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sans avoir rien de théâtral et d'affecté. Ainsi il serait ridicule de vouloir exprimer les onomalopées par le son de la voix. Quelquefois cependant on pourra les accompagner d'une légère modification de la voix et du geste. Il convient que la voix soit douce plutôt que notablement éclatante. Il ne faut pas que l'on puisse dire du prédicateur, comme de ce parleur à la voix retentissante : « Si tu parles, tu chantes; si tu chantes, tu chantes mal.

« Quelques-uns usent d'un effort perpétuel de la voix. Cicéron avoue que dans le principe il était assez près de ce défaut. Certains prédicateurs prétendent reproduire le Stentor d'Homère et disent imiter saint Dominique qui se faisait entendre à la distance de sept milles espagnols, beaucoup plus courts, il est vrai, que ceux des Allemands. Ils ne pèchent pas moins, ceux qui de temps en temps élèvent tout à coup la voix et l'abaissent tout à coup, lorsque les paroles en ellesmêmes n'ont aucune véhémence. Cela ressemble à de la folie. Les gens sensés qui voient que ces cris ne partent point du coeur, ne sont pas émus; ils sont choqués plutôt. La voix qui touche est celle qui vient du caur vivement ému, surtout si elle est aidée par le visage et le geste. Une trop grande élévation de voix ne peut être supportée longtemps par l'auditoire. On condamne de même celle qui est trop grave, parce qu'elle est sourde et frappe moins l’oreille. Un juste milieu convient au prédicateur; mais ce juste milieu comporte beaucoup de variété, comme le demande la pensée ainsi que le besoin de rompre la monotonie. Il y a une mauvaise imitation de l'art. »

Érasme insiste sur la nécessité d'une prononciation distincte. Il traite ce sujet en peu de mots, se rappelant qu'il forme un prédicateur et non un orateur profane. Il signale le défaut de ceux qui prononcent uniformément sans s'arrêter, jusqu'à ce que la respiration leur manque. D'autres s'arrêtent chaque fois après un ou deux mots, non sans ennui pour l'auditeur. D'autres toussent ou crachent de temps en temps. Il y en a qui tirent un long soupir du fond de leurs entrailles, comme s'ils étaient fatigués. Quelques-uns ne reprennent pas leur haleine, mais la refoulent en quelque sorte avec les dents.

Le visage tient souvent lieu de discours. Un homme grave ne doit pas fréquemment remuer la tête en parlant. Agiter sa chevelure, c'est ressembler à un fou. Le front, les sourcils ont leur expression; mais ici les yeux jouent le premier rôle; un regard du Christ rappelle Pierre à lui-même. Sainte Paula n'avertissait ses religieuses que par son regard. Mais il importe de s'éloigner le moins possible de la nature. On voit des prédicateurs qui ferment les yeux pour être moins troublés.

Les mouvements des narines expriment les diverses passions ; il en est de même des joues et du rire. Ces trois choses sont de peu d'usage pour le prédicateur. On voit des gens qui rient toujours. Érasme parle d'un orateur dont le seul défaut était de rire au bout de chaque phrase. Il faut ouvrir la bouche modérément, ni trop ni trop peu. On ne doit lui donner que le mouvement nécessaire pour une prononciation nette. Quelques-uns remuent tout le visage en parlant. Élever ou abaisser le cou modérément et à propos ne messied pas; mais le fléchir sur une épaule est chose déplacée, bien que pour quelques-uns ce soit une marque de piété. Le mouvement des bras n'est pas désapprouvé, quand la pensée l'exige. Il y a des prédicateurs qui ont toujours la main sous le manteau et ne s'échauffent jamais. D'autres, après avoir étendu prodigieusement les deux bras, les ramènent avec impétuosité et frappent leurs mains l'une contre l'autre avec bruit et ajoutent de grands cris avec une agitation violente de tout le corps.

