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Thebes, presque ensevelie dans un océan de maux, peut à peine lever la tête au-dessus des abymes profonds qui l'environnent. Déja la terre a vu périr les moissons naissantes et les tendres troupeaux. Les enfants expirent dans le sein de leurs mères. Un dieu ennemi, un feu dévorant, une peste cruelle ravage la ville et enlève les habitants. Le noir Pluton, enrichi de nos pertes, se rit de nos gémissements et de nos pleurs. Tournés vers les autels de votre palais, nous vous invoquons, sinon comme un dieu, du moins comme le plus grand des hommes, seul capable de soulager nos maux et d'appaiser la colère du ciel. »

Quelquefois aussi un dialogue plus pressé du cheur avec le personnage en action était naturel et touchant, comme on le voit dans le Philoctète.

Mais s'il y a dans le théâtre grec quelques exemples de cet heureux emploi du chour, combien de fois ne l'y voit-on pas inutile, oiseux, importun, et contre toute vraisemblance? Quelle apparence que Phèdre confie sa honte aux femmes de Trézène? De quel secours est à l'innocence d'Hippolyte ce choeur de femmes, ce témoin muet, qui, le voyant condamné par son père, se contente de faire cette froide réflexion. « Qui des mortels peut-on appeler heureux, quand on voit la fortune de nos rois sujette à une si triste révolution ? » Quoi de plus froid encore et de plus

lociete.

à contre-temps que cette première partie du chæur qui suit la scène où Phèdre a pris la résolution de mourir?

« Que ne suis-je sur un rocher élevé, et changée en oiseau! à la faveur de mes ailes, je passerais sur la mer Adriatique et sur les rives du Pô, où les infortunées soeurs de Phaéton répandent des larmes d’ambre.

« J'irais aux riches jardins des Hespérides, nymphes dont la douce voix charme les oreilles, dans ces climats où Neptune ne laisse plus le passage libre aux nautonniers; car il a pour terme le Ciel soutenu par Atlas. Là, coulent toujours du palais de Jupiter les bienheureuses sources de l'ambroisie. Là, un terrain toujours fécond en célestes richesses, produit ce qui fait la félicité des dieux. »

Il s'agit bien de passer sur les rives du Pô, ou dans le jardin des Hespérides! Il s'agit de secourir Phèdre réduite au désespoir, ou de sauver l'innocent Hippolyte.

En pareil cas, notre vieux poëte Hardi faisait dire au chour, se parlant à lui-même.

O couards ! ô chétifs ! ô lâches que nous sommes !
Indignes de tenir un rang parmi les hommes !
Endurer, spectateurs, tel opprobre commis!

Les deux grands inconvénients de l'usage continuel du chour dans la tragédie ancienne, étaient, l'un, d'exiger nécessairement pour le lieu de la Élém. de Littér. I.

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scène un endroit public, comme un temple, un portique, une place où le peuple fut censé pouvoir accourir; l'autre, de rendre indispensable , par sa présence, l'unité de lieu et de temps; et de là une gêne continuelle dans le choix des sujets et dans la disposition de la fable, ou une foule d'invraisemblances dans la composition et dans l'exécution. Voyez ENTR’ACTE, UNITÉ.

Ce qu'il eût fallu faire du chæur, sur le théâtre ancien, pour l'employer avec avantage, c'eût été de l'introduire toutes les fois qu'il aurait pu contribuer au pathétique ou à la pompe du spectacle; et de s'en délivrer toutes les fois qu'il était déplacé, inutile, ou gênant.

Mais si par la nature de l'action théâtrale, qui était communément une calamité publique, ou du moins quelque événement qui ne pouvait être caché, une foule de confidents y pouvaient être mis en scène; si la simplicité de la fable, la pompe du spectacle, et la nécessité de remplir un théâtre immense, qui sans cela aurait paru désert, demandaient quelquefois la présence du chqur; il n'en est pas de même dans un genre de tragédie où ce n'est plus, ni un arrêt de la destinée, ni un oracle, ni la volonté d'un dieu qui conduit l'action théâtrale et qui produit l'événement; mais le jeu des passions humaines, qui, dans leurs mouvements intimes et cachés, ont peu de confidents et souffriraient peu de témoins.

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Quoiqu'il ne soit pas vrai, comme on l'a dit, que la tragédie fût un spectacle religieux chez les Grecs; il est vrai du moins que les opinions religieuses s'y mêlaient sans cesse, ainsi que les cérémonies du culte; et c'est ce qui rendait majestueuse pour eux cette espèce de procession du chour, qui sur trois files se promenait en cadence, dans l'intervalle des scènes, tournant à gauche, et puis à droite, chantant la strophe et l'antistrophe, puis s'arrêtant et chantant l'épode, le tout pour exprimer, dit-on, les mouvements du ciel et l’immobilité de la terre. Mais certainement rien de semblable ne convient au théâtre de Cinna, de Britannicus, de Zaïre.

Nos premiers poëtes tragiques, en imitant les Grecs, ne manquèrent pas d'adopter le chour; et jusqu'au temps de Hardi, le chąur était chanté. Cet accord des voix était connu sur nos premiers théâtres dans ce qu'on appelait mystères : le père éternel avait trois voix, un dessus, une hautecontre, et une basse, à l'unisson. Hardi se réduisit à faire parler le chæur par l'organe d'un coryphée; dans le Coriolan de ce poëte, le chour dialogue avec le sénat, et dit de suite jusqu'à quarante vers. Dès - lors il ne fut plus question du chour en intermède, jusqu'à lAthalie de Racine, pièce unique dans son genre et absolument hors de pair.

Voltaire, dans son OEdipe, a voulu mettre le chqur en scène; jamais il ne fut mieux placé ;

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et l'extrême difficulté de l'exécution l'a cependant fait supprimer. Depuis, on s'est borné, comme Hardi, lorsque l'action exige une assemblée, à faire parler un ou deux personnages au nom de tous; c'est la seule espèce de chąur qu’admette la scène française; et dans les sujets mêmes, soit anciens, soit modernes, dont le spectacle demande le plus de pompe et d'appareil, comme les deux Iphigénies, Mahomet, et Sémiramis, un théâtre où l'action se passe immédiatement sous nos yeux, rend presque impossible le concert et l'accord d'une multitude assemblée qui parlerait en même temps. Il est vrai qu'en la faisant chanter comme les Grecs, la difficulté serait moindre; mais le chant du chour, entremêlé avec une déclamation simple, fera toujours pour nos oreilles une disparate et une invraisemblance, qui dans le genre sérieux et grave nuirait trop à l'illusion.

Dans ce qu'on appelle chez les Grecs la comédie ancienne, comme ce n'était communément qu'une satire politique, le chour était très-bien placé; il représentait le peuple, ou une classe de citoyens, tantôt allégoriquement, comme dans les Oiseaux et dans les Guépes; tantôt au naturel, comme dans les Acharniens, les Harangueuses, les Chevaliers; et le poëte l'employait ou à faire la satire de la république, ou à sa propre défense et à son apologie. C'est ainsi que dans les Acharniens, le chour, traitant le peuple d'enfant

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