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ARG I R E.
Vous rendez quelque vie à ce coeur abatu.
Eh ! qui pour nous défendre entrera dans la lice?
Nous sommes en horreur, on est glacé d'effroi ;
Qui daignera me tendre une main protectrice?
Je n'ose m'en flater : – qui combattra ?
TANCRE DE.

Qui ? moi,
Moi, dis-je ; & fi le ciel féconde ma vaillance,
Je demande de vous, Seigneur, pour récompense ,
De partir à l'instant sans être retenu ,
Sans voir Aménaïde, & sans être connu.

ARG I R E.

Ah! Seigneur , c'est le ciel, c’est Dieu qui vous envoye.
Mon cæur triste & flétri ne peut goûter de joie ; ;
Mais je sens que j'expire avec moins de douleur.
Ah ! ne puis-je sçavoir à qui, dans mon malheur,
Je dois tant de respect & de reconnaissance ?
Tout annonce à mes yeux vôtre haute naissance.
Hélas ! qui vois-je en vous ?

TANCRED E.

Vous voyez un vengeur.

D 3

SCENE

S CE N E V.

ORBASSAN, ARGIRE, TANCREDE,

Chevaliers , Suite.

ORBASSAN (à Argire.)

L

'Etat est en danger , songeons à lui, Seigneur.

Nous prétendions demain sortir de nos murailles
Nous sommes prévenus. Ceux qui nous ont trahis ,
Sans doute avertissaient nos cruels ennemis.
Solamir veut tenter le destin des batailles ;
Nous marcherons à lui. Vous , si vous n'en croyez ,
Dérobez à vos yeux un spectacle funeste ,
Insuportable , horrible à nos sens effrayés.

ARGIR E.

Il suffit , Orbassan ; tout l'espoir qui me reste ,
C'est d'aller expirer au milieu des combats.

(montrant Tancrède.)
Ce brave Chevalier y guidera mes pas ;
Et malgré les horreurs dont ma race est fétrie ,
Je périrai du moins en servant ma patrie.

ORBA S S A N.

Des feritimens si grands sont bien dignes de vous.
Allez , aux Musulmans portez vos derniers coups.
Mais, avant tout , fuyez cet appareil barbare,

Si
peu
fait

pour vos yeux, & déja qu'on prépare ; On approche.

ARGIRE.

Ah ! grand Dieu !

ORBA S S A N.

Les regards paternels
Doivent se détourner de ces objets cruels.
Ma place me retient, & mon devoir sévère
Veut qu'ici je contienne un peuple téméraire ;
L'inexorable loi ne fait rien ménager :
Toute horrible qu'elle est, je la dois protéger.
Mais vous qui n'avez point cet affreux ministère,
Qui peut vous retenir ? & qui peut vous forcer
A voir couler le sang que la loi va verser?
On vient, éloignez vous.
TANCREDE ( à Argire.)

Non, demeurez , mon père,

OR BASS A N.

Eh qui donc êtes-vous ?

TA NCR E D E.

Votre ennemi, Seigneur, L'ami de ce vieillard, peut-être son vengeur , Peut-être autant que vous à l'Etat nécessaire.

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SCENE VI.

La Scène s'ouvre, on voit AMENAIDE au milieu des

Gardes; les Chevaliers , le peuple remplissant la place.

AKG I RE ( à Tarrcrède. )

Genéreus

Enéreux inconnu , daignez me soutenir ; Cachez moi ces objets, --c'est ma fille elle-même,

T A N CR E D E.

Quels momens pour tous trois !

A M E N A { D E.

O justice suprême !
Toi qui vois le passé, le présent , l'avenir,
Tu lis seule en mon cæur, toi seule es équitable.
Des profanes humains la foule impitoyable
Parle & juge en aveugle , & condamne au hazard.

Chevaliers , citoyens , vous qui tous avez part
Au fanguinaire arrèt porté contre ma vie ,
Ce n'est pas devant vous que je me justifie.
Que ce ciel qui m'entend, juge entre vous & moi.
Organes odieux d'un jugement inique ,
Oui, je vous outrageais, j'ai trahi vôtre loi ;
Je l'avais en horreur , elle était tyrannique.
Oui, j'offensais un père , il a forcé mes veux.
J'offensais Orbaisan, qui fier & rigoureux ,

Préten

Prétendait sur mon ame une injuste puissance.
Citoyens, si la mort est dûe à mon offense,
Frapez ; mais écoutez; fachez tout mon malheur.
Qui va répondre à Dieu , parle aux hommes faiis pcur.
Et vous, mon père, & vous , témoin de mon suplice,
Qui ne deviez pas l'être , & de qui la justice

( apercevant Tancrède.)
Aurait pû... Ciel! ô ciel ! qui vois-je à ses côtés ?
Est-ce lui ? je me meurs.

(elle tombe évanouïe entre les gardes.)

TANCREDE.

Ah ! ma seule présence
Est pour elle un reproche ! il n'importe , -- arrêtez ,
Ministres de la mort , suspendez la vengeance ;
Arrêtez, citoyens , j'entreprends sa défense,
Je suis son Chevalier. Ce père infortuné
Prêt à mourir comme elle, & non moins condamné,
Daigne avouer mon bras propice à l'innocence.
Que la seule valeur rende ici des arrêts ,
Des dignes Chevaliers c'est le plus beau partage.
Que l'on ouvre la lice à l'honneur , au courage;
Que les juges du camp fassent tous les apprêts.
Toi , superbe Orbassan, c'est toi que je défie;
Vien mourir de mes mains , ou m'arracher la vie.
Tes exploits & ton nom ne sont pas fans éclat ;
Tu commandes ici, je veux t'en croire digue:
Je jette devant toi le gage du combat.

(il jette

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