Obrazy na stronie
PDF

purifier, de réglementer le français, on le gêne, on l'appau-
vrit. Il regrette le vieux langage, avec son « je ne sais quoi »
de court, de naïf, de passionné. Il voudrait ne perdre aucun
mot, en acquérir de nouveaux".
La Fontaine n'a pas besoin d'autorités : si nous rappelons
ici Fénelon, la Bruyère, c'est que dans les passages cités ils
songeaient surtout à lui.
Parmi les mots vieillis, vieillis dès l'époque où il écrivait,
et qui sonnent chez lui comme des mots tout neufs, comme
des mots frappés d'hier, auxquels il restitue du moins toute
leur valeur, nous donnerons les suivants :
Affiner, au sens de jouer, d'attraper quelqu'un par la ruse
(I, 257); affoler, de blesser, meurtrir (V, 374); agnelet, de
petit agneau (III, 32); allégeance, d'allégement (IV, 251; V,
173); pour ramasser, amasser (II, 4o3); pour araignée,
aragne, une fois pour la rime (I, 227), l'autre pour la me-
sure (III, 37); arboriste, pour herboriste (I, 393); ardre,
brûler : « la gorge m'ard » (IV, 135).
Balandras, sorte de manteau (II, 11), « balandran », dit
l'Académie; baller, avec danser (II, 372; IV, 61), d'où la re-
marque juste d'une nuance entre eux ; barbacoles, maîtres
d'école (III, 229); besaciers, porteurs de besace (I, 79); bes-
tion, appliqué deux fois à l'araignée(I, 227; III, 37 et note 12);
bique, la mère chèvre (I, 326), et biquet, le chevreau(I,327);
bonhommeau, de bonhomme (IV, 97); boquillon, bûcheron
(I, 366).
Capuce, capuchon des ordres mendiants (IV, 464); faire
carrousse, s'enivrer (IV, 428); catus, corruption de « cas »,
noise, dispute (V, 416); chaloir à, soucier : « du plaisir ne
me chaut » (IV, 298), « non pourtant qu'il m'en chaille »
(IV, 3o6); charton, pour charretier, qu'on écrivait « chartier »
(II, 27o); chaudeau, mauvais brouet (I, 224); chaumine, une
chaumière, mais pauvre, misérable (I, 1o7); chevalin, cheva-
line : « la bête chevaline » (I, 392) ; chevance, bien, fortune
(I, 345; II, 124; IV, 273; V, 272); chuchillement, murmure,
chuchotement moqueur (V, 458); cloitrier, cloitrière, qui
habite le cloître : « leurs cloîtrières Excellences » (V, 586) ;

1. Lettre à M. Darcier sur les Occupations de l'Académie, $ 3 Projet d'enrichir la langue.

[ocr errors][merged small][ocr errors]

el Piz-el-z-mr-boitant T. 3-1 : elepiner, elepitant III. 259);
croit, Tazgm-tato -- les asneaux de l'année (I, 316 : VI,
284 : =ider. s imaginer. croire, mais croire à tort (I, 3o7o ;
core-so-ci- sein de I. 2o2 -
Ded== - tous les plaisirs. surtout ceux de l'amour (I, 3i5;
IV. 233. 31S : V. 512. 515 : duire. convenir à (II, 436),
réussir à VI. 43 : diment, dans les formes voulues (V, 132,
213: VI. 35, 1o5 -
S'ejouir. Pour seréjouir I. 352 : empenné, empennée, « une
fèche empennée », une flèche garnie de plumes (I, 144 : au
lieu de - commencée », et sans que la mesure l'exige aucune-
ment, - la chose encommencée » (IV, 162); encontre, plus an-
cien que « contre » IV, 372; V, 316 : encorné, dit du bouc :
• des plus haut encornés » (I, 217): endenté, d'ordinaire
é de I'adverbe bien : « chiens, chevaux et valets,

tous gens bien endentés » (I, 278); enfançon, jeune enfant

(V, 165 : enger, acception primitive, engrosser : « il les

de petits Mazillons » (IV, 5o6); étrif, querelle, lutte

(IV, 282 : VIII, 442).
Frairie, partie de bonne chère (I, 229); friponneau, de

fripon; comparez bonhommeau (IV, 92); frisque, leste, frin-

gant (IV, 189 ; VII, 124).

