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Érasme emprunte la prononciation vraie de la diphthongue 01 aux Français dans les mots, langue d'oi, moi, toi, soi, foi, loi, roi (1); celle de la diphthongue ou aux Allemands dans Kaiser. Ce qui, suivant lui, avait altéré le son primitif des diphthongues, [c'était une affectation d'élégance dans la prononciation, qui faisait fermer à demi la bouche et prononcer les mots presque sans remuer les lèvres. La prononciation primitive des diphthongues, au contraire, demandant un grand mouvement de bouche et produisant un son retentissant, avait quelque chose de grossier. Mais cette altération produisait maintenant une confusion inexprimable, quand on écrivait sous la dictée et quand on entendait lire ou parler. On n'avait pas moins perdu la distinction des longues et des brèves, sur laquelle le peuple était si délicat jadis, au témoignage de Cicéron. On avait confondu l'accent avec la quantité. Les anciens avaient pris soin de faire entendre toutes les syllabes, sans rien laisser échapper, à l'aide de quatre moyens : l'aspiration, l'accent tonique, l'allongement, la diphthongue ou le double son. Au reste, comme Érasme le remarquait, une syllabe longue n'est pas exactement le double d'une brève, et toutes les syllabes de même espèce ne demandent pas le même temps pour être prononcées. Il y a des syllabes difficiles qui en exigent davantage, principalement les monosyllabes.

Érasme proposait aussi des modifications dans la prononciation latine; mais sur plusieurs points il présentait sa doctrine comme simplement conjecturale,-sans lui donner un caractère bien positif. Sa pensée se laisse difficilement saisir et ne semble pas fermement arrêtée. Ce n'est pas ici le lieu de discuter à fond ces problèmes. Rappelons seulement qu'il regardait la prononciation des Romains comme la moins vicieuse, celle des Français comme la plus mauvaise, celle des Allemands comme fort défectueuse; celle des Espagnols l'é

(1) Prononcés comme ils l'étaient do son temps.

tait un peu. Selon les Italiens, les Anglais avaient le second rang.

Ces différences dans la manière de prononcer le latin produisaient souvent un effet risible. Dans une circonstance solennelle, l'empereur Maximilien fut harangué successivement par un Français du Mans, débitant à la française un discours dû à la plume de quelque Italien, ensuite par un docteur de la cour qui improvisa une réponse avec la prononciation allemande, puis par l'ambassadeur de Danemark ayant la prononciation écossaise, enfin par un Hollandais. Les gens instruits riaient beaucoup; mais l'empereur, accoutumé à ces diverses prononciations, les entendit tous sans étonnement et sans embarras.

Le traité d'Érasme, peu attrayant par son sujet même, renferme beaucoup d'idées ingénieuses. Afin de remédier à la sécheresse de la matière, l'auteur employa la forme du dialogue. Les interlocuteurs sont l'ours et le lion. On trouve dans plus d'un passage un spirituel enjouement. Quant au fond même, il mérite l'attention. Érasme traite avec science et sagacité le difficile sujet de la prononciation grecque et latine. Il y a dans son petit livre des aperçus neufs, lumineux, pleins de justesse, que ne doivent pas faire méconnaître quelques erreurs de détail. La prononciation érasmienne est aujourd'hui battue en brèche; mais les arguments opposés à la prononciation moderne nous semblent fort sérieux, pour no pas dire décisifs. Il est bien difficile de l'admettre sans réserve (1). « Une bonne prononciation, dit Érasme, donne au discours un très grand prix; et cependant beaucoup de gens, au lieu d'avoir la parole humaine, ont plutôt l'air d'aboyer comme les chiens ou de hennir comme les chevaux. » La prononciation doit être formée de bonne heure; il importe de mettre à profit le merveilleux instinct de l'enfant pour la parole, à tel point qu'il reconnaît avec l'oreille les voix qui

(1) V. la note B, à la fin du volume.

lui sont familières, avant de distinguer les visages avec les yeux. « C'est ce que j'ai souvent remarqué avec plaisir dans mes enfants, dit l'ours au lion, et j'en ai ri. »

Érasme attachait beaucoup d'importance à une bonne écriture. « Un discours de Cicéron écrit en lettres gothiques, disait-il, paraîtrait incorrect et barbare. Il blâmait la coutume des anciennes écoles où l'on dictait presque tout aux enfants. Obligés d'écrire vite, ils écrivaient mal, avec des caractères imparfaitement formés et des abréviations indéchiffrables. L'imprimerie avait produit un effet singulier. Certains savants en étaient venus à ne plus écrire du tout; et lorsqu'ils voulaient confier au papier les fruits de leurs veilles, ils ne pouvaient se lire eux-mêmes. On voit Érasme et Budé se reprocher mutuellement leur écriture illisible. Beaucoup même pour leurs lettres, à l'exemple des princes, avaient recours à des secrétaires; « et cependant une lettre écrite par une main étrangère, disait Érasme, n'a plus la même valeur; elle mérite à peine le nom de lettre. »

