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d'avoir un succès éclatant; et Balzac parut un prodige, pour avoir appris à son siècle que notre prose, comme nos vers, pouvait être nombreuse et noble.

Dès-lors le secret de donner à la langue de l'harmonie et de l'élévation cessa d'être inconnu. Lingende en profita, et il fut le premier qui mit de la décence et de la dignité dans le langage de la chaire.

Mais le grand apôtre du gout, le grand maître dans l'art d'écrire et de parler la langue sur tous les tons, ce fut Pascal.

Corneille, qui l'avait devancé, avait brillé d'une lumière plus éclatante, mais moins pure. Il avait créé les deux théâtres; il avait donné, dans le Menteur, le modèle du bon comique; il avait inventé un genre de fable tragique, qui n'était pas celui des Grecs, et qui était plus analogue à nos mœurs; en l'inventant, il l'avait élevé au plus haut degré du sublime; il en avait pris le vrai ton, parlé souvent le vrai langage; et ses beaux vers sont beaux si naturellement, si simplement, si pleinement, qu'il n'y a rien de plus accompli. Personne enfin n'a autant fait que lui pour agrandir en nous l'idée du beau moral en poésie, et pour nous en faire éprouver le sentiment dans toute sa hauteur; et en cela le goût lui a dû infiniment plus qu'on ne pertse. Je dis le goût, quoique ce fût ce qui lui manquait à luimême; car des inspirations lumineuses et fréquentes lui en tenaient lieu; et pour profiter des exemples d'un homme de génie, ce n'est pas à ses fautes que les habiles gens s'arrêtent; ils s'attachent à ses beautés; et lorsqu'il a fait le mieux possible, ils tâchent de faire comme lui, aussi bien que lui, mieux que lui. Qu'importait à Racine et à Voltaire que Corneille eût fait Théodore, et Pertharite, et Suréna? Tout cela était nul pour eux, comme il devrait l'être pour nous. Ce sont les belles scènes du Cid, de Cinna, des Horaces, de Polieucte, de Rodogune, qu'ils méditaient dans leur jeunesse, et qui étaient pour eux des leçons de goût dans ce qu'il y a de plus rare, de plus difficile à saisir, le beau idéal dans les mœurs, le sublime dans l'expression. Mais si Corneille fut pour le goût un merveilleux inspirateur, il fut encore un plus dangereux guide; il donna de hautes leçons, mais il donna de mauvais exemples, même dans ses plus beaux ouvrages, et la gloire d'être infaillible était réservée à Pascal.

Cet esprit à-la-fois original et naturel, et aussi simple que transcendant, semblait fait pour être le symbole, l'image vivante du goût. Ce fut de lui que son siècle apprit à cribler, si j'ose le dire, et à purger la langue écrite des impuretés de la langue usuelle, et à trier, non-seulement ce qui convenait au langage de la satire et de la comédie, mais au langage dela haute éloquence, mais au style plus tempéré de la saine philosophie Les premières des Provinciales furent des leçons pour Molière; les dernières, pour Bossuet; et ses pensées ont appris aux philosophes qui l'ont suivi, quelle devait être la pureté et la dignité de leur langue. Jamais homme n'a eu dans un plus haut degré de justesse le sentiment des convenances et des convenances durables: aussi voit-on qu'il n'a point vieilli, et il ne vieillira jamais.

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Avec tant de délicatesse dans l'organe du goût, il put ne pas aimer Montaigne; mais il l'estimait plus qu'il ne croyait, ou qu'il n'osait se l'avouer; il parcourait ce champ fécond et négligé en botaniste habile et sage; c'est là qu'il s'était enrichi; et il est aussi vraisemblable que sans Montaigne on n'eût pas eu Pascal, qu'il l'est que sans Corneille on n'eût pas eu Racine. Les Romains, chargés des dépouilles de leurs voisins, les méprisaient : Port-Royal et Pascal eurent le même orgueil. Soyons plus justes à leur égard, et reconnaissons que le goût sévère et pur de cette école contribua grandement à former celui des gens de lettres et celui du public.

Dans la jeunesse de Louis XIV, l'amour des lettres, passion nouvelle, était dans toute sa ferveur. L'Académie française était fondée, et s'occupait assidûment à former, à fixer la langue en assignant à chaque mot son vrai sens, sa valeur, ses acceptions diverses, et le caractère de noblesse ou de familiarité qui devait lui marquer sa place. En même temps les mœurs de la société

Élim. de Liuér. I. 4

se polissaient. La fleur de la noblesse, attirée à Paris parle cardinal de Richelieu, formait la cour d'un roi jeune, heureux, galant, magnifique, passionnément épris de toutes les sortes de gloire, délicat sur les bienséances, sensible à tous les plaisirs nobles, fait pour être lui-même un modèle de dignité, et par un naturel qui suppléait en lui aux lumières qu'il n'avait pas, juste appréciateur du mérite dans les lettres et dans les arts. Autour de lui, et à son exemple, sa cour attentive aux progrès des talents, occupée de leurs travaux, intéressée à leur rivalité, à leurs succès, à leurs querelles, se plaisant à les animer pour jouir de leur jalousie et de leur émulation; la ville, à l'envi de la cour, s'étudiant à suivre tous les goûts du monarque; enfin, soit l'attrait de la mode, soit l'attrait de la nouveauté, tout un monde passionné pour les productions du génie, s'instruisant pour en mieux jouir, et faisant foule avec la même ardeur autour des chaires de Bourdaloue, de Bossuet, et de Fléchier, et aux théâtres de Corneille, de Molière et du jeune Racine; telle fut, dans tous les esprits, l'action et la réaction des gens de lettres sur le public, du public sur les gens de lettres (1). Il fallait alors, ou jamais, que le goût se perfectionnât.

(i) « C'était un temps digne de l'attention des temps à venir, dit Voltaire, que celui où les héros de Corneille et de Racine, les personnages de Molière, les voix des Bossuet et

On conçoit bien pourtant qu'il y eut d'abord, dans ce concours d'écrivains et de connaisseurs, une infinité de prétentions manquées, et de fausses lueurs d'esprit, de talent et de goût. Chaque société eut ses prédilections, chaque bel-esprit eut son cercle, chaque talent ses ennemis. Avant de juger, c'était peu de ne pas entendre, on se passionnait. Les tribunaux les plus célèbres étaient souvent les plus injustes. Ici,Pradon avait des Mécenes, et Racine des détracteurs; là, Chapelain était admiré en récitant les vers de la Pucelle; ailleurs, c'étaient les Scuderi qu'on exaltait, en déprimant Corneille; Boursault avait des partisans qui le préféraient à Molière. Tout semblait confondu. C'était dans ce moment de fermentation et de trouble que l'esprit public s'épurait, comme le vin en jetant son écume. Tout ce que demande l'opinion pour se rectifier, tout ce que demande le goût pour se polir, c'est du mouvement. Ce n'est même qu'à force d'agitation, de combats, de révolutions en tous sens, que la vérité se dégage; car après ce tumulte, les passions se calment, les partialités cessent, les pré

des Bourdaloue, se faisaient entendre à Louis XIV, à Madame, si célèbrepar son goût, à un Condé, à un Turenne, àun Colbert, et à cette foule d'hommes supérieurs en tout genre. Ce temps ne se trouvera plus où un duc de La RocheiWanlt, l'auteur des maximes, au sortir de la conversation à on Pascal, 'd'un Arnanld , allait au théâtre de Corneille. »

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