Galer, de gale : gratter, et, par extension, frapper,

battre, rosser (V, 37o); galoise, galante, gaillarde (V, 64);

gars, masculin de garse (IV, 53, 521 ; V, 212, 344); géni-

ture, progéniture (I, 33o, 422 ; II, 291, 357, V, 33); gent,

gente, gentil, gentille (V, 3o7, 538; VI, 128); gésine, être en

gésine, venir de mettre bas (I, 221); guerdonner, de guer-

don, récompenser, payer (V, 53o; VIII, 276).

Habitacle, demeure, repaire (VI, 162); hoquet, empêche-

ment, obstacle, cahot, choc (I, 371); hui, pour aujourd'hui

(V, 36,38, 59, 372, 397).

Illec, ici (IV, 1 1 1).

Languard, languarde, bavard, mauvaise langue (IV, 283);

léans, là, là dedans (IV, 489; V, 3o, 399, 4o1, 4o5, 411);

lie, d'où le mot liesse, vieux qualificatif, ne se joint plus

qu'à chère, chère lie, bonne chère (I, 251; II, 176); los,

gloire, renommée (VI, 89, 1o4; III, 193); louchet, sorte de

1. Le mot fait, il est vrai, partie d'un proverbe où se trouve aussi le
verbe engeigner, décevoir, abuser, tromper.

bêche (V, 487); louvat et louveteau, diminutifs de loup
(I, 24o); luiton, luton, lutin (V, 557).
Mafflu,joufflu et gros (I, 252); marjolet, freluquet, muguet,

jeune galant (V, 532); mâtineau, de mâtin : comparez fri-

ponneau (II, 3o5); mécroire, ne pas croire (IV, 396; VI, 58);

mégnie, maison, famille (VI, 56); mingrelet, maigrelet, dé-

charné et malingre (V, 357); moinillon, petit moine (IV, 2oo,

5o6); moutier, église ou monastère (IV, 324; V, 111, 217);

moutonnaille : « le monde est franche moutonnaille » (V,

3o2); moutonnier, moutonnière : « la moutonnière créature »

(I, 179), et « âme moutonnière » (V, 3o3); mugot, argent

« muché, mussé », caché (IV, 14o).
Nagée, ce qu'un nageur parcourt, gagne d'espace à cha-
que brassée (I, 159) ; nenni, nenni da, non (I, 66; IV, 486);
nice, niais, niaise (IV, 159); nivellerie, vétille, niveler, nive-
lier (IX, 273); nomenclateur, celui qui nomme (V, 342);
nonnette, de nonne, très jeune nonnain (V, 312, 419, 529).
Oisillon, d'oiseau (I, 82, 83, 84; II, 5o); ost, armée :

« l'ost des Grecs » (III, 112), « l'ost au peuple bêlant » (III,

235), « avoir charge de l'ost » (V, 146), « l'ost aux têtes

sacrilèges » (VIII, 397).

Panacée, prétendu remède universel (VI, 318); panetière,

le sac à pain (III, 52); parangon, modèle, idéal (III, 257 ; V,

343); parentèle, du latin parentela, parenté, consanguinité

(V, 392); partir, faire des parts, partager, répartir (IV, 273);

pauvret, diminutif (III, 323); penaille, de penis, d'où pe-

nard, « vieux penard » (IV, 199, 348); phébé, « tout le

phébé », le phébus, le mystère (V, 298); piaffe, braverie, ici

en vêtements (IV, 287); plumail, touffe de plumes, plumet à

la coiffure (I, 288); poulaille, pour volaille : comparez mou-

tonnaille (III, 11o); pourchas, recherche amoureuse (IV, 88);

« sa préciosité » dit d'une précieuse et de son caractère (II,

117); « se prélassant », d'un âne, marchant comme un prélat

(I, 2o3); prou de, beaucoup de (IV, 86), prou seul, profit

(IV, 136); provende, nourriture, provision de bouche (I,33o);

pythonisse, devineresse (II, 179).

