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lait applaudir. C'est de Sophocle, d'Euripide, de Périclès,de Démosthène, qu'elle apprenait à sentir le prix et l'excellence de leur art. Mais si le peuple s'élevait à la hauteur des hommes de génie, ceux-ci, quelquefois, descendaient et s'abaissaient jusqu'au niveau du peuple. C'est une condition que le goût doit subir dans les états républicains. Car lorsqu'il s'agit de remuer une multitude assemblée, si les bienséances y peuvent moins qu'une grossière liberté, les lois du goût doivent dormir, ou se taire pour un moment. Les invectives dont s'accablaient Eschine et Démosthène, ne nous blessent pas moins que les sales plaisanteries et les injures dégoûtantes qu'Aristophane faisait vomir à ses acteurs. Mais ce n'est pas à nous que parlait Démosthène; ce n'est pas nous qu'Aristophane voulait soûle-'ver contre Cléon; l'un et l'autre auraient manqué leur but, si à la place de ces grossièretés, ils avaient mis ou la politesse d'Isocrate, ou l'élégance de Ménandre; et Cicéron savait comme eux ce qu'il faisait, lorsque, pour accabler Antoine, pour dégrader et avilir Pison, il oubliait les bienséances. Le peuple est toujours peuple; et il est des moments où, pour s'en rendre maître, il faut savoir lui ressembler. Catilina prenait toute espèce de mœurs; l'éloquence républicaine prend toute espèce de langage. Il est impossible qu'à Londres un poète comique soit un homme de goût; et un orateur des communes perd son temps s'il s'occupe à l'être.

Il n'en est pas moins vrai que plus l'art en lui-même a de puissants moyens, plus il est dispensé de ces indignes condescendances; et ce sera toujours l'avantage de la haute littérature: car, tandis que les petites choses éprouvent les révolutions des mœurs locales, des modes fugitives, et attendent tout leur succès des convenances du moment, les grandes choses participent de la stabilité des principes de la nature, et de ses rapports éternels.

L'art d'étonner l'imagination, d'élever les esprits, de remuer les ames, d'exciter, d'appaiser les passions du cœur humain, est presque le même aujourd'hui que du temps de Sophocle, et que du temps de Démosthène; au lieu que les frivoles jeux de l'esprit de société sont soumis à tous les caprices d'un goût fantasque et passager.

Chez les Grecs, lorsque l'éloquence devint oiseuse, elle fut vague et vaine. Il y avait parmi les sophistes des hommes de génie, auxquels il ne manquait qu'une tribune, un peuple libre, et un Philippe, un Catilina, un Verrès, pour les émouvoir. La preuve en est que, lorsque l'éloquence, dans ces temps de corruption, rencontra des objets véritablement dignes d'elle, on la vit reprendre aussitôt sa simplicité, sa vigueur et son antique majesté. Je n'en veux pour témoins que Libanius et Thémiste. Ce n'est donc jamais que par l'importance de ses fonctions que l'art est averti de sa dignité naturelle. Si sa propre gloire lui manque, il en cherche une autre, et celle-ci n'est que vanité. Ce fut le vice d'Isocrate, et de tous ceux qui, comme lui, ne s'occupant que du soin de plaire, firent servir à divertir la Grèce, l'art que Périclès et Démosthène employaient à la dominer; et ce que je dis de l'éloquence, je le dis des lettres en général. L'affaire du goût dans les petites choses, c'est la parure; dans les grandes, c'est la décence et une noble simplicité. Dans les arts intellectuels, comme dans les arts mécaniques, tout n'est pas riche par le fond; c'est assez souvent le travail qui fait le prix de la matière; et ce prix est souvent aussi une valeur de convention. Alors ce n'est pas la beauté, mais la singularité du travail qui obtient la faveur de la mode. Au contraire, quand la nature en elle-même a sa beauté, son éclat, sa valeur, comme l'or et le diamant, peu d'industrie la met en œuvre; une forme simple, élégante et régulière lui suffit; et le génie, en produisant une grande pensée, un grand caractère, une situation pathétique, un sentiment sublime et vrai, un mouvement de passion entraînant par sa véhémence , déchirant par son énergie, défend en même temps à l'art de le gâter, et de l'embellir. Le goût consiste alors à respecter l'ouvrage de la nature, et à la laisser se montrer dans sa belle ingénuité. Telle est la différence des productions durables du génie, et des curiosités brillantes et fragiles, qu'on appelle ouvrages de goût.

Mais dans les plus petites choses, la Grèce avait encore le sentiment d'un naturel aimable. Les modèles de la délicatesse se trouvent dan* V Vulhologie; des grâces et de la volupté,dans les poésies d'Vnacréon; de la sensibilité la phi* vive dans l'ode de Sapho, ainsi que dans les élégies que les Latins ont imitées de Mimnerme et de l alluuaquc. Théorrite a quelques détails dont la grossièreté nous blesse; mais il a des peintures d'une unWe touchante, et d'un naturel précieux. Enfin, dès que la comédie cessa d'être satirique et mordante, et qu'au lieu d'irriter le peuple, elle ne voulut que l'instruire en l'amusant, rien ne fut comparable à l'élégance de Ménandre, si l\m eu juge par celle de Térence, qui l'avait, nous dit-on, si fidèlement imité.

Ainsi, dans tous les genres de littérature, les Romains eurent de bons modèles; et s'ils ne furent pas toujours assez heureux pour les atteindre, d* le turent ussc/, pour les surpasser quelqneUn*. t'eva demande quelques réflexions sur les moNCU* lionnes parla nature, d'étendre la sphère vlv* «vis.

\\ vu ent du goût comme des mœurs; ce n'est pM eu nVloiguiuil du naturel que les mœurs se perfectionnent; c'est en le redressant lui-même, VU vvvvujivtuil ce qu'il a d'âpreté, de grossièreté, vlv vuûVws vu lui donnant, s'il a trop de molhfUMti pin* \\* vigueur et de ressort. De même, V-n t.ut, dv *(»df, l'art ne consiste pas à contrarier la nature, mais à l'améliorer, à l'embellir en l'imitant, à faire mieux qu'elle, en faisant comme elle, en suivant ses inclinations, ses directions, ses mouvements, en observant ses révolutions et ses diverses métamorphoses, sur-tout, en choisissant en elle les traits, les formes, les aspects, les accidents où la vérité donne le plus de charme à l'imitation. Je m'explique.

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La vérité, dans les sciences exactes, n'a qu'un point, ou n'a qu'une ligne que doit suivre l'observateur. La vérité, dans les arts d'agréments, a une grande latitude. De-là les différences et les gradations du bien au mieux, du commun à l'exquis, du médiocre à l'excellent, en fait de goût comme en fait de génie.

Une pensée, un sentiment, une image, un tableau, un caractère, une action a de la vérité, toutes les fois qu'on y reconnaît la nature; et telle est, comme je l'ai dit, la vérité que l'on voit exprimée dans l'éloquence des sauvages. Mais le naturel se compose de qualités et d'accidents qui varient selon les âges, les conditions, les climats, les formes de la société, et les plis divers qu'elle donne à l'esprit et au caractère. Ainsi la vérité diffère d'elle-même, non-seulement d'un peuple à l'autre, d'un siècle à l'autre, mais dans le même lieu et dans le même temps, d'un homme à l'autre, et dans le même homme, au gré des passions et des événements. Tout se ressemble au premier coup d'œil; mais bientôt,

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