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jeter ce qu'il y a de meilleur. Quelquefois même on fait bien de ne pas s'en tenir au sens littéral, quoique ce ne soit pas nécessaire; c'est lorsque le sens mystique ou moral, ajouté au sens historique, est d'un plus grand fruit pour l'auditeur. Ainsi tantôt la nécessité, tantôt l'utilité seulement nous engage à nous écarter du sens historique.

« Les allégories ne prouvent les dogmes de la foi que lorsque la lumière de témoignages manifestes éclaire ce qui est obscur. Il n'est pas permis de douter de celles dont l'Écriture sainte a ôté les voiles pour nous; telles sont celles du serpent d’airain, de Jonas, et cette prophétie allégorique de Jésus : détruisez ce temple et je le rebåtirai en trois jours. Il faut que ce qui est destiné à fortifier l'homme chancelant soit accompagné d'évidence. Toutefois, les allégories sont très utiles pour réveiller les esprits languissants. S'il n'est pas certain que le sens spirituel soit vrai, il peut l'être, pourvu qu'il soit conforme aux dogmes d'une foi saine et aux autres passages de l'Écriture. Un homme pieux doit même croire que l'Esprit céleste peut avoir révélé à un saint docteur le sens mystique caché dans la lettre. De plus, l'Écriture peut engendrer quelquefois divers sens, de même que la manne avait pour chacun une saveur particulière. Ce n'est pas incertitude, c'est fécondité. »

Si donc les allégories ne prouvent pas en général les dogmes de la foi, elles les confirment, les mettent en lumière et les présentent sous une forme agréable. Les hommes pieux ne doivent donc pas les rejeter. Mais comment faire un choix entre les sens divers ? Toutes les fois que les docteurs interprètent le même passage d'une manière différente, il faut adopter l'interprétation qui paraît le plus se rapprocher du sens vrai. « On peut même, dit Érasme, donner la sienne, mais avec beaucoup de réserve. » Au reste, il n'est pas nécessaire de poursuivre l'allégorie jusqu'aux moindres détails. Il suffit de prendre les traits principaux et les plus remarquables. Ainsi fait Jésus-Christ, ainsi fait saint Paul.

Comme le sublime et le pathétique véhément, les allégogories doivent servir d'assaisonnement et non de nourriture. Autrement elles deviennent fastidieuses. Origène et ses imitateurs opposent souvent l'Église à la Synagogue. Cette méthode était plus opportune dans les premiers temps du Christianisme qu'elle ne le serait maintenant. L'allégorie et l'analogie ne peuvent pas être introduites avec un égal bonheur dans toutes les parties de l'Écriture. Tout n'a pas un sens mystique, et il y a des endroits où elles sont froides. Cependant saint Augustin, Eucherius et quelques autres ont tourné tout à un sens spirituel.

Erasme a une préférence marquée pour l'interprétation morale, et il en donne des exemples pris dans l'histoire de Jacob, de Lia et de Rachel. « Si le prédicateur, dit-il, tombe sur des passages de cette nature, il s'abstiendra des allégories, ou s'il croit devoir en faire usage, il y touchera superficiellement, en peu de mots et comme en courant. Les actions de Notre Seigneur, dont l'Ancien Testament présente la figure, sont aussi pour nous comme la figure et le modèle de ce que nous devons faire. Pour expliquer les obscurités des Écritures, le discours du prédicateur doit être clair, selon le précepte de saint Augustin. Pour dissiper les ténèbres, il faut qu'il soit lumière. »

IV

Érasme s'étend sur la mémoire. A ses yeux, les méthodes artificielles l'embarrassent plus qu'elles ne la servent. Trop d'art émousse la force de l'esprit, refroidit la chaleur de la parole, affaiblit la vigueur naturelle de la mémoire dont la capacité est très grande, si à la nature s'ajoutent l'intelligence, le soin, l'exercice et l'ordre. La mnémotechnie repose principalement sur les images. Il faut de temps en

temps en trouver de nouvelles. C'est ajouter un travail qui n'est pas petit. Cet inconvénient est surtout sensible aux vieillards. S'il faut citer un grand nombre de noms ou un long passage de l'Écriture, le prédicateur peut sans honte recourir à son cahier. Le témoignage de l'Écriture a ainsi plus de poids. Il en est de même pour les citations des docteurs célèbres. Il n'est pas toujours nécessaire d'ajouter le nombre du psaume ou du chapitre, comme font les jurisconsultes qui indiquent la loi, le paragraphe et même quelquefois la ligne, afin de pouvoir plus aisément comparer les passages. Les anciens disaient seulement: Saint Paul, épître aux Romains. Síla pensée est telle qu'elle n'obtienne créance qu'à la condition d'être appuyée sur un passage positif de l'Écriture, alors on peut être plus précis.

ll en est qui ne disent rien sans citer l'Écriture, lors même que le sujet peut se passer de toute citation. Il y a là une apparence d'affectation déplacée. Le discours est comme interrompu, et il en résulte même une certaine obscurité ; c'est ce que l'on voit dans les Commentaires de saint Thomas sur saint Paul. Le principe est bon; mais il est poussé jusqu'à l'abus. Pour fortifier la mémoire, les médecins promettent quelque secours. A ce que nous avons dit, il faut ajouter une perpétuelle sobriété. Si la débauche et l'ivrognerie émoussent l'esprit, elles éteignent la mémoire. La variété des soucis et la foule des affaires lui nuisent, comme aussi la lecture précipitée de volumes divers. Une timidité excessive, la nouveauté de l'auditoire, trop de préoccupation, la paralysent. Démosthene se troubla chez Philippe, ce qui ne lui arriva jamais chez les Athéniens.

