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Je suis têtu ; je veux que tout se parle
A mon plaisir, suivant mes volontés ;
Car je suis riche. - Or beau-père , écoutez ;
Pour honorer en moi mon mariage,
Je me décraffe , & j'achète au bailliage
L'emploi brillant de receveur royal
Dans le grenier à sel ; ça n'est pas mal,
Mon fils fera conseiller ; & ma fille
Relévera quelque noble famille.
Mes petits-fils deviendront présidens.
De Monseigneur un jour les descendans
Feront leur cour aux miens : & quand j'y pense,
Je me rengorge, & me quarre d'avance.

D I G N A N T.

Quarre toi bien; mais songe qu'à présent
On ne peut rien sans le consentement
De Monseigneur ; il est encor ton maître.

M A T U RI N.

Et pourquoi ça ?

DIGNAN T.

Mais, c'est que ça doit être, A tous seigneurs tous honneurs.

COLETTE ( à Maturin. )

Oui, vilain.

Il t'en cuira , je t'en répons.

Μ Α Τ Ο RI N.

Voisil,
Notre Baillif ta donné fa folie.
Eh ! dis-moi donc, s'il prend en fantaisie
A Monseigneur d'avoir femme au logis ,
A-t-il besoin de prendre ton avis ?

DI G N AN T.

C'est différent : je fus fon domestique
De père en fils dans cette terre antique.
Je suis né pauvre, & je deviens cassé.
Le peu d'argent que j'avais amaffé
Fut employé pour élever Acante.
Notre Baillif dit qu'elle est fort savante,
Et qu'entre nous, son éducation
Eft au dessus de fa condition.
C'est ce qui fait que ma seconde épouse ;)
Sa belle-mère, est fachée & jalouse
Et la maltraite, & me maltraite ausfi.
De tout cela je suis fort en fouci.
Je voudrais bien te donner cette fille ,
Mais je ne puis établir ma famille

Sans

Sans Monseigneur ; je vis de ses bontés,
Je lui dois tout ; j'atens ses volontés ;
Sans son aveu nous ne pouvons rien faire.

A C Α Ν Τ Ε.

Ah! croyez-vous qu'il le donne, mon père ?

C Ο Ι Ε Τ Τ Ε.

Eh bien, fripon, tu crois que tu l'auras?
Moi je te dis que tu ne l'auras pas.

M A TUR I N.

Tout le monde est contre moi, ça m'irrite.

S CE NE V.

Les Acteurs précédens, Madame BERTHE.

MATURIN (à Berthe qui arrive.)

MA

A belle-mère, arrivez , venez vite.
Vous n'êtes plus la maitresse au logis.
Chacun rebèque, & je vous avertis ,
Que si la chose en cet état demeure,
Si je ne suis marié tout-à l'heure,
Je ne le ferai point, tout est fini,

Tout est rompu,

BER

B E R T H E.

Qui m'a désobéi ? Qui contredit , s'il vous plait , quand j'ordonne? Serait-ce vous, mon mari ? vous ?

DI G N AN T.

Personnes Nous n'avons garde ; & Maturin veut bien Prendre ma fille à peu près avec rien ; J'en suis content; & je dois me promettre Que Monseigneur daignera le permettre.

B E R T H E.

Alicz , ailez , épargnez vous ce soin ;
Celt de inoi seule ici qu'on a besoin ;
Et quand la chose une fois fera faite ,
Il faudra bien, mia foi , qu'il la permette,

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Mais il faut suivre ce que je dis.
Je ne veux plus souffrir dans mon logis,
A mes dépens, une fille indolente,
QL ne fait rien, de rien ne se tourmente ,
Qui s'imagine avoir de la beauté,
Pour être en droit d'avoir de la fierté.

Made

Mademoiselle avec fa froide mine,
Ne daigne pas aider à la cuisine ;
Elle se mire , ajuste fon chignon ,
Fredonne un air en brodant un jupon ,
Ne parle point, & le soir en cachette
Lit des romans que le Baillif lui prête.
Eh bien voyez, elle ne répond rien.
Je me repens de lui faire du bien.
Elle est muette ainsi qu'une pécore.

M A T U RI N.

Ah c'est tout jeune, & ça n'a pas encore L'esprit formé; ça vient avec le tems.

DIGNAN T.

Ma bonne, il faut quelques ménagemens
Pour une fille ; elles ont d'ordinaire
De l'embarras dans cette grande affaire;
C'est modestie, & pudeur que cela.
Comme elle , enfin, vous passates par là
Je m'en souviens, vous étiez fort reyèche.

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B E R T H E.

Eh! finissons. Allons, qu'on se dépêche : Quels sots propos! Suivez moi promtement Chez le Baillif.

CO

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