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Van di galoppo tutti quanti in frotta.
Se auvien qu'ella pianga, o che fi lagni ,
Senza quegli urli spaventosi loro,

Ti muove fi che in pianger l'accompagni.
Ce même changement que Mademoiselle le
Couvreur avoit fait sur notre scene, Mademoi-
Selle Ciber vient de l'introduire sur le Théatre
Anglais, dans le rolle de Zayre. Chose étrange
que dans tous les Arts ce ne soit qu'après bien
du temps qu'on vienne enfin au naturel es au
Simple!

Une nouveauté qui va paraître plus finguliere Aux Français, c'est qu'un Gentil-homme de votre pays , qui a de la fortune 6 de la considération, n'a pas dédaigne de jouer sur votre Théatre le rolle d’Orosmane. C'étoit un spectacle assez intém resant de voir les deux principaux personnages remplis par un homme de condition, l'autre par une jeune Africe de 18 ans qui n'avoit pas encore récité un vers en sa vie.

Cet exemple d'un citoyen, qui a fait usage de son talent pour la déclamation, n'est pas le

premier parmi vous. Tout ce qu'il y a de surprenant en cela, c'est que nous nous en étonnions.

Nous devrions faire réfexion que toutes les choses de ce monde dependent de l'usage & de l'opinion. La Cour de France a dansé sur le Théatre avec les Acteurs de l'Opera, i on n'a rien trouvé en cela détrange , finon que la modo de ces divertissemens ait fini. Pourquoi sera-t-il plus étonnant de réciter que de danser en public ? I a-t-il d'autre différence entre ces deux Arts , finon que l'un eft autant au defus de l'autre

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Je:

Je

que les talens l'esprit a quelque part sont ak desus de ceux du corps. Je le répete encore, 8 je le dirai toujours , aucun des Beaux Arts n'est méprisable, 85 il n'est véritablement honteux que d'attacher, de la honte aux talens.

Venons à présent à la Traduction de Zayre, au changement qui vient de se faire chez vous dans l’Art Dramatique.

Vous aviez une coûtume à laquelle Monsieur Addillon, le plus Sage de vos Écrivains, s'est alervi lui-même

tant l'usage tient lieu de raiSon es de loi.

Cette coûtume peu raisonnable étoit de finit * chaque de par des vers d'un goût différent du

reste de la Piéce, 6 ces vers devoient nécessairement renfermer une comparaison. Phédre en fora tant du Théatre se comparaît Poétiquement à une biche , Caton à un rocher, Cléopatre à des enfans qui pleurent jufqu'à ce qu'ils soient endormis.

Le Traducteur de Zayre est le premier qui ait osé maintenir les droits de la Nature contre un goût fi éloigné d'elle.

Il a proscrit cet usage, il å senti que la pallon doit parler un langage vrai , que le Poëte doit se cacher toujours pour ne laisser paraître que le Héros.

C'est sur ce principe qu'il a traduit avec naia
veté, sans aucune enflure , tous les vers fina
ples de la Piéce que l'on gâteroit, le-on vouloia
les rendre beaux.
On ne peut desirer ce qu'on ne connait pas.

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J'eufle été près du Gange esclave des faux

c!

Dieux,

Chrétienne dans Paris, Musulmane en ces lieux.

Mais Orosmane m'aime, & j'ai tout oublié.

-bach

Non, la reconnaissance est un faible retour,
Un tribut offenfant trop peu fait pour l'amour,

Je me croirois haï d'êcre aimé faiblement,

pe Je veux avec excès vous aimer & vous plaire,

L'Art n'est pas fait pour toi, tu n'en as pas

besoin.

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L'art le plus innocent tient de la perfidie.

