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Dès lors il doit conférer les manuscrits, faire disparaître les fautes que l'ignorance ou la témérité des copistes peuvent y avoir introduites; et pour que ce travail de correction soit bien fait, il ne suffit pas de comparer entre eux les manuscrits latins, il faut s'aider des textes grecs ou hébreux pour reconnaître la vraie leçon. Il convient aussi de consulter les citations des anciens interprètes, leurs corrections, leurs commentaires. Le texte de la Vulgate ainsi restitué, pour en bien saisir le sens, il est nécessaire de le rapprocher du texte grec ou hébreu, rétabli lui-même autant que possible dans son intégrité, afin qu'ils deviennent clairs et lumineux l'un par l'autre. Il faut enfin expliquer les passages obscurs ou ambigus, ainsi que les figures qui se rencontrent si fréquemment dans le style biblique.

On voit quel travail de critique grammaticale Érasme impose au théologien qui veut étudier à fond le texte sacré; mais ce travail n'est pas encore la plus difficile partie de sa tâche. Il doit examiner l'authenticité des livres saints, rechercher leur origine historique, les suivre à travers les siècles, se mettre en garde contre les interpolations, les retranchements et les altérations de tout genre, d'autant plus à craindre que le texte est le fondement d'une doctrine de religion et de foi, résoudre toutes les questions d'histoire, de géographie, de chronologie, qui peuvent se présenter dans les Écritures, concilier ou expliquer les différences et les oppositions apparentes ou réelles qui se trouvent non plus dans les copies diverses d'un même texte, mais dans les différents livres dont se composent les deux Testaments. Telle est la tâche compliquée, ardue, périlleuse, qui s'impose au théologien dans la carrière où Érasme l'appelle ; telle est l'exégèse biblique envisagée sous ses divers points de vue; telle est la science que la critique moderne a poursuivie et où la studieuse Allemagne a porté son érudition si vaste et son audacieuse liberté d'investigation. Érasme en est le véritable fondateur dans le monde moderne, au moins pour ce qui re

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garde le Nouveau Testament, où la connaissance de l'hébreu était moins nécessaire (1).

Son ouvrage est assurément fort défectueux dans le fond comme dans la forme. On y trouve beaucoup d'observations vulgaires, futiles, superflues, indignes de la majesté de l'@uvre et du grand nom de l'auteur. Il y a même des erreurs grossières qui ont été durement relevées. On sent qu'il est le fruit de lectures faites à la hâte et mal digérées. On y chercherait en vain cette sobriété, ce choix, cette méthode sévère, ce tact judicieux, qui font la perfection de la critique. Tranchons le mot : il y a du fatras dans les Annotations du Nouveau Testament, comme il y en a dans beaucoup de livres, d'ailleurs fort savants, qui nous viennent d'outre-Rhin. Mais il ne faut pas oublier, en appréciant l'oeuvre d'Érasme, qu'il a frayé la route. Le premier, il a embrassé dans ses recherches l'ensemble des questions que l'exégèse biblique peut se proposer. Il a fait preuve d'une prodigieuse lecture. Hardi quelquefois jusqu'à la témérité, il a ouvert à la critique des horizons inconnus et jeté en passant une foule d'idées nouvelles. En un mot, il a montré partout un esprit libre, chercheur, pénétrant, ne voulant se reposer qu'au sein de la lumière et de l'évidence.

Toutefois Érasme n'est pas le premier savant de la Renaissance qui ait publié un ouvrage de critique sur le Nouveau Testament. Sans remonter jusqu'à Nicolas de Lyra qui, vers la fin du moyen âge, avait écrit sur les évangiles et les épitres de saint Paul (2), Laurent Valla, en Italie, Jacques Le

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· (1) Reuchlin a fondé l'exégèse de l'Ancien Testament, comme Érasme celle du Nouveau. Chez les anciens, Origène et saint Jérôme furent les créateurs de cette science. Pour faire excuser la hardiesse de son entreprise, le chef de la Renaissance rappelait la distinction établie par saint Jérôme entre l'interprète inspiré, propheta, qui explique le sens spirituel et mystique, et le simple traducteur qui cherche le sens littéral avec le secours de la science des langues. Toutefois ces deux fonctious peuvent être liées l'une à l'autre.

(2) Moins dépourvu de science que de littérature, il avait changé aussi beaucoup de choses dans l'Ancien Testament, d'après les livres des Juifs,

febvre, en France, l'avaient précédé sur ce terrain. Il connaissait les Annotations de Valla qui furent publiées à Paris par ses soins avec une préface dont il était l'auteur; mais il affirme avoir ignoré que Lefebvre préparait ses Commentaires sur les Épîtres de saint Paul, quoiqu'ils fussent liés et qu'ils eussent entrepris en même temps un travail analogue.

