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deux caractères se sont liés de sorte que, si l'on imagine un capitole situé dans le Ciel, au-dessus des nuages, il n'aura aucune majesté, à moins qu'il ne soit couronné de ce faîte qu'on n'inventa que pour l'écoulement des pluies : Nam quum esset habita ratio, quemadmodum ex utrâque tecti parte aqua delaberetur, utilitatem templi fastigii dignitas consequuta est: ut, etiamsi in cœlo capitolium statueretur ubi imber esse non posset, nullam sinefastigio dignitatem habiturum esse videatur. De orat. l. 3.

Je ne m'engage point à vérifier, dans ses détails, la pensée de ce grand homme; il me suffira d'observer que ce qu'il appelle utilité dans les ouvrages de la nature et dans les productions des arts, c'est ce que j'appelle intelligence, c'està-dire, sagesse d'intention et ordonnance de dessin.

Bergeries. C'est le nom qu'on a donné à quelques pièces de poésie et de musique d'un goût champêtre.

Avant qu'on eût, en France, l'idée de la bonne comédie, on donnait au théâtre, sous le nom de Pastorales, des romans compliqués, insipides et froids; et pendant quarante ans, on ne fit que traduire sur la scène, en méchants vers, la fade prose de d'Urfé. Racan, à l'exemple de Hardi, composa un de ces drames, lequel d'abord eut pour titre Artènice, et qui depuis a été connu sous le nom des Bergeries de Racan. L'intrigue de ce poème, chargée d'incidents et dénuée de vraisemblance, réunit tous les moyens de l'éloquence pathétique, et annonce les situations de la tragédie la plus terrible; avec tout cela rien n'est plus froid. Ce sont les mœurs des bergers que Racan a voulu y peindre; et on y voit des noirceurs dignes de la cour la plus raffinée et la plus corrompue; un amant qui, pour rendre son rival odieux, se rend plus odieux lui-même; un devin fourbe et scélérat, pour le plaisir de l'être; un druide fanatique et impitoyable; en un mot, rien de plus tragique, et rien de moins intéressant. Cependant, à la faveur d'un peu d'élégance, mérite rare dans ce temps-là, et que Racan devait aux leçons de Malherbe, ce poème eut le plus grand succès, et fit la gloire de son auteur. Les bergeries, ou pastorales, peuvent être intéressantes; mais par d'autres moyens. Ces moyens sont dans la nature; par-tout où il y a des pères, des mères, des enfants, des époux, exposés aux accidents de la vie, aux dangers, aux inquiétudes, aux malheurs attachés à leur condition, leur sensibilité peut être mise aux épreuves de la crainte et de la douleur. Ainsi le genre pastoral peut être touchant; mais il sera faiblement comique, parce que le comique porte sur le ridicule et sur les travers de la vanité, et que ce n'est pas chez les bergers que la vanité domine. Leur ignorance même et leur sottise n'a rien de bien risible, parce qu'elle est naturelle et naïve, et qu'elle n'est point en contraste avec de fausses prétentions. Il serait donc possible absolument que, sans sortir du genre pastoral, on fît des tragédies; mais avec de simples bergers, on ne fera point des comédies; et les bergeries de Racan, que l'on donne pour exemple de la comédie pastorale, ne sont rien moins comme on vient de le voir. Le pastoral qui n'est point pathétique, ne se peut soutenir qu'autant qu'il est gracieux et riant, ou d'une aménité touchante; mais sa faiblesse alors ne comporte pas une longue action: YAminte et le Pastor Fido, où toutes les grâces de la poésie et son coloris le plus brillant sont employés, prouvent eux-mêmes que ce genre n'est pas assez théâtral pour occuper longtemps la scène; il manque de chaleur; et la chaleur est l'ame de la poésie dramatique. Les Italiens, dans la pastorale, ont employé les chœurs à la manière des anciens; et c'est là qu'ils sont naturellement placés, par la raison que, dans les assemblées, les jeux, les fêtes des bergers, le chant fut toujours en usage, et qu'il y vient comme de lui-même. Le chœur du premier acte de l'Aminte:

O bella eta de l'oro!est un modèle dans ce genre. Voyez Églogue Bienséances. Dans l'imitation poétique, les couvenances et les bienséances ne sont pas précisément la même chose; les convenances sont relatives aux personnages; les bienséances sont plus particulièrement relatives aux spectateurs; les unes regardent les usages, les mœurs du temps et du lieu de l'action; les autres regardent l'opinion et les mœurs du pays et du siècle où l'action est représentée. Lorsqu'on a fait parler et agir un personnage comme il aurait agi et parlé dans son temps, on a observé les convenances: mais si les mœurs de ce temps-là étaient choquantes pour le nôtre, en les peignant sans les adoucir, on aura manqué aux bienséances; et si une imitation trop fidèle blesse, non-seulement la délicatesse, mais la pudeur, on aura manqué à la décence. Ainsi, pour mieux observer la décence et les bienséances actuelles, on est souvent obligé de s'éloigner des convenances, en altérant la vérité. Celle-ci est toujours la même, et les convenances sont invariables dans leur rapport avec elle; mais les bienséances varient selon les lieux et les temps; on en voit la preuve frappante dans l'histoire de notre théâtre.

Il fut un temps où, sur la scène française, les amantes et les princesses même déclaraient leur passion avec une liberté, souvent avec une licence qui révolterait aujourd'hui tout le monde. L'action n'était pas plus décente que les paroles. Des baisers fréquents, dérobés, faisaient le comique de la scène. Dans le Clitandre de Coineille, Caliste allait trouver au lit son amant Rosidor. Dans la Céliante de Rotrou, Nise était couchée, et Pamphile allait la surprendre; et le public était témoin de cet amoureux tête-à-tête. Rien n'était plus commun que de tels rendez-vous; et la tragédie ne violait pas moins toutes les bienséances que la comédie. Voyez, dans YHistoire du Théâtre Français, tom. 3, ann. i58o, la scène de Clytemnestre avec sa nourrice.

Eh bien ! ce beau palais sera-ce une prison?
Perdrai-je de mes ans, sans plaisir, la saison?
Il faudra que toujours je bourrelle mon ame,
Sans jouir, comme il fait, de la cyprine flamme?
Egisthe, mon souci, plantera le premier
Sur son front, etc.

Voyez dans YAgamemnon de Brissette ce dialogue entre Électre et sa mère.

ELECTRE.

C'est chose fort séante,
En la main d'une femme une dague sanglante!

CLYTEMNESTRE.

Babouine, oses-tu bien t'accomparer à nous?

ELECTRE.

A. nous? Mais quel est-il ce beau nouvel époux?

CLYTEMNESTRE.

Que j'abaisserai bien l'arrogante parole
Dont tu use envers moi, audacieuse folle!

ELECTRE.

Veuve, parlez plus bas, votre mari est mort.

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