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S CE N E

VI.

· DOL A BELLA ,

Romains.

DOLA B E L L A. Chers citoyens , quel héros , quel courage, De la terre & de vous méritait mieux l'hommage? Joignez vos vaux aux miens, peuples , qui l'admirez , Confirmez les honneurs qui lui sont préparés. Vivez

pour le servir , mourez pour le défendre.... Quelles clameurs, ô Ciel ! quels cris se font entendre!

LES CONJUR ÉS derrière le théâtre. Meurs , expire , tyran. Courage , Caffius.

DOLA B E L L A., Ah ! courons le sauver.

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CASSIUS un poignard à la main , DOLABELLA,

Romains.

CASS I U S.

C'En eft fait , il n'est plus.

DOLA B E L L A.
Peuples , secondez-moi , frapons , perçons ce traître.

CASSIU S.
Peuples , imitez-moi, vous n'avez plus de maître.

Nations

Nations de Héros , vainqueurs de l'univers,
Vive la liberté ; ma main brise vos fers.

DO LA BELL A.
Vous trahissez , Romains , le fang de ce grand homme?

CASS I v s.
J'ai tué mon ami , pour le salut de Rome.
Il vous affervit tous , son sang est répandu.
Eft-il quelqu'un de vous de si peu de vertu ;
D'un esprit fi rampant, d'un si faible courage ,
Qu'il puisse regretter Cesar & l'esclavage?
Quel est ce vil Romain , qui veut avoir un roi !
S'il en est un , qu'il parle , & qu'il se plaigne à moia
Mais vous m'applaudissez , vous aimiez tous la gloire.

ROMA IN S.
Cesar fut un tyran , périsse fa mémoire.

CASSIU S.
Maîtres du monde entier , de Rome heureux enfans ,
Conservez à jamais ces nobles sentimens.
Je fais que devant vous Antoine va paraître;
Amis , souvenez-vous que Cefar fût son maître;
Qu'il a servi sous lui , dès ses plus jeunes ans ,
Dans l'école du crime & dans l'art des tyrans.
Il vient justifier son maître & son empire ;
Il vous méprise assez pour penser vous séduire.
Sans doute il peut ici faire entendre la voix :
Telle est la loi de Rome ; & j'obéïs aux loix.
Le peuple est désormais leur organe suprême ,
Le juge de Cesar, d'Antoine, de moi-même.
Vous rentrez dans vos droits indignement perdus';
Cesar vous les ravit , je vous les ai rendus :

Je

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Je les veux affermir. Je rentre au Capitole;
Brutus est au sénat, il m'attend, & jy vole.
Je vais avec Brutus , en ces murs désolés,
Rapeller la justice , & nos dieux exilés ;
Etouffer des méchans les fureurs intestines,
Et de la liberté réparer les ruïnes.
Vous , Romains , seulement consentez d'être heureux,
Ne vous trahissez pas ; c'est tout ce que je veux;
Redoutez tout d'Antoine , & surtout l'artifice.

ROMA IN S.
S'il vous ofe accufer , que lui-même il périsse.

CASS. I v s.
Souvenez-vous , Romains , de ces fermens facrés.

ROMA IN S.
Aux
vengeurs

de l'état nos cæurs sont assurés.

SCE N E

VIII.

ANTOINE , Romains , DOLABELLA.

Mais Antoine parait

.

U N ROMA I N.
Ais
A V T R E ROMA I N.,

Qu'ofera-t-il nous dire ?

UN ROM A I N. Ses yeux verfent des pleurs, il se trouble, il foupire.

V N AV T R E. Il aimait trop Cefar.

UN

ANTOINE
montant à la tribune aux harangues.

Oui , je l'aimais , Romains;
Oui , j'aurais de mes jours prolongé ses destins.
Hélas ! vous avez tous pensé comme moi-même ;
Et lorsque de fon front ôtant le diadème,
Ce héros à vos loix s'immolait aujourd'hui,
Qui de vous en effet n'eût expiré pour lui?
Hélas ! je ne viens point célébrer sa mémoire;
La voix du monde entier parle assez de la gloire;
Mais de mon désespoir ayez quelque pitié,
Et pardonnez du moins des pleurs à l'amitié.

ROMA I N.
Il les falait verser quand Rome avait un maître.
Cesar fut un héros ; mais Cesar fut un traître.

A UTRE ROMAIN.
Puisqu'il était tyran, il n'eut point de vertus,
Et nous approuvons tous Caffius & Brutus. -

AN TO I N E.
Contre ses meurtriers je n'ai rien à vous dire ;
C'est à servir l'état que leur grand cour aspire.
De votre dictateur ils ont percé le flanc;
Comblés de ses bienfaits , ils font teints de son sang.
Pour forcer des Romains à ce coup détestable,
Sans doute il falait bien que Cefar fût coupable;
Je le crois. Mais enfin - Cefar a-t-il jamais
De son pouvoir fur vous appesanti le faix?
A-t-il gardė pour lui le fruit de les conquêtes ?
Des dépouilles du monde il couronnait vos têtes.
Tout l'or des nations , qui tombaient sous ses coups,

Tout

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Tout le prix de son fang fut prodigué pour vous,
De son char de triomphe il voyait vos allarmes.
Cesar en descendait pour essuyer vos larmes.
Du monde qu'il soumit vous triomphez en paix,
Puiffans par son courage, heureux par ses bienfaits.
Il payait le service : il pardonnait l'outrage.
Vous le lavez , grands dieux ! vous dont il fut l'image;
Vous , dieux, qui lui laissiez le monde à gouverner,
Vous savez fr fon cæur aimait à pardonner.

R O M A IN S.
Il est vrai que Cesar fit aimer sa clémence.

AN TO I N E.
Hélas ! si sa grande ame eût connu la vengeance ,
Il vivrait , & fa vie eût rempli nos souhaits.
Sur tous ses meurtriers il versa ses bienfaits.
Deux fois à Cassius il conserva la vie.
Brutus... où fuis-je ? ô ciel ! ô crime ! ô barbarie!
Chers amis, je fuccombe ; & mes fens interdits...
Brutus son assassin !. ce monstre était son fils.

ROM A IN S.
Ah dieux !

Α Ν Τ Ο Ι Ν Ε.

Je vois frémir vos généreux courages; Amis , je vois les pleurs qui mouillent vos visages. Oui , Brutus est son fils ; mais vous qui m'écoutez, Vous étiez ses enfans dans son cœur adoptés. Hélas ! si vous saviez fa volonté dernière !

ROMA IN S. Quelle est-elle ? parlez.

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