Fidèle à sa méthode générale, il voulait qu'on donnât à l'enfant un modèle d'écriture aussi parfait et aussi simple que possible, sans ces liaisons, ces inflexions, ces traits accessoires et capricieux où se plaisait la foule des scribes, comme pour ajouter à la difficulté de l'écriture. Il approuvait encore moins les abréviations qui étaient la source de beaucoup d'erreurs et rendaient très difficile le rétablissement du texte véritable. Dans l'écriture, comme dans tout le reste, on devait aller du simple au composé, commencer par apprendre à former les lettres petites et grandes en même temps. Il se moquait de certaines gens qui visaient à l'archaïsme dans l'écriture, comme il y avait des écrivains qui recherchaient l'archaïsme dans les mots. Il n'avait pas plus de goût pour la manie de ceux qui se permettaient de barbares néologismes malgré l'abondance des mots approuvés, aussi brillants que justes, comme si tout ce qui était consacré par l'usage manquait d'éclat. Le modèle le plus parfait des majuscules romaines se trouvait dans les pièces du monnaie frappées en Italie au temps d'Auguste et de ses successeurs.

Érasme enseignait la manière de former les lettres et de les lier entre elles. Il entrait dans les détails les plus élémentaires, comme un maître d'écriture. Il insistait sur la proportion des lettres et de leurs parties, sur les intervalles des lettres, des mots, des membres de phrases, des phrases entières. Rien, selon lui, n'est plus important, non-seulement pour la beauté, mais aussi pour la netteté de l'écriture. Comme un savant l'a dit, une écriture bien distincte est par elle-même une sorte de commentaire. On doit en faire prendre l'habitude à l'enfant de bonne heure, afin que cette habitude devienne une seconde nature. Il faut d'abord lui montrer le modèle, puis la manière de tracer chaque ligne, enfin conduire sa main et la diriger.

Les lettres et les exemples peuvent être tracés sur une table d'ivoire, selon le précepte de Quintilien. C'est ainsi, dit-on, que certains aveugles ont acquis la faculté d'écrire avec facilité. Mais un maître habile peut imaginer d'autres moyens analogues. Un de ces moyens, c'est de placer le modèle sous une feuille de papier transparente et de faire calquer l'enfant. Un second consiste à imprimer sur le papier avec un style d'argent ou de cuivre la marque des lettres, que l'écolier suivra avec une plume remplie d'encre. On peut encore, avec le suc d'un bois, tracer des lettres légèrement colorées en rouge, que l'élève couvrira ensuite avec de l'encre. Grâce à la différence tranchée des couleurs, on apercevra mieux l'écart entre le trait du modèle et celui de l'enfant. On voit que les méthodes des maîtres de nos jours n'ont rien de bien nouveau. Il est curieux de les retrouver dans un livre écrit au commencement du xvi" siècle.

Quelques-uns ont imaginé un quatrième moyen destiné surtout à produire la rectitude des lignes et la proportion des parties saillantes des lettres. Ils se servent de quatre lignes parallèles également distantes. Entre les deux du milieu est contenu le corps même des lettres. Les deux plus éloignées limitent les parties saillantes en haut et en bas. Mais il faut que l'enfant puisse bisntôt se passer de ces secours. On doit surtout faire en sorte qu'il croie jouer et non étudier.

On peut de temps en temps l'exercer aussi un peu à la peinture; « car l'homme, dit Érasme, a généralement pour cet art un attrait naturel. » Un grand maître du temps, Albert Durer, peintre, mathématicien, géomètre, avait écrit un livre très savant sur la peinture et sur ses rapports avec l'écriture. Érasme, qui poursuivait de ses vœux la restauration de tous les arts libéraux, égalait le peintre de Nuremberg aux plus grands maîtres de l'antiquité. « Il leur est même supérieur en un point, dit-il, c'est qu'avec des lignes noires, sans le secours de la couleur, il sait tout représenter, les ombres, la lumière, les proéminences, les dépressions. Il fait qu'un objet unique offre plusieurs aspects selon la position de ceux qui le regardent. Une harmonie et une symétrie parfaite règnent dans ses œuvres. Par lui est peint ce qui semblait ne pouvoir l'être, le feu, les rayons du soleil, la foudre, les éclairs, les nuages, les sentiments, les passions, enfin l'âme tout entière de l'homme, rayonnant dans l'extérieur de son corps, et presque la voix elle-même. Si un tel art n'obtient pas les récompenses qui lui sont dues, la honte en retombe sur les princes, et non sur la peinture. »

Il comprenait toute la puissance de l'écriture, surtout depuis que l'imprimerie pouvait la reproduire et la propager indéfiniment. Les lettres, apportées en Grèce par Cadmus, étaient figurées par les dents du serpent : de ces dents semées dans le sol étaient sorties tout à coup deux troupes de guerriers, pourvus de casques et de lances, qui s'étaient entretués par de mutuelles blessures. De même les lettres, placées dans leur ordre naturel, étaient sans action; mais dispersées, semées, multipliées, elles devenaient vivantes, actives, militantes. « Les accents et les esprits, disait-il plaisamment, ce sont les lances et les casques. A bien considérer les parties

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