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PRÉCURSEUR ET INITIATEUR

DE L'ESPRIT MODERNE

l'Ai»

H. DURAND DE LAUR

ANCIEN PROFESSEUR DE RULTORTQUE AU LYCEE DE VERSAILLES

Les esprits libres et généreux aiment
à fifre instruits; ils ne feulent pas être
contraints.

[lettre é'émimi à Un X.)

II

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PARIS

Librairie académique

DIDIER ET C">, LIBRAIRES-ÉDITEURS

35, Ol'A! DES ACOTSTINJ, 35

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PA

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Érasme a indiqué lui-même dans une lettre la nature et le but de son œuvre. « Voici en résumé, dit-il (1), ce que j'ai toujours fait par mes livres. J'élève courageusement la voix contre les guerres que nous voyons, depuis tant d'années déjà, ébranler la chrétienté presque tout entière. — La théologie s'était trop laissée aller aux arguties sophistiques; je me suis efforcé de la rappeler aux sources et à l'antique simplicité. — Nous nous sommes appliqué à rendre leur premier éclat aux auteurs sacrés où sont puisées d'une manière plus vive les choses que certains lisent par extraits, ou, pour mieux dire, par lambeaux. — J'ai appris aux lettres, auparavant presque païennes, à parler du Christ, sonare Christum.

J'ai aidé, selon mes forces, les langues recommençant à

fleurir. — J'ai censuré les jugements des hommes la plupart

(1) Lettre au franciscain Jean Gache, t. III, p. U27.

du temps bizarres. — J'ai réveillé le monde qui s'endormait dans des cérémonies presque judaïques, et je l'ai appelé à un christianisme plus pur, sans pourtant jamais condamner les cérémonies de l'Eglise, mais en montrant ce qui est préférable. » Cette œuvre qu'Érasme résume un peu confusément, mais avec assez d'exactitude, nous allons l'étudier successivement dans ses diverses parties, pour mieux l'embrasser tout entière.

CHAPITRE PREMIER

Erasme réformateur de l'éducation. — A l'enseignement scolastiquc et barbare, il substitue l'enseignement littéraire et classique.

I

Vers la fin du xvc siècle, l'éducation était encore barbare dans l'occident et le nord de l'Europe. Elle l'était par le régime dur et souvent malsain auquel on soumettait l'enfance. Elle l'était aussi par les méthodes arides et rebutantes d'enseignement qui étouffaient le naturel. On connaît le tableau qu'Érasme a tracé de la vie rude que l'on menait à Paris au collége de Montaigu (1). Plus tard, Rabelais n'en parlait pas mieux. On lit dans Gargantua (2) : « Ce que voyant Grandgousier, son père, pensoyt que feussent poulx, et luy dist : Dea, mon bon filz, nous as-tu appourté iusques icy des esparuiers de Montagu? le nentendoys que la tu feisses résidence. Adoncques Ponocrates respondist : Seigneur, ne pensez que ie laye miz on colliege de pouillerye quon nomme Montagu : mieulx leusse voulu mettre entre les guenaulx de sainct Innocent (3), pour lenorme cruaulté et villennye que iy ay congneu. Car trop mieulx sont traictez les forcez entre les Maures et Tartares, les meurtriers en la prison criminelle,

(1) V. t« vol., p. 22 et suiv.

(2) Livre I, ch. xxxvn, cité par M. Nisard.

(3) Gueux qui se tenaient au cimetière des Innocente.

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