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de Genève seraient un modèle en ce genre, si son éloquence était toujours celle de la raison et de la vérité; mais ayant trop compté sur les ressources d'une dialectique industrieuse, d'une imagination vive et d'un style enchanteur, il a souvent accepté le défi que lui donnait sa vanité, de faire paraître naturel ce qui était forcé, vraisemblable ce qui était faux, honnête et louable ce qui était en soi vicieux et digne de blâme. Heureux, s'il avait toujours eu pour guide un sage comme Locke, dont il a suivi les principes sur l'éducation physique de l'enfance, et dont il a su embellir, animer, échauffer les froides leçons! C'est là ce qu'il a fait d'utile, et ce qui honore sa mémoire, bien plus que le coloris dont il a fardé les mauvaises mœurs de son Hêloïse, le faux système de son Emile, et tous les paradoxes où il a prodigué ses lumières et ses talents. La chaleur du style, même au plus haut degré, doit être vraie et naturelle. Phèdre, dans son délire, ne dit rien qui ne soit analogue à son amour pour Hippolyte; Oreste, même dans ses fureurs, ne voit que les objets qui doivent l'occuper, sa mère et les furies. A plus forte raison, dans l'éloquence et dans le langage tempéré de la philosophie, la chaleur ne doit-elle jamais troubler l'imagination ni l'entendement. L'écrivain qui extravague est un fou ou un charlatan. Si sa chaleur est vraie, c'est celle de la fièvre; si ce n'est pas le transport au cerveau, c'est un jeu, et c'est

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le jeu d'un bateleur qui fait le maniaque pour assembler la foule. Or j'appelle extravaguer en écrivant, accumuler des métaphores incohérentes, des idées bizarres, des raisonnements faux, des hyperboles insensées; avancer hardiment des opinions révoltantes, les soutenir avec effronterie, insulter à-la-fois à l'évidence et à la pudeur, et prendre pour les attributs d'un génie audacieux et libre l'impudence et l'absurdité. C'est là pourtant ce qu'on nous a donné quelquefois pour de la chaleur.

Chanson. De tous les peuples de l'Europe, le Français est celui dont le naturel est le plus porté à ce genre léger de poésie. La galanterie, le goût du plaisir, la gaieté, la vivacité, qui caractérisent ce peuple aimable, ont produit des chansons ingénieuses dans tous les genres.

A propos de l'ode et du dithyrambe, j'ai parlé de nos chansons à boire, et j'en ai cité des exem pies; en voici encore un de l'enthousiasme bachique. Le poète s'adresse au vin:

Non, il n'est rien dans l'univers

Qui ne te rende hommage;
Jusqu'à la glace des hivers,

Tout sert à ton usage.
La terre fait de te nourrir

Sa principale gloire;
Le soleil luit pour te mûrir;

Nous naissons pour te boire.

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C'est en général la philosophie d'Anacréon renouvelée et mise en chant.

L'amour du vin et de la table est commun à tous les états; c'est donc quelquefois les mœurs et le langage du peuple de la ville ou de la campagne qu'on a imités dans les chansons à boire, comme dans celle-ci:

Parbleu, cousin, je suis en grand souci!
Catin me dit que j'aime tant à boire,

Qu'elle a bien de la peine à croire

Que je puisse l'aimer aussi;

Qu'il faut choisir du vin ou d'elle.
Comment sortir d'un si grand embarras?
Déjà le vin, je ne le quitte pas;
Et la quitter! elle est, ma foi, trop belle.

Dufréni en a fait une, où un buveur s'enivre en pleurant la mort de sa femme. Le son des bouteilles et des verres lui rappelle celui des cloches. Hélas! dit-il à ses amis:

Il me souvient toujours qu'hier ma femme est morte.
Le temps n'affaiblit point une douleur si forte.
Elle redouble à ce lugubre son:
Bin bon.
Voudriez-vous de ce jambon?
Il est bin bon, etc.

Dans une chanson du même genre, un buveur ivre, en rentrant chez lui, croit voir sa femme double, et s'écrie : ô ciel!

Je n'avais qu'une femme, et j'étais malheureux:Par quel forfait épouvantable
Ai-je donc mérité que vous m'en donniez deux?

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La chanson n'a point de caractère fixe, mais elle prend tour-à-tour celui de l'épigramme, du madrigal, de l'élégie, de la pastorale, de l'ode même.

Il y a des chansons personnellement satiriques, dont je ne parlerai point; il y en a qui censurent les mœurs sans attaquer les personnes : c'est ce qu'on appelle vaudevilles.

On en voit des exemples sans nombre dans le Recueil des Œuvres de Panard. Une extrême facilité dans le style, la gêne des rimes redoublées et des petits vers, déguisée sous l'air d'une rencontre heureuse, une morale populaire, assaisonnée d'un sel agréable, souvent la naïveté de La Fontaine, caractérisent ce poète : j'en vais rappeler quelques traits.

Dans ma jeunesse,
Les papas, les mamans,
Sévères, vigilants,
En dépit des amants,
De leurs tendrons charmants
Conservaient la sagesse.
Aujourd'hui ce n'est plus cela:
L'amant est habile
La fille docile,
La mère facile,
Le père imbécille;
Et l'honneur va
Cahin caha.

Les regrets avec la vieillesse,
Les erreurs avec la jeunesse,

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