Reste l'action ou prononciation. Ici la nature forme ce que l'art et la pratique perfectionnent. Il faut suivre la nature, mais en y appliquant l'art. Pour corriger les défauts de la nature, de l'imitation et de l'habitude, il est bon de consulter le jugement d'un ami libre et sincère. Érasme rappelle le grand miroir de Démosthène. A un homme d'ailleurs instruit

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échappe souvent ce qui paraît aux autres très malséant et l'est en effet. Nous nous plaisons quelquefois à nous-mêmes dans ce qui déplaît aux auditeurs non sans raison. Chacun a donc besoin de s'examiner avec les yeux d'autrui. Le mieux sera de prendre exemple sur les autres, d'imiter ce qui est bien, d'éviter ce qui est mal, en tenant toujours compte du personnage; car les mêmes choses ne conviennent pas à tous, à Caton et à Cicéron, à un jeune homme et à un vieillard, à un simple prêtre et à un évêque.

Les défauts dans la voix et dans l'articulation, s'ils sont peu prononcés, peuvent être corrigés par l'exercice et pour quelques-uns par la sobriété de la vie. L'art des médecins peut aussi donner quelque secours. La voix est quelquefois gâtée par une mauvaise habitude, « Il y a, dit Érasme, des gens qui se font une voix grêle, comme celle des femmes, des eunuques, des malades ; c'est un défaut propre même à certaines nations. On en voit, au contraire, qui, ouvrant la bouche démesurément, donnent à leur voix beaucoup de volume et ressemblent assez à des ânes qui braient. Cette voix plaît tellement à certains qu'ils cherchent à l'acquérir artificiellement, non sans péril pour la santé. Il y en a qui ont la voix mugissante, nasillarde, glapissante, comme celle du coq. D'autres précipitent les paroles plutôt qu'ils ne les prononcent. Quelques-uns roulent les mots ensemble et dévorent une grande partie des syllabes dans leur bouche.

« J'en ai vu qui, avant de parler, poussaient un gémissement. Avertis, ils s'étonnaient, ne sachant pas qu'ils avaient ce défaut, tant ils en avaient pris l'habitude. Il y en a qui de temps en temps coupent le discours de paroles futiles ou n'ayant aucun sens, comme pour chercher ce qu'ils veulent ajouter. D'autres, par une affectation de gravité, interposent un silence presque à chaque mot... J'en ai entendu qui, toutes les fois qu'ils citaient l'Écriture, chantaient. D'autres, moins supportables encore, récitent leurs paroles, comme si chaque syllabe formait un mot séparé par des intervalles égaux. Ces défauts et d'autres sans nombre doivent être corrigés dès l'enfance. La meilleure voix est celle qui transmet doucement au loin les mots bien articulés. Il y a des voix puissantes qui portent le son à une grande distance, mais non les paroles. Il y a au contraire des voix grêles qui pénètrent dans les oreilles des auditeurs avec la facile intelligence des paroles. Point de voix si malheureuse qui ne se puisse changer, comme on l'a remarqué dans les animaux eux-mêmes, dans les chiens, dans les chevaux.

« Le prédicateur doit tenir un juste milieu, de façon que la prononciation ne soit ni morte, ni sommeillante, ni variée comme celle des histrions. Il y a une imitation qui lui sied et une autre qui ne lui sied pas. Il en est qui parlent toujours du même ton, comme faisaient Pie II et le professeur Guarini. J'ai entendu moi-même un homme remarquablement docte et pieux qui récitait tout son sermon, les yeux immobiles, avec le même visage et la même voix, comme s'il avait lu un livre. C'était une statue, à part la voix et le mouvement des lèvres. Or, ce n'est pas même parler; et pourtant l'orateur sacré doit avoir quelque chose au-dessus de la conversation ordinaire.

« Non moins désagréable est l'égalité uniforme de certains prédicateurs dans l'élévation et l'abaissement de la voix, qu'ils déroulent par un double ton, jusqu'à ce qu'ils l'abaissent au dernier membre, de manière que le ton bas dans sa relation au ton haut forme une quinte. Une inflexion convenable dans la voix sert, non-seulement à mettre en mouvement les passions, mais aussi à produire la conviction. On ne paraît point parler de ceur, quand on prononce des choses opposées avec le même visage et la même voix. Suivre ici la nature est le meilleur; car tout ce qui s'en écarte notablement, même s'il plaît, détruit la créance. Mais il ne faut pas imiter les histrions qui reproduisent la manière de parler des femmes et des enfants. La prédication demande une imitation ingénieuse et modérée qui plaise et qui touche,

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