Il avait beaucoup d'estime pour l'ouvrage de Valla, qui avait comparé avec les textes latins quelques manuscrits grecs d'une haute antiquité et d'une grande correction, ainsi que l'Ancien Testament, et avait indiqué par quelques annotations ce qui était en désaccord, ce qui avait été mal rendu par le traducteur latin, ce qui était plus net et plus expressif dans le grec, enfin ce qui semblait altéré dans le texte reçu. Mais il voyait en lui un lettré plutôt qu'un théologien. Il se séparait de son sentiment en quelques endroits, et particulièrement sur certains points qui touchaient à la théologie. Il faisait de même à l'égard de Lefebvre. Au reste leur entreprise n'était pas la même. Valla n'avait annoté qu'un petit nombre d'endroits en courant et, pour ainsi parler, d'un tour de bras; c'étaient ceux où les manuscrits latins étaient en désaccord avec les textes grecs, ou qui ne présentaient pas un sens satisfaisant. Lefebvre n'avait publié des commentaires que sur les Épîtres de saint Paul qu'il avait traduites à sa façon. Érasme donna une version latine de tout le Nouveau Testament d'après les livres grecs, mettant l'original en regard de sa traduction, pour qu'il fût aisé à chacun de comparer,

Il déclarait avoir revu le texte de la Vulgate avec un soin scrupuleux. Il l'avait conféré avec le texte grec, auquel conseillaient de recourir, comme à la source, non-seulement les exemples de théologiens illustres, mais aussi les avis tant de fois répétés de saint Jérôme et de saint Augustin, ainsi que les décrets des pontifes. Il l'avait ensuite comparé avec des manuscrits latins, remontant à une époque très reculée : un manuscrit des Évangiles extrêmement ancien de la bibliothèque de Constance, communiqué par le chanoine Botzemus; deux manuscrits, procurés par Colet, doyen de SaintPaul à Londres, d'une écriture si vieille que, pour la déchiffrer, il avait dû apprendre de nouveau à lire comme un enfant; un manuscrit appartenant à Marguerite, tante de Charles V, écrit en beaux caractères dorés et tout recouvert d'or, cité souvent sous le nom de manuscrit de Malines; puis quelques autres d'une prodigieuse antiquité, trouvés au Collége de Saint-Donatien, à Bruges. Quelques-uns, d'après leur titre, avaient plus de huit cents ans ; l'un contenait tout le Nouveau Testament; un autre plus vieux encore, très usé, mutilé et tronqué, n'avait que l'Epître aux Romains, les Epîtres de saint Jacques, de saint Jude et de saint Jean.

Erasme avait eu aussi sous les yeux un manuscrit d'une grande correction, propriété du collége de Corsendonck, sans compter ceux que les frères Amerbach avaient mis à sa disposition. Il avait donc fait certaines corrections, non d'après les rêves de son esprit, comme il disait, mais sur la foi de ces manuscrits et d'autres encore. Enfin il avait confronté le texte de la Vulgate avec les passages cités, corrigés ou expliqués par les auteurs les plus approuvés, Origène, saint Basile, saint Chrysostome, saint Cyrille, saint Jérôme, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Augustin, Théophylacte et Bède le Vénérable. Il avait rapporté en plusieurs endroits leur témoignage pour montrer l'accord de ses corrections avec leur manière de juger et inspirer confiance au lecteur à l'égard des passages que les anciens docteurs n'avaient pas commentés. Mais songeant que la nouveauté déplaît d'ordinaire, surtout dans la science, et réfléchissant aussi combien il est plus facile d'altérer les textes quand ils sont purs, que de les corriger quand ils sont corrompus, il avait ajouté des notes pour indiquer aux lecteurs les motifs de ses corrections, dissiper leurs défiances et empêcher les altérations futures d'un texte qui avait coûté tant d'efforts et de peine pour être rétabli dans un état de pureté relative.

Ainsi, là où il l'avait trouvé corrompu, soit par la négligence et l'ignorance des copistes, soit par l'injure du temps, il avait restitué la leçon véritable en appelant à son aide tous les moyens d'investigation. Il avait éclairci ce qui était obscur, expliqué ce qui était ambigu ou embarrassé. Là où la variété des leçons, la différence de ponctuation, l'ambiguïté même du langage, faisaient naître des sens différents, il les avait exposés, montrant celui qui semblait le plus probable et laissant le reste à la décision du lecteur.

Tout en ne se séparant qu'à regret de la version consacrée par le temps et l'usage, là où l'évidence attestait que le traducteur avait sommeillé ou qu'il s'était mépris, il n'avait pas craint de le marquer, défendant la vérité sans faire injure à personne. Il avait écarté les solécismes manifestes et monstrueux. Il avait recherché la correction et la pureté, mais sans altérer la simplicité du langage évangélique ou apostolique. « Dieu, disait-il, ne s'offense pas des solécismes; mais il n'en est pas charmé non plus. Il hait une éloquence orgueilleuse, j'en conviens, mais bien plus encore une barbarie superhe et arrogante. » Toutes les fois que le grec présentait un idiotisme, ou avait une force expressive qui importait aux mystères de la religion, il n'avait pas négligé de l'indiquer et de l'expliquer. Quant aux citations de l'Ancien Testament qui étaient nombreuses et qui avaient été prises ou dans la version des Septante, ou dans les livres hébreux, il avait conféré les deux textes là où ils n'étaient pas d'accord et avait examiné ces différences. Mais comme il n'avait pas une connaissance suffisante de l'hébreu pour juger par lui-même avec autorité, il avait emprunté le secours d'un ami, du savant Ecolampade, qu'il appelait son Thésée.

Il n'ignorait point que ces menues choses, véritables épines de la science, coûtaient plus de peine qu'elles ne rapportaient de gloire, que ce genre de travail n'obtenait guère la reconnaissance du public et que le lecteur en retirait plus de profit que de plaisir. « Ce sont, disait-il, de bien petits détails; mais

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