Obrazy na stronie
PDF
ePub

Mais, je vous le répète, les louis d'or vont pleuvoir dans ma bourse, et je suis trop glorieux de l'origine de ma fortune pour ne pas m'en faire honneur par tous les moyens.

-Eh bien! Noël, quand le monde entier serait à toi, qu'ajouterait-il à notre bonheur?

[ocr errors]

Oui; je suis parfaitement heureux! ma mère, la gloire me suffit; aussi n'estce que pour vous seule que je me réjouis de la bonne fortune qui l'accompagne, car enfin je ne puis refuser de la recevoir quand elle se présente : à quoi emploierons-nous donc notre argent?

- N'y a-t-il plus de malheureux à secourir? demanda Babet avec simplicité; ne feras-tu rien pour ton frère qu'on a expulsé d'un bel héritage?

O ma respectable mère ! combien votre vertu vous place au-dessus de moi! ô gloire étourdissante du monde! qu'es-tu auprès de cette sagesse qui dirige les âmes droites et généreuses! Oui, j'étais un vaniteux, un égoïste; je ne voyais que deux personnes sur la terre, je vous remercie de m'en faire

apercevoir. C'est à vous que j'abandonnerai la direction de mes affaires, car vous seule êtes digne de les conduire honorablement.»

Il lui raconta alors dans toutes ses circonstances le triomphe qu'il avait obtenu, se livrant ingénument et sans contrainte aux transports de joie qu'il lui inspirait. Il lui peignit ses craintes, ses études, ses espérances, et ces alternatives de confiance et de découragement qui l'avaient agité dans l'attente de ce grand jour.

Le tête-à-tête du fils et de la mère durait encore, lorsque Salomon et Angélique vinrent l'interrompre par leur présence. Si le malheur dispose un bon cœur à l'attendrissement, la joie augmente aussi sa bienveillance, il trouve avec plaisir l'occasion de la répandre et de la faire partager. Cette réu nion de leur famille dispersée parut à Noël une nouvelle faveur de la Providence, qui mettait ainsi le comble à la solennité de ce jour; il supposait d'ailleurs qu'instruits de ses succès, son frère et sa sœur accouraient pour l'en féliciter.

A peine Babet eut-elle rendu à ses enfants les caresses dont ils la comblèrent (surtout

à Angélique qu'elle n'avait pas vue depuis plusieurs années), qu'elle leur fit part de la satisfaction qu'elle éprouvait, et de l'heureuse tournure que prenait la fortune de son cher Noël. Salomon s'en montra plus joyeux qu'étonné, à cause de la haute opinion qu'il avait de son frère

« Tu es si heureusement né, cher frère, lui dit-il en lui serrant la main, que l'étude, si aride pour la plupart des jeunes gens, n'a dû t'offrir qu'un enchaînement de jouissances. Aussi avais-je grand tort de regretter que M. Philéas ne t'eût pas adopté à ma place, comme je l'ai fait secrètement plus d'une fois; tu avais en toi de quoi te passer du secours d'autrui.

Reviens de ton erreur, mon frère, repartit le jeune lauréat, je ne dois le peu que je sais qu'à un grand effort de mémoire, à une persévérance infatigable: le plaisir que j'y prenais ne m'empêchait pas de sentir les difficultés de mes études solitaires. Non, non, l'homme ne peut rien obtenir sans travail, qu'il cultive la terre ou son esprit, et je me suis convaincu, à mes dépens, qu'aider les facultés de la jeunesse par le flambeau

de l'expérience de ceux qui l'ont précédée, c'est lui épargner un temps bien précieux.

-Avec tout cela, reprit Salomon en étouffant un soupir, le petit jardinier de Saint-Cyr va marcher au rang des littérateurs de son siècle, tandis que l'élève de M.Philéasvivra pauvrement dans l'obscurité.

Ton cœur est exempt d'ambition, poursuivit Noël, c'est pour cela que tu as préféré à tous les autres le titre d'honnête homme ; et si j'en crois nombre de gens de lettres, c'est le parti le plus sage pour être heureux. Cette carrière, qui me paraît maintenant parsemée de roses, me garde probablement plus d'une épine, et j'aurai grand besoin plus tard de tes consolations. Ne vivons donc plus séparés, mon frère, que notre réunion soit le fruit des premières faveurs de la fortune qui me sourit ; la seule amélioration que ma mère me permette, c'est de choisir un logement assez vaste pour que nous y soyons tous à l'aise, et j'espère qu'Angélique sera contente de l'appartement que nous lui conserverons, chaque fois qu'elle et son mari viendront augmenter notre bonheur domestique.

[ocr errors]

Pendant que Noël et Salomon causaient ensemble, Babet entretenait tout bas Angélique, qui, pressée par ses questions, venait de lui confesser sa situation embarrassante. Aussi Noël fut-il bien étonné, en cherchant sa sœur des yeux, de la voir triste et confuse à côté de sa mère, dans l'attitude d'une personne qui reçoit une sérieuse réprimande.

« Je n'exigerai de toi qu'une promesse, ma fille, dit la bonne mère en finissant, c'est que tu ne te prévaudras point de notre appui pour fermer l'oreille aux instances de ton mari, s'il t'invitait à retourner près de lui.

- Je ferai là-dessus ce qu'il vous plaira, ma mère; mais, d'après la manière dont nous nous sommes quittés, il y a peu d'apparence que votre espoir se réalise. »

Elle disait vrai; poussé à bout par ses caprices et son humeur impérieuse, le mari d'Angélique n'était guère tenté de troubler la paix que l'absence de sa femme laissait régner dans sa maison. Cependant Noël alla le voir secrètement pour lui représenter, avec douceur qu'il avait aussi des devoirs à remplir envers la femme à laquelle il s'étai uni.

« PoprzedniaDalej »