Obrazy na stronie
PDF
ePub

ou par les impressions que reçoivent les sens, ou par les plaisirs de l'esprit et de l'ame; et c'est ici le genre de bonté qui caractérise les beauxarts.

Mais les plaisirs de l'esprit et de l'ame peuvent être trompeurs, comme celui que fait un poison agréable. C'est donc l'innocence de ces plaisirs et plus encore leur utilité, ou, s'il m'est permis de le dire, leur salubrité, qui donne aux moyens de l'art une bonté réelle. Le plaisir est sans doute une excellente chose ; mais le plaisir ne peut être pour l'homme un état habituel et constant. Le bonheur, c'est-à-dire un état doux et calme, la paix et la tranquillité avec soi-même et avec les autres, voilà le but universel où doit tendre un être sensible et raisonnable. Les ennemis de ce repos sont les passions et les vices; ses deux génies tutélaires sont l'innocence et la vertu: ainsi le plaisir ne doit être lui-même pour les beaux-arts qu'un moyen, et leur fin ultérieure doit être le bonheur de l'homme. C'est ainsi que la bonté de la comédie consiste à corriger les vices, et celle de la tragédie à intimider les passions, et à les réprimer par des exemples effrayants. Voyez Moeurs.

Ce qu'on doit entendre par la bonté poétique se trouve par-là décidé. Ce qui produit l'effet immédiat que le poète se propose, est poétiquement bon; et toutes les règles de l'art se réduisent à bien choisir et à bien employer les moyens propres à cette fin. Le premier de ces moyens est l'illusion, et par conséquent la vraisemblance; le second est l'attrait, et par conséquent le choix de ce qui peut le mieux intéresser, attacher, émouvoir, captiver l'esprit, gagner l'ame, dominer l'imagination, produire enfin la sorte d'émotion et de délectation que la poésie a dessein de causer.

Dans le gracieux, choisissez ce que la nature a de plus riant; dans le naïf, ce qu'elle a de plus simple; dans le pathétique, ce qu'elle a de plus terrible et de plus touchant. Voilà ce qu'on appelle la bonté poétique. Ainsi ce qui serait excellent à sa place, devient mauvais quand il est déplacé.

Mais la bonté morale doit se concilier avec la bonté poétique; et la bonté morale n'est pas la bonté des mœurs qu'on se propose d'imiter. La peinture des plus mauvaises mœurs peut avoir sa bonté morale, si elle attache à ces mœurs la honte, l'aversion, et le mépris. De même l'imitation des mœurs les plus innocentes et les plus vertueuses serait mauvaise, si on y jetait du ridicule, et si, en les avilissant, on voulait nous en dégoûter.

La bonté morale, en poésie, est dans l'utilité attachée à l'imitation; comme en éloquence elle est dans la justice de la cause que l'on embrasse, et dans la légitimité des moyens que l'on emploie à persuader.

Ainsi, quand on parle des mœurs théâtrales par exemple, on ne doit pas confondre les mœurs bonnes en elles-mêmes, et les mœurs bonnes dans leur rapport avec l'effet salutaire qu'on veut produire. Narcisse et Mahomet sont des personnages aussi utilement employés que Burrhus et| Zopire, par la raison qu'ils contribuent de même à l'impression salutaire qui résulte de l'action à laquelle ils ont concouru. Tout ce qu'on doit exiger du poète pour que l'imitation ait sa bonté morale, c'est qu'il fasse craindre de ressembler aux méchants qu'il met sur la scène, et souhaiter de ressembler aux gens de bien qu'il oppose aux méchants. Il y a cependant certains vices qu'il n'est pas permis d'exposer sur le théâtre, parce que leur image blesserait la pudeur; mais en cela même il me semble qu'on est devenu trop sévère. En prenant soin de voiler ces vices avec toute la décence convenable, peut-être serait-il possible de rendre utile, et non dangereux, l'exemple des égarements et des malheurs dont ils sont la cause; et entre l'excès où donnent nos voisins à cet égard, et l'excès opposé, il y aurait un milieu à prendre, qui rendrait la peinture de nos mœurs plus utile, en conservant à la scène française sa décence et sa pureté.

Quant à l'éloquence, l'objet, la fin, les moyens, l'orateur lui-même, tout doit y avoir sa bonté morale : ce qu'elle affirme doit être vrai, ce qu'elle ifend doit être juste, ce qu'elle conseille et reimmande doit être au moins permis, et l'utile n'est pas dispensé d'être honnête; enfin ce qu'elle loue doit être digne de louange. Aristote nous a donné pour la bonté morale de l'éloquence, dans les éloges et dans les délibérations, une règle sûre et constante : c'est de se demander à.soiême: Conseillerais -je ce que je vais louer? ouerais-je ce que je conseille?

Bouquet. On nomme ainsi une petite pièce de vers adressée à une personne le jour de sa fête, "est le plus souvent un madrigal ou une chan»n. Le caractère de cette sorte de poésie est la élicatesse ou la gaieté. La fadeur en est le démt le plus ordinaire, comme de toute espèce de louange.

Les anciens, en célébrant la fête de leurs amis, avaient un avantage que nous n'avons pas : ce jour était l'anniversaire de la naissance, et l'on sent bien que c'était un beau jour pour l'amour et pour l'amitié : au lieu que parmi nous c'est la fête du saint dont on porte le nom; et il est rare de trouver d'heureux rapports entre le saint et la personne. Cette relation fortuite, et souvent bizarre, n'a pas laissé de donner lieu, par sa singularité même, à des comparaisons et à des allusions ingénieuses et piquantes.

Les personnages les plus pittoresques sont communément les plus poétiques; et sous ces deux rapports Antoine et Madelaine sont ce que le calendrier a de mieux. Antoine, parmi les poètes, a trouvé un Calot. Madelaine n'a pas trouvé un Le Brun. Elle était digne d'occuper la dévotion de Racine. L'imagination grotesque du père Le Moine a dénaturé ce tableau. La grâce et la noblesse dont il était susceptible sont indiquées dans ce bouquet de M. de Voltaire a Mde. L. D. D. B.

Votre pa trône, au milieu des apôtres,
Baisait les pieds à son divin epoux:
Belle B. il eût baisé les vôtres;
Et saint Jean même en eût été jaloux.

Mais dans un bouquet on n'est point assujéti à ces sortes de parallèles, et communément on se donne la liberté de louer la personne sans faire mention du saint. Voici, dans ce genre, un faible hommage offert aux grâces, aux talenls. et à la beauté.

Bouquet présenté à madame la C. de S. le jour de sainte Adélaïde:

Adélaïde
Paraît faite exprès pour charmer;
Et mieux que le galant Ovide,
Ses yeux enseignent l'art d'aimer

Adélaïde.

[ocr errors]
« PoprzedniaDalej »