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SUR L'INDIFFÉRENCE

EN MATIÈRE

DE RELIGION.

Impius, cum in profundum venerit.... contemnit.

. . Prov. Ivu, 3.

SECONDE ÉDITION, REVUE ET CORRIGÉE.

TOME PREMIER.

PARIS,
TOURNACHON-MOLIN ET H. SEGUIN,

LIBRAIRES, RUE DE SAVOIE, N°. 6.

DE L'IMPRIMERIE D'AD. LE CLERE, QUAI DES AUGUSTINS.
: : : 1818.

R. 33 832

AVERTISSEMENT.

On se propose de faire paroître, à une époque peu éloignée, la seconde Partie de cet ouvrage. Les circonstances ont déterminé à publier séparément le premier volume; car, dans ce siècle des lumières, tout est de circonstance, les doctrives, les moeurs, les gouvernemens même, et les lois; et les réflexions de la veille sont rarement applicables le lendemain. Quand tout étoit stable , les livres arrivoient toujours à temps. Aujourd'hui il faut se håter, parce que la société elle-même se hâte d'accomplir ses destins; il faut se presser de parler de vérité, d'ordre , de Religion, aux peuples, de peur de ressembler au médecin qui disserteroit sur la vie, près d'un tombeau.

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Le siècle le plus malade n'est pas celui qui se passionne pour l'erreur, mais le siècle qui néglige, qui dédaigne la vérité. Il y a encore de la force, et par conséquent de l'espoir, là où l'on aperçoit de violens transports : mais lorsque tout mouvement est éteint, lorsque le pouls. a cessé de battre, que le froid a gagné le coeur, qu'attendre alors ? qu'une prochaine et inévitable dissolution.

En vain l'on essaieroit de se le dissimuler, la société en Europe s'avance rapidement vers ceterme fatal. Les bruits qui grondent dans son sein, les secousses qui l'ébranlent, ne sont pas le plus effrayant symptôme qu'elle offre à l’observateur : mais cette indifférence lethargique où nous la voyons tomber, ce profond assoupissement, qui l'en tirera? Qui soufflera sur ces ossemens arides

pour les ranimer? Le bien, le mal, l'arbre qui donne la vie et celui qui produit la mort, nourris par le même sol, croissent au milieu des peuples qui, sans lever la tête, passent, étendent la main, et saisissent leurs fruits au hasard. Religion, morale, honneur, devoirs, les principes les plus sacrés comme les plus nobles sentimens, ne sont plus qu'une espèce de rêve, de brillans et légers fantômnes qui se jouent un moment dans le lointain de la pensée, pour disparostre bientôt sans retour. Non, jamais rien de semblable ne s'étoit vu, n'auroit pu même s'imaginer. Il a fallu de longs et persévérans efforts, une lutte infatigable de l'homme contre sa conscience et sa raison, pour parvenir enfin à cette brutale insouciance. Arrêtez un moment vos regards sur ce roi de la création : quel avilissement incompréhensible! Son esprit affaissé n'est à l'aise que dans les ténèbres. Ignorer est sa joie, sa paix, så félicité; il a perdu jusqu'au désir de

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