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et des anciens. Ce serait d'abord, comme nom l'avons dit, de comparer les espaces des temps, de faire voir d'un côté mille ans écoulés, seulement depuis Homère jusqu'à Tacite, et de l'autre côté, tout au plus un ou deux siècles de culture J d'observer ensuite ce qu'un demi-siècle a mis depuis dans la balance. On pourrait dire alors: Voilà ce qu'a donné l'espace de soixante années. Qu'on attende encore quelques siècles; et quand les temps seront égaux, on aura droit de comparer les hommes.

On rapprocherait ensuite les circonstances locales, celles des hommes et des temps. Et combien, du côté de la poésie, comme de l'éloquence et de l'histoire, les modernes n'auraient - ils pas de gloire, d'avoir surmonté tant d'obstacles pour approcher des anciens? Voyez l'article Poésie. C'était ainsi, ce me semble que cette cause devait être plaidée. Si on ne se passionnait que pour la vérité, on serait juste, impartial comme elle : mais on se passionne pour son opinion; et la vanité veut avoir raison, à quelque prix que ce soit.

Le parallèle de Perrault dans la partie des arts, est d'un homme plus éclairé, mais présumant trop de ses forces, ou plutôtdonnant trop à l'adulation. Quand il serait vrai que les modernes auraient égalé les anciens en sculpture, en architecture, la gloire de ces deux arts n'en serait pas moins tout entière ou presque toui sntière à ceux qui, les ayant créés, les ont por;és à un point d'élégance, de correction, de noblesse, digne de servir de modèle. On a beau dire qu'on peut ajouter aux beautés de l'architecture ancienne : cela n'est pas arrivé encore. On a donné plus de hardiesse et de commodité aux édifices, c'est le fruit de l'expérience; mais plus d'élégance et de majesté, non: or c'est là le fruit du génie.

Quant à la peinture et à la musique, il faut savoir douter des prodiges que l'on nous vante, mais ne pas assurer, sur des preuves légères, que ces arts n'étaient qu'au berceau; que les anciens, qui chantaient sur la lyre, ne se doutaient pas des accords; que dans la peinture ils n'avaient ni la magie du clair-obscur, ni l'une et l'autre perspective : ne pas juger d'Athènes d'après Pompéïa; et présumer qu'un peuple, dont les organes étaient si délicats et le goût si fin et si juste, ne se serait point passionné pour ces deux arts, s'ils n'avaient pas pas été à-peu-près de niveau avec ceux où il excellait. Appelles, Timante, Aètion en auraient-ils imposé aux juges de Praxitelle et de Phidias? Une musique faible aurait- elle produit des effets qu'on oserait à peine attribuer à l'éloquence, et fait craindre, même aux plus sages, son influence sur les mœurs et son ascendant sur les lois? Ce préjugé favorable aux anciens, méritait qu'on ne négligeât aucun des avantages du côté des modernes; et l'Italie eût été d'un grand poids dans la balance des beaux-arts. D'où vient donc que Perrault a eu la vanité de n'y faire entrer que l'école française? Il avait fait un mauvais petit poème, dans lequel, pour flatter Louis XIV, il avait opposé son règne à toute l'antiquité. On trouva la louange outrée; il voulut la justifier, et fit un livre où, avec de l'esprit, il s'efforçait d'avoir raison: moyen presque assuré de faire un mauvais livre.

Ainsi lui-même il avait affaibli une cause déjà trop faible, en détachant du parti des modernes tout ce qui n'appartenait pas au règne de Louisle-Grand; et s'il appelle à son secours Malherbe, Pascal, et Corneille, sur-tout l'Arioste et le Tasse, c'est qu'il s'oublie et perd de vue l'objet qu'il s'était proposé.

Mais ce qui l'avait mis encore plus à l'étroit. c'est l'alternative comique à laquelle il était réduit, ou de louer ses adversaires et les amis de ses ennemis, ou de renoncer à tout l'avantage que leurs talents donneraient à sa cause. Racine, Despréaux, Molière, La Fontaine, étaient bien d'autres hommes à opposer aux anciens, que Chapelain et Scudéri. Il eût fallu avoir le courage et la franchise de les louer autant qu'ils méritaient de l'être; et cette vengeance était en même temps la plus noble et la plus adroite qu'il pût tirer d'un injuste mépris.

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Antithèse. Le père Bouhours la compare au mélange des ombres et des jours dans la peinture, et à celui des voix hautes et basses dans la musique. Nulle justesse dans cette comparaison.

Il y a dans le style des oppositions de couleurs, de lumière, et d'ombres, et des diversités de tons, sans aucune antithèse; et souvent il y a antithèse, sans ce mélange de couleurs et de tons.

Uantithèse exprime un rapport d'opposition entre des objets différents; ou, dans un même objet, entre ses qualités, ou ses façons d'être ou d'agir : ainsi, tantôt elle réunit les contraires sous un rapport commun; tantôt elle présente la même chose sous deux rapports contraires. Cette sentence d'Aristote : Pour se passer de société, il faut être un dieu ou une bête brute; ce mot de Phocion à Antipater : Tu ne saurais avoir Phocion pour ami et pour flatteur en même temps; et celui-ci : Pendant la paix, les enfants ensevelissent leurs pères; et pendant la guerre les pères ensevelissent leurs enfants, sont des modèles de l'antithèse.

L'on a dit que peut-être les sujets extrêmement sérieux ne la comportent pas. On a voulu parler, sans doute, de l'antithèse trop soutenue, trop étudiée, trop artistement arrangée; mais l'antithèse passagère et sans affectation, est un tour

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d'esprit et d'expression aussi naturel, aussi noble, aussi sérieux qu'un autre, et convient à tous les sujets.

Quoi de plus noble et de plus naturel que cet éloge de Roscius dans la bouche de Cicéron? Il est si excellent acteur, que vous diriez qu'il est le seul qui ait monter sur le théâtre; il est si honnête homme, que vous diriez qu'il n'y aurait jamais du monter.

La plupart des grandes pensées prennent le tour de l'antithèse, soit pour marquer plus vivement les rapports de différence et d'opposition, soit pour rapprocher les extrêmes.

Caton disait: J'aime mieux ceux qui rougissent que ceux qui pâlissent : cette sentence profonde serait certainement placée dans le discours le plus éloquent. Ecoutez, vous autres jeunes gens, disait Auguste, un vieillard que les vieillards ont bien voulu écouter quand il était jeune: cette antithèse manquerait-elle de gravité dans la bouche même de Nestor? Et cette pensée si juste et si morale : La jeunesse vit d'espérance, la vieillesse vit de souvenir; et ce mot d'Agésilas, tant de fois répété : Ce ne sont pas les places qui honorent les hommes, mais les hommes qui honorent les places; et celui de Dion à Denis, qui parlait mal de Gélon : Respectez la mémoire de ce grand prince : nous nous sommes fiés à vous à cause de lui; mais à cause de vous, nous ne nous fierons à personne; et ce mot d'Agis, en parlant de ses

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