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des sensations, comme celui du parfumeur, ne seront jamais comptés parmi les arts libéraux. Ceux-ci ont spécialement pour organes l'œil et l'oreille, les deux sens qui portent à l'ame des sentiments et des pensées; et c'est à quoi l'opinion semble avoir eu égard, lorsqu'elle a marqué à chacun d'eux sa place et le rang qu'il devait tenir.

Les arts s'accordent assez souvent pour em ,bellir à frais communs le même objet, et produire un plaisir composé de leurs impressions réunies; c'est ainsi que l'architecture et la sculpture, la poésie et la musique, travaillent de concert; mais il ne faut pas croire que ce soit dans la vue de faire plus d'illusion, en imitant mieux leur objet. Un observateur habile a déja remarqué que les deux arts dont l'alliance était le plus sensiblement indiquée par leurs rapports (la sculpture et la peinture) se nuisent l'un à l'autre en se réunissant. Une belle estampe fait plus de plaisir qu'une statue colorée; dans celle-ci, l'excès de ressemblance ôte à l'illusion son mérite et son agrément. Voyez Illusion, Imitation, etc.

Articulation. Depuis la leçon du Bourgeois Gentilhomme, il n'y a guère moyen de parler sérieusement de la manière de prononcer les ettres; mais, raillerie cessante, il ne serait peutî pas inutile d'analyser le mécanisme de la

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parole : on trouverait dans cette analyse la raison physique de la rudesse ou de la douceur, de la lenteur ou de la rapidité naturelle des articulations, et, en deux mots, les éléments de la prosodie et de la mélodie d'une langue.

Parmi les voyelles, on trouverait que les sons graves ont naturellement de la lenteur, par la raison que l'organe, en formant ces sons, éprouve une modification plus pénible; que les sons grêles veulent être brefs; que les sons moyens sont également susceptibles ou de lenteur par leur volume, ou de vitesse par la facilité que nous avons à les former. Voyez Prosodie.

L'étude de Yarticulation, ou des mouvements combinés des organes de la parole, pour donner aux sons de la voix les qualités qui en font des consonnes, serait encore plus curieuse. On distinguerait d'abord parmi les consonnes celles où un souffle muet, une espèce de bruit confus précède Y articulation, comme Ym et Yn consonne; comme iy*et son doux le v; comme Ys double et son doux le z; comme le g et l7 mouillés; et celles où Y articulation n'est précédée d'aucun souffle, comme lep et son doux le b; comme le t et son doux le d; comme le k et l7 simple. De-là un caractère propre, qui assigne à chacune d'elles une place dans l'harmonie imitative, détail que nous mépriserons peut-être, mais que les Grecs ne méprisaient pas.

On trouverait dans la nature la raison du choix que les anciens avaient fait de Ym et de Yn pour être les signes du son nasal; et on s'apercevrait, avec surprise, que pour faire passer et retenir dans le nez le son d'une voyelle, on est obligé de l'intercepter, ou avec la langue, en la disposant de la même façon que pour Yarticulation de Yn, ou avec les lèvres, en les pressant comme pour Yarticulation de Ym; et de-là cette conséquence que les nasales des Latins et des Italiens, où Yarticulation de Yn se fait sentir, peuvent bien être brèves, par la raison que Yarticulation éteint le retentissement, comme dans examen, hymen; mais que les nasales françaises, où la langue ne fait qu'intercepter le son sans le détacher nettement, doivent toutes se prolonger. Les Latins eux-mêmes ne faisaient brèves que ces nasales grecques dont Yarticulation coupait le retentissement : culmen, tibicen, omen, barbiton; mais toutes les nasales en m, deum, finem, Bornarn, enim, étaient longues, parla raison qu'elles n'étaient, comme les nôtres, que des voyelles inarticulées; si bien que, dans les vers, on les élidait comme voyelles finales, afin d'éviter Yhiatus.

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Dans cette analyse, on verrait pourquoi on a confondu la faible articulation du y avec le son de IV, et que la légère application de la langue contre les dents étant la même pour donner le son de lV et Yarticulation du y, il n'est pas possible d'exécuter celle-ci sans que le son analogue se fasse entendre, comme dans payer, moyen, citoyen.

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On verrait pourquoi Yarticulation est plus forte ou plus faible, plus rude ou plus douce en ellemême, suivant le caractère de la consonne qui frappe la voyelle; pourquoi les articulations, relativement l'une à l'autre, sont aussi plus ou moins liantes, plus ou moins dociles à se succéder; pourquoi les unes se suivent coulamment et avec aisance, les autres se froissent et se brisent dans leur collision; et l'étude de tous ces effets contribuerait à éclairer le choix de l'oreille. On verrait pourquoi l7 est facile après IV, et IV pénible après IV; pourquoi deux labiales ne peuvent s'allier ensemble, abfert, abfugit; non plus que deux dentales dont l'une est la faible de l'autre, adtendere, que les Latins avaient répudié; pourquoi le passage d'une labiale à une dentale est facile du faible au faible, comme dans ab-diquer; du fort au fort, comme dans aptitude; du faible au fort, comme dans ob-tenir; et très-pénible du fort au faible, comme dans cap-de Bonne-Espérance, que l'on est obligé de prononcer cab-de Bonne-Espérance.

On trouverait de même la raison de la difficulté que nous éprouvons à prononcer Yx après IV, et réciproquement, comme Quintilien l'a remarqué : Virtus Xerxis, arx studiorum, etc.

Ce ne serait donc pas une étude aussi puérile qu'on l'imagine; et plus d'un poète en aurait eu besoin pour suppléer au don d'une oreille sensible, qui seule peut-être a manqué à quelquesuns de ceux qu'on estime, et qu'on ne lit pas. Voyez Harmonie De Style.

Attention. C'est une action de l'esprit qui fixe la pensée sur un objet et l'y attache; au contraire de la dissipation, qui la dérobe à ellemême; de la rêverie, qui la laisse aller au hasard sur mille objets, dont aucun ne l'arrête; et de la distraction, qui l'amuse loin de l'objet qui la doit occuper.

Inattention donne à l'esprit une fécondité surprenante et bien souvent inespérée: c'est peutêtre le plus grand secret de l'art, le plus grand moyen du génie (i). Ce que tout le monde aperçoit d'un coup-d'œil dans la nature n'a rien de piquant dans l'imitation :le charme de celle-ci consiste à nous frapper de mille traits intéressants qui nous avaient échappé; or c'est Yattention qui les saisit, et qui, changée en habitude, distingue le regard pénétrant de l'artiste, du regard distrait, vague et confus de la multitude.

Il n'est pas bien décidé que le poète, dont les peintures vous ravissent par la nouveauté des détails et leur vérité singulière, soit né avec plus

(1) Inter ingenium et diligentiam perpaululùm loci reliquum est arti. (De Orat.)

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