Pour quatrième, quart (I, 97; IV, 138); rais, rayons de la

lune (VI, 242), et ceux des roues d'un char (VIII, 495); rate,

le rat femelle (III, 354); remembrance, mémoire, souvenir

Sagette, flèche d'arc (II, 35o); semondre, d'où semonce (IV, 259), inviter, convier (I, 387; VIII, 3oo); de se solacier (V, 369), soulas, soulagement, le plaisir, quel qu'il soit, mais plutôt de la chair (IV, 62, 322); pour sourire, souris (III, 275; IV, 8o ; V, 147); sycophante, « trompeur », dit la Fontaine en note (I, 21 1). Taupinée, taupinière (II, 253); testonner, ajuster la tête (I, 1 1o); tiers, troisième : voyez quart (IV, 138); touret, petite roue, et rouet à filer (I, 382); aussi touret de nez, sorte de masque ancien (V, 148). Volereau, de voleur : comparez mâtineau (I, 18o). A ce relevé d'archaïsmes, dont beaucoup, condamnés au début par l'Académie", ont depuis trouvé grâce, peu à peu, devant elle, voici d'autres termes à joindre, après quelque explication. Il peut en effet sembler qu'au lieu de les ranger parmi les archaïsmes, à leur suite du moins, il convient de voir en eux de purs néologismes, dont l'invention est de la Fontaine, car nous ne les avons rencontrés avant lui nulle part. Mais tâchons d'éviter les mésaventures de maints et maints eritiques un peu prompts. Tel le P. Bouhours, qui écrivait bravement* : « Le public est si jaloux de son autorité qu'il ne veut la partager avec personne; et c'est peut-être pour cela qu'il rebute d'ordinaire les mots dont un particulier se déclare l'inventeur ou le patron. Témoin l'esclavitude et l'insidieux de M. de Malherbe; le plumeux de M. Desmarets; l'impardonnable de M. Segrais; l'invaincu et l'offenseur de M. Corneille. » On lui prouva que pas un de ces mots, pas un sur six 'il invoquait, n'avait été créé par Malherbe, non plus que par Corneille, Desmarets ou Segrais; que Malherbe n'a pas même esclavitude; qu'insidieux est dans Nicot; plumeux chez d'Aubigné; impardonnable chez Froissart; offenseur, invaincu, chez Garnier et chez bien d'autres. A Corneille* du reste, on le sait, ce ne sont pas deux mots seulement qu'on a attribués, mais toute une lignée dont il

1. 1694 : elle ne les a pas, ou elle les dit hors d'usage.

2. Doutes sur la langue françoise, p. 5o.

3. Aimé Martin, Étude de la langue de Corneille, OEuvres, édition Lefèvre, tome I, p. xI

n'est point le père : punisseur, qui se lit chez le même Garnier; exorable, qu'Oudin, dès l'an 16o7, insère en son « Thresor », ainsi qu'impénétrable, et que dextérité, captieux, qu'écrivait Juvénal des Ursins; et combien d'autres que nous ne citons pas !

La Fontaine n'a point échappé à ces méprises, à ces bévues des commentateurs. On a voulu longtemps qu'il eût créé poulaille, rate, nivellerie, bestion, moutonnier. C'est de Villon et Rabelais qu'il a pris moutonnier; Oudin, dans ses « Recherches italiennes », donne nivellerie; rate est chez Marot; bestion, chez Philibert Delorme; et poulaille, partout".

Aussi n'est-ce point sans les plus expresses restrictions que nous transcrivons les douze mots suivants, que nous n'avons trouvés avant lui chez personne, mais qu'il a bien pu emprunter comme les précédents :

Aguimpées blanchement, en parlant de nonnains dans leur guimpe coquette (IV, 488); de dauber, les daubeurs (II, 226); émoucheur, d'émoucher, chasser, tuer les mouches (II, 262); s'encorneter, au sens de mettre une cornette (IV, 92); enquinauder, tromper, jouer, ensorceler, de Quinault et quinaud (IX, 174); camarade épongier, l'âne chargé d'éponges(I, 159); grimaceries, grimaces (II, 2o); huissière, préposée à l'huis (VI, 327) :

Deux portes sont au cœur; chacune a sa valvule.
Le sang, source de vie, est par l'une introduit ;
L'autre huissière permet qu'il sorte et qu'il circule ;

le pondeur, un mâle qui pondrait (II, 24o); pour les permutants, permuteurs (V, 329); d'un rat « la rateuse seigneurie » (III, 352); « peuple souriquois », les souris (I, 281). Dans la catégorie rentrent trois féminins formés des noms aiglon, escarbot, marcassin, féminins employés, non point comme noms eux-mêmes, mais adjectivement, aiglonne et marcassine, qualifiant la « gent », escarbote la « race » : « quand la race escarbote est en quartier d'hiver » (I, 153); « la gent marcassine et.... la gent aiglonne » (I, 222)".

1. Comparez M. Marty-Laveaux, Essai sur la langue de la Fontaine, p. 37-42.

2. Rapprochez ci-dessus, p. vmI, « la moutonnière créature », « âme moutonnière »; et, quoique notre poète n'ait fait que d'en varier l'usage

« PoprzedniaDalej »