Parmi les gestes corporels, les plus expressifs sont ceux des mains. En général le prédicateur ne doit pas les élever au-dessus de la poitrine, ni les abaisser au-dessous de la ceinture. Mais aucun geste n'est malséant toutes les fois

qu'une passion vive et en rapport avec la circonstance le demande. Les pieds sont cachés dans la chaire qui ne permet pas de se promener, de s'avancer, de se frapper la cuisse, geste qui paraît venu des Hébreux... Le prédicateur peut se tourner à droite et à gauche; mais le faire sans cesse ne convient nullement. Quelques-uns, affectant les gestes oratoires, prennent la posture des moissonneurs. Il y en a qui s'appuient tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre et balancent leur corps par un mouvement aperçu du peuple. Le redresser ou le courber d'une façon immodérée ne sied pas non plus; car si les paroles sont élevées, ce n'est pas une raison pour prendre une pose altière. C'est ressembler aux mimes qui doivent même en ceci montrer du tact et du goût.

Érasme raconte qu’un prédicateur de son temps, à force de gesticuler, se laissa tomber de chaire. Un autre portant sous son vêtement deux crânes, les heurtait l'un contre l'autre à l'endroit le plus pathétique de son sermon. Tout ce qui émeut les simples ne sied pas à un prédicateur grave. Le vêtement doit être digne de celui qui explique l'Évangile. Cette bienséance diffère selon le lieu, le temps, la personne, la coutume. Agiter son vêtement, le baisser, le relever, le ramener en arrière ou en avant, ne convient pas. On peut ajouter qu'il y a une convenance particulière et relative aux personnes. Il en est à qui tout sied bien par un charme mystérieux attaché à tout ce qu'ils font. C'est un secret inexplicable et l'art ne peut l'enseigner. Chez quelques-uns tout plaît jusqu'aux défauts. Chez d'autres les qualités même déplaisent. Le prédicateur doit donc se connaître et prendre conseil, non-seulement de l'art, mais de sa nature propre.

Ce que nous venons de résumer fait l'objet des trois premiers livres. Dans le quatrième qui est à peine esquissé, Érasme se proposait de dresser une table des matières que l'orateur sacré traite le plus ordinairement. Il veut qu'elles soient classées sous différents titres et que l'on rassemble des matériaux rangés selon cet ordre pour s'en servir au besoin. « L’Écriture, dit-il, est le vrai champ de la prédication. Il est d'une fécondité inépuisable (1). Il peut fournir amplement matière à tous les sermons, dût-on prêcher quatre fois par jour. Le Christ est le parfait modèle de toutes les vertus... Moïse et les prophètes se trouvent confirmés par son témoignage... Les livres sacrés sont d'accord entre eux, pourvu qu'on les entende bien, accord qui ne se rencontre dans aucune philosopbie humaine... L'Écriture ne cherche pas comme les philosophes; elle prononce et définit avec certitude... Son autorité est comme sanctionnée par sa force efficace... Enfin la doctrine qu'elle contient est merveilleusement en harmonie avec la nature de l'homme... La foi éclaire et consomme la raison obscurcie par le péché... Elle est la première des vertus, parce qu'elle est la porte du salut. »

(1) V. Fénelon, Dialogue III.

CHAPITRE VII

Érasme fondateur de l'exégèse biblique chez les modernes. - Son

ouvrage sur le Nouveau Testament.

Aux yeux d’Érasme, la théologie repose avant tout sur la connaissance approfondie des Écritures. Lire les livres sacrés, les bien entendre, les goûter, en nourrir son âme, telle est pour lui l'oeuvre principale du théologien. Mais l'étude approfondie des Écritures suppose la science des langues, car les livres sacrés ont été primitivement écrits en hébreu ou en grec; ils ont été traduits en latin. Un théologien, vraiment digne de ce nom, doit donc savoir les trois langues, s'il veut étudier à fond le texte biblique et en posséder le sens aussi parfaitement que le comporte l'humaine faiblesse.

Cette connaissance paraît d'autant plus nécessaire, que la traduction latine, appelée Vulgate, est remplie de formes grecques ou hébraïques, qui ne sauraient être pleinement comprises, quand on ignore les deux langues d'où elles sont venues. Elle renferme, d'ailleurs, des fautes manifestes contre la grammaire latine ; ce qui rend quelquefois le langage non-seulement incorrect, mais obscur. De plus, elle n'est pas toujours d'accord avec le texte grec; enfin les manuscrits de la Vulgate, que nous possédons, diffèrent aussi entre eux sur des points qui semblent avoir peu d'importance pour la doctrine ; mais le vrai théologien doit chercher à tout éclaircir, s'efforcer d'arriver à l'intelligence pleine et entière du texte qui est la base de sa foi.

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