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neille, Caliste allait trouver au lit son amant Rosidor. Dans la Céliante de Rotrou, Nise était couchée, et Pamphile allait la surprendre; et le public était témoin de cet amoureux tête-à-tête. Rien n'était plus commun que de tels rendez-vous; et la tragédie ne violait pas moins toutes les bienséances que la comédie. Voyez, dans l'Histoire du Théâtre Français, tom. 3, ann. 1580, la scène de Clytemnestre avec sa nourrice.

Eh bien ! ce beau palais sera-ce une prison?
Perdrai-je de mes ans, sans plaisir, la saison ?
Il faudra que toujours je bourrelle mon ame,
Sans jouir, comme il fait, de la cyprine flamme?
Égisthe , mon souci, plantera le premier
Sur son front, etc.

Voyez dans lAgamemnon de Brissette ce dialogue entre Électre et sa mère.

ÉLECTRE.

C'est chose fort séante,
En la main d'une femme une dague sanglante !

CLYT EMNESTRE,

Babouine , oses-tu bien t’accomparer à nous ?

ÉLECTRE.
A nous ? Mais quel est-il ce beau nouvel époux ?

CLYTEM NESTRE.
Que j'abaisserai bien l'arrogante parole
Dont tu use envers moi, audacieuse folle !

ÉLECTRE.
Veuve, parlez plus bas , votre mari est mort.

Tel était, moins de cinquante ans avant le Cid et Cinna, le style de la tragédie.

Ce n'est pas le progrès des mours, mais le progrès du goût, de la culture de l'esprit, de la politesse d'un peuple, qui décide des bienséances. C'est à mesure que les idées de noblesse, de dignité, d'honnêteté, se purifient, et que la morale théorique se perfectionne, qu'on devient plus sévère et plus délicat.

Chastes sont les oreilles,
Encor que le cæur soit fripon,

dit La Fontaine. On va plus loin, et on prétend que, plus le coeur est corrompu, et plus les oreilles sont chastes; mais ce n'est qu'une façon ingénieuse de faire la satire des siècles polis. L'innocence, il est vrai, n'entend malice à rien, et à ses yeux rien n'a besoin de voile; mais le monde ne peut pas toujours être innocent et naïf comme dans son enfance; et les siècles, comme les personnes, peuvent, en s'éclairant, devenir à-la-fois et plus décents dans le langage, et plus sévères dans les moeurs.

Quoi qu'il en soit, ce ne fut qu'à l'époque du Cid qu'on parut devenir délicat sur les bienséances, lorsqu'on fit un crime à Corneille d'avoir fait paraître Rodrigue dans la maison de Chimène après la mort du comte, et d'avoir fait dominer l'amour dans la conduite qu'elle tient. Ce furent les yeux de l'envie qui les premiers s'ouvrirent sur cette faute, si c'en est une. Ainsi l'on dut peut-être alors à l'envieuse malignité la réforme de notre théâtre sur l'article des bienséances, et cette sévérité de goût qui depuis en a si fort épuré les mæurs.

Dans l'art oratoire, comme dans l'art dramatique, les bienséances du langage et de l'action deviennent plus délicates et plus difficiles à observer, à mesure que le monde s'éclaire et se polit davantage. « Le comble de l'art, disait Roscius, c'est d'observer la décence, et c'est la seule chose qu'on ne peut enseigner. » Ce que Roscius disait de son art, Cicéron l'appliquait au sien. Caput artis decere; et tamen unum id esse quod tradi arte non possit. (De orat.)

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BLANCS ( VERS ). Dans la poésie moderne, on appelle vers blancs des vers non rimés. Plusieurs poëtes anglais et allemands se sont affranchis de la rime. Mais les allemands ont prétendu y suppléer en composant des vers métriques, à la manière des latins; les Anglais se sont contentés de leur vers rhythmique, qui est le même que celui des Italiens.

Le vers peut avoir trois sortes d'agréments qui le distinguent de la prose; une harmonie plus sensible; une difficulté de plus, qu'on a le mérite de vaincre; et un moyen pour la mémoire de retenir plus aisément la pensée et les mots Élém. de Littér. [

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dont le vers est formé. Le vers blanc peut être aussi harmonieux que le vers rimé, à la consonnance près, dont l'habitude a fait un plaisir pour l'oreille; et si dans les vers blancs le poëte a mis à profit la liberté qu'il s'est donnée, pour en mieux assortir les nombres et les sons, le faible plaisir de la rime sera aisément compensé. Mais la difficulté vaincue, et la surprise agréable qu'elle nous cause, sur-tout lorsque la nécessité de la rime produit une pensée inattendue et heureusement amenée, une expression singulière et juste, et, dans l'une ou dans l'autre, un tour ingénieux; ce mérite de l'art, qui se renouvelle à chaque instant dans les vers rimés, et qui, par une alternative continuelle, excite et satisfait la curiosité de l'esprit et l'impatiencc de l'oreille, n'existe plus dans les vers blancs. Ils n'ont pas non plus l'avantage de donner à la mémoire, dans l'unisson des désinences, des points d'appui, et comme des signaux qui l'empêchent de s'égarer; et à ces deux égards les vers blancs sont inférieurs aux vers rimés.

J'ajouterai que, dans toutes les langues, les vers les plus difficiles à bien faire ont été les mieux faits. De tous les vers métriques, l'hexamètre est celui qui admet le moins de licences; et c'est en hexamètres que sont écrits les plus beaux poëmes anciens. Notre vers de douze syllabes est le plus difficile des vers rhythmiques; et c'est en vers de douze syllabes que nos plus beaux poëmes sont écrits. La contention de l'esprit en multiplie les forces, la nécessité en accroît les ressources; et le plus grand défaut dont il ait à se préserver, c'est la mollesse et la nonchalance. Or la difficulté de l'expression à vaincre à chaque instant, si elle n'est pas pas désespérante, et si on a devant soi des hommes de génie qui l'ont vaincue avec grâce et noblesse , est un aiguillon qui réveille à chaque instant l'émulation et qui excite la paresse. L'homme qui se sent du talent, pressé d'un côté par le défi que lui donnent l'art et l'exemple, et de l'autre côté par le goût, qui ne lui passe aucune incorrection de style, rien de lâche, rien de diffus, rien d'obscur et rien de pénible, rassemblera tous ses moyens : ceux de la mémoire, pour la recherche des mots et des tours de la langue; ceux de l'imagination, pour le choix des images; ceux de la pensée, pour l'invention de ces idées accessoires qui doivent enrichir le style, én même temps qu'elles viennent remplir les temps et les nombres du vers. Voilà, je crois, ce qui se passe dans l'esprit du poëte qui travaille sérieusement; et son secret, pour paraître avoir la plume abondante et facile, c'est de plier et de replier son expression dans tous les sens, d'en essayer toutes les formes, jusqu'à ce qu'il ait réuni la régularité, la précision, l'élégance, l'harmonie, et le coloris, et que dans les gènes du vers il ait acquis l'aisance de la prose. C'est ce que Despréaux

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