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Denis, après qu'on lui eut coupé la tête, la porta dans ses mains à deux lieues de distance : Je n'ai pas de peine à le croire, dit-elle: il n'y a que le premier pas qui coûte.

La même ayant ouï dire qu'une femme de sa connaissance avait repris la fantaisie de coucher avec son mari, C'est peut-être, dit-elle, une envie de femme grosse.

Le talent des applications suppose, avec un esprit juste, subtil, et prompt, une mémoire richement meublée. Voilà pourquoi Virgile, que tout le monde sait par cœur dès-l'enfance, est, de tous les auteurs profanes, celui dont on a fait le plus et de plus heureuses applications.

A l'égard des livres saints, on sait l'usage qu'en ont fait la morale et l'éloquence de la chaire. Parmi les applications de ce genre, on cite avec raison le texte de l'oraison funèbre deTurenne, Fleverunt eum omnis turba Israëlplanctu magno, etc. et le texte de l'oraison funèbre du duc et de la duchesse de Bourgogne, où le père de la Rue appliqua si heureusement au désastre de 1712, ce passage de Jérémie. « Pourquoi vous attirez-vous par vos péchés un tel malheur, que de voir enlever par la mort, du milieu de vous, l'époux, l'épouse, et l'enfant au berceau?» Quare facitis malum grande contra animas vestras, ut intereat ex vobis, vir, mulier, et parvulus, de medio Judce.

Les prédicateurs se sont permis souvent de

mutiler, de tronquer les passages qu'ils empruntaient des livres saints, d'en altérer le sens, et quelquefois de leur en donner un tout contraire à l'esprit du texte. Voyez, dans l'article CiTation, de l'Encyclopédie, combien le sens de ces mots multi vocati, pauci vero electi, a été corrompu. Il en est de même du compelle intrare. Un tel abus est de conséquence, et peut servir à consacrer les plus dangereuses erreurs.

Ariette. Air de musique vocale, dont le caractère est la légèreté. Ce mot est nouveau dans notre langue, et quoiqu'il y eût, dans la musique de Lulli, de Mouret, de Campra, quelques morceaux de chant mesuré, d'un mouvement vif et d'un tour agréable, on ne disait point les ariettes mais les airs de Lulli, de Mouret, de Campra. Ce fut lorsqu'on eut quelque idée de la musique italienne, et qu'on essaya d'en imiter les passages brillants, que du mot aria, on fit le mot ariette; et on donna ce nom distinctif aux airs français que l'on croyait composés à l'italienne: ainsi, l'on dit les ariettes de Rameau, les ariettes de Mondonville, l'ariette des Talents lyriques , l'ariette de Pygmalion, l'ariette de Tithon et l'Aurore.

Ce chant léger, qui était la partie de la musique italienne la moins estimable et la plus facile à imiter, fut introduit à l'Opéra-Comique,

et il y eut beaucoup de succès. Le nom d'ariette lui convenait alors plus que jamais; il le retint, et l'on distingua l'ariette et le vaudeville. Mais l'Opéra-Comique ayant pris dans la suite un caractère plus élevé, et les sentiments qui l'animaient l'ayant rendu susceptible d'une musique plus variée, plus expressive, on sentit qu'on pouvait faire mieux que d'y donner à des voix légères des modulations brillantes à exécuter: on fit des chants qui avaient eux-mêmes du caractère et de l'expression; et ce fut alors qu'on s'aperçut, quoi qu'en eût dit Rousseau, que notre langue était susceptible des beautés véritables de la musique italienne. Il eût donc fallu distinguer, dès ce moment, l'ariette qui n'était que brillante, de l'air expressif et passionné. Mais l'usage était établi d'appeler ariette tous les airs de l'OpéraComique; et quoique le goût eût décidé que les chants du Devin de Village étaient des airs, et non des ariettes, parce que le style en était simple et naturel, l'usage prévalut, et conserva le nom Mariette pour tous les airs chantés sur le théâtre où l'ariette avait brillé. Ainsi, l'air de Tom-Jone,

Amour, quelle est donc ta puissance?l'air du Déserteur,

Mourir n'est rien, c'est notre dernière beure .

l'air de Silvain,

Je puis braver les coups du sort,
Mais non pas les regards d'un père:

s'appelèrent des ariettes.

Ce n'est pas tout : lorsque la musique italienne, la plus simple, la plus noble, la plus pathétique, s'est établie sur le théâtre de l'Opéra, ceux qui, par goût, par opinion, par système, ont tâché de la dépriser, ont donné aussi le nom d'ariettes, non - seulement aux airs d'un caractère brillant et léger, mais indistinctement à tous les chants, même aux plus sublimes, aux plus passionnés de ce nouveau genre d'opéra; et de l'idée de légèreté, de frivolité, de comique, originairement attachée au mot d'ariette, ils ont tiré cette induction, que la musique italienne, la musique des ariettes n'était pas digne de la tragédie. On aura cependant quelque peine à croire que l'air de Roland,

Que me veux-tu, monstre effroyable?que l'air d'Atys,

Quel trouble agite mon cœur?que l'air de Cybèle,

Tremblez, ingrats, de me trahir;que l'air d'Oreste,

Cruel! et tu dis que tu m'aimes!et celui de Pylade,

Oreste! au nom de la patrie,

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278 ÉLÉMENTSsoient de cette musique, ou légère ou comique, qu'on appelle ariettes, ou jolis petits airs.

En italien, le mot aria signifie un air en général; ce n'est point un diminutif. Le mot ariette en est un; il faut donc le garder pour l'espèce de chant la plus légère et la moins expressive, et ne pas faire servir l'abus des mots à donner le change aux idées. Voyez Air.

Arlequin. Personnage de la comédie italienne. Le caractère distinctif de l'ancienne comédie italienne est de jouer des ridicules, non pas personnels, mais nationaux. C'est une imitation grotesque des mœurs des différentes villes d'Italie; et chacune d'elles est représentée par un personnage qui est toujours le même. Pantalon est vénitien, le Docteur est bolonais, Scapin est napolitain, et Arlequin est bergamasque. Celui-ci est d'une singularité qui mérite d'être observée, et il a fait long-temps les plaisirs de Paris, joué par trois acteurs célèbres, Dominique, Thomassin, et Carlin. Il est vraisemblable qu'un esclave africain fut le premier modèle de ce personnage. Son caractère est un mélange d'ignorance, de naïveté, d'esprit, de bêtise, et de grâce : c'est une espèce d'homme ébauché, un grand enfant, qui a des lueurs de raison et d'intelligence, et dont toutes les méprises ou les maladresses ont quelque chose de piquant. Le vrai modèle de son jet

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