de chose des temps anciens, et rien des temps modernes? Il faut pourtant qu'il batte la campagne, et qu'il raisonne ab exemplo.

7° Le témoignage, c'est-à-dire, l'autorité des auteurs graves, que l’écolier n'a jamais lus, ou qu'il a lus sans réflexion, et qu'il n'a certainement pas assez présents pour en faire usage à propos.

80 Quoiqu'assez souvent il n'y ait pas lieu à l'épilogue, on l'oblige à épiloguer, et cela s'appelle conclure à brevi epilogo.

Il est bien vrai que le régent indique à l'écolier et les passages et les exemples; qu'il lui suggère aussi les causes, les ressemblances, les contrastes, ou plutôt qu'il lui dicte ce qu'il doit inventer. Mais quelle misérable manière de former l'esprit des jeunes gens, que de les mener ainsi à la lisière!

Encore il faut voir ce que c'est que les cane

vas qu'on leur trace et que les modèles qu'on leur présente. Qui croirait que pour confirmer cette vérité éternelle :

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Breve et irreparabile tempus Omnibus est vitæ ; qui croirait que les témoignages cités et accolés par le père de Colonia, sont Job et Phèdre le fabuliste? Qui croirait que, dans la même chrie, les exemples du bon emploi du temps sont les vierges et les martyrs ? Virgile assurément ne s'attendait pas à être si bien appuyé.

La première règle du bon sens, dans l'art d'instruire, est de ne faire faire aux apprentis que ce qu'ils feront étant maîtres, en commençant par ce qu'il y a de plus simple et de plus facile. Or la chrie, qui n'est d'usage dans aucun genre d'éloquence, et qu'on ne fera certainement jamais hors du collége, est encore ce que les rhéteurs ont pu imaginer de plus difficile et de plus compliqué. Ainsi, dans tous les points, la chrie a été inventée et enseignée en dépit du bon sens.

Il faut espérer qu'à - présent, qu'on a délivré la tendre mollesse de l'enfance des entraves du maillot, et les grâces de l'adolescence de leur prison de baleine, on fera pour l'esprit humain ce qu'on a fait pour le corps; que la pensée, l'imagination, le sentiment, dans la jeunesse, seront délivrés à leur tour des brassières du pédantisme, et que la chrie, comme la plus barbare

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des inventions scolastiques, sera proscrite pour jamais; l'université de Paris l'a bannie de ses écoles.

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COMÉDIE. C'est l'imitation des moeurs, mise eni action; imitation des mœurs, en quoi elle diffère de la tragédie et du poëme héroïque; imitation en action, en quoi elle diffère du poëme didactique moral et du simple dialogue.

Elle diffère particulièrement de la tragédie dans son principe, dans ses moyens, et dans sa fin. La sensibilité humaine est le principe d'où part la tragédie; le pathétique en est le moyen; la crainte des passions funestes, l'horreur des grands crimes, et l'amour des sublimes vertus sont les fins qu'elle se propose. La malice naturelle aux

hommes est le principe de la comédie. Nous voyons [. les défauts de nos semblables avec une complai

sance mêlée de mépris, lorsque ces défauts ne £ sont ni assez affligeants pour exciter la compas

sion, ni assez révoltants pour donner de la haine, ni assez dangereux pour inspirer de l'effroi. Ces images nous font sourire, si elles sont peintes

avec finesse; elles nous font rire, si les traits de à cette maligne joie, aussi frappants qu'inattendus,

sont aiguisés par la surprise. De cette disposition

à saisir le ridicule, la comédie tire sa force et ses pe moyens. Il eût été sans doute plus avantageux

de changer en nous cette complaisance vicieuse den une pitié philosophique; mais on a trouvé plus facile et plus sûr de faire servir la malice humaine à corriger les autres vices de l'humanité, à-peu-près comme on emploie les pointes du diamant à polir le diamant même. C'est là l'objet ou la fin de la comédie. .

Mal-à-propos l'a-t-on distinguée de la tragédie par la qualité des personnages; le roi de Thebes, et Jupiter lui-même, sont des personnages comiques dans lAmphitryon; et Spartacus, de la même condition que Sosie, est un personnage tragique à la tête de ses conjurés. Le degré des passions ne distingue pas mieux la comédie de la tragédie ; le désespoir de l'avare, lorsqu'il a perdu sa cassette, ne le cède en rien au désespoir de Philoctète, à qui on enlève les flèches d'Hercule. Des malheurs, des périls, des sentiments extraordinaires caractérisent la tragédie; des intérêts et des caractères communs constituent la comédie. L'une peint les hommes comme ils ont été quelquefois; l'autre, comme ils ont coutume d'ètre. La tragédie est un tableau d'histoire; la comédie est un portrait; non le portrait d'un seul homme, comme la satire, mais d'une espèce d'hommes répandus dans la société, et dont les traits les plus marqués sont réunis dans une même figure. Enfin le vice n'appartient à la comédie qu'autant qu'il est ridicule et méprisable; dès que le vice est odieux, il est du ressort de la tragédie. C'est ainsi que Molière a fait de l'imposteur un personnage comique dans Tur

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