Tous les vers qui font dans ce goût fimple vrai, Sont rendus mot à mot dans l’Anglais. Il eût été aisé de les orner ; mais le Traducteur, jugé autrement que quelques

-uns de mes compatriotes. Il a aimé, 6 il a rendu toute la ndjveté de ces vers. En effet, le style doit être conforme au sujet. Alzire, Brutus, 8 Zayre dem mandoient , par exemple, trois. fortes de verfifications différentes.

Si Berenice se plaignoit de Titus , Ariane de Thesée, dans le style de Cinna , Berenice Ariane ne toucheroient point.

Jamais on ne parlera bien d'amour , fi on chers che d'autres ornemens que la simplicité & mérité.

Il n'est pas question ici d'examiner s'il est bien

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de mettre tant d'amour dans les Piéces de Thému tre. Je veus que ce soit une faute , elle est ® Sera universelle ; 6 je ne sçai quel nom donner aux fantes qui font le charme du genre humain.

Ce qui est certain, c’est que dans ce défaut les Français ont réüilli plus que toutes les autres Nations anciennes 5 modernes mises ensemble

. L'Amour paraît sur nos Théatres avec des bienSéances, une délicatefle, une vérité, qu'on ne trouve point ailleurs. C'est que de toutes les New tions la Française est celle qui a le plus connie la société.

Le Commerce continuel si vif " fi poli des deux fexes; a introduit en France une politello assez ignorée ailleurs.

La société dépend des femmes. Tous les petaples qui ont le malheur de les enfermer sont infociables. Et des mæurs encore aufteres parmi vous, des querelles politiques, des guerres de Religion, qui vous avoient rendus

farouches , vous óterest jusqu'au temps de Charles II. la douceur de lo Societé aue milieu même de la liberté. Les Poëtes ne devoient donc sçavoir ni dans aucun pays, même chez les Anglais, la maniere dont les hon. nêtes gens traitent l'amour.

La bonne Comédie fut ignorée jusqu'à Molie re, comme l'art d'exprimer sur le Théatre des Sentimens vrais E5 délicats fut ignoré jusqu'à Racine, parce que la société ne fut pour ains dire dans sa perfection que de leur temps. Un Poëte, du fond de son cabinet, ne peut peindre des mæurs qu'il n'a point vűës, il aura plutôt fait cent Odes cent Epîtres, qu'une scéne il faut faire parler la nature.

Votre Dryden, qui d'ailleurs étoit un trèsgrand génie , mettoit dans la bouche de ses Héros Amoureux, 04 des hyperboles de Rhétorique »

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ou des indécences ; deux choses également oppo-
sées à la tendrele.

Si M. Racine fait dire à Titus :
Depuis cinq ans entiers chaque jour je la vois
Et croi toujours la voir pour la premiere fois.

Votre Dryden fait dire à Antoine.
Çiel ! comme j'aimai ! Témoin les jours &

les nuits qui suivoienr en dansant sous vos pieds, parin Ma seule affaire étoit de vous parler de ma

passion, un jour venoit & ne voyoit rien qu'amour, un autre venoit , & c'éroit de l'amour encore. Les Soleils éroient las de nous regarder , & moi je n'écois point las d'aimer.

Il est bien difficile d'imaginer, qu'Antoine ait en effet tenis de pareils discours à Cléopâtre.

Dans la même Piéce Cléopâtre parle ainsi à Antoine :

Venez à moi, venez dans mes bras, mon cher foldat , j'ai été trop long-temps privée de vos caresses. Mais quand je vous embrasserai, quand vous serez tout à moi, je vous punirai de vos cruautés, en laissant sur vos lévres l'im pression de mes ardens baisers.

Il est très-vraisemblable que Cléopâtre parloit Souvent dans ce goût : mais ce n'est point cette indécence qu'il faut représenter devant une Audience respeftable.

Quelques - uns de vos compatriotes ont beau dire, c'est-la pure nature : on doit leur répondre que c'est précisément cette nature qu'il faut voiler avec soin.

Ce n'est pas même connaître le cæur. humain, de penser qu'on doit plaire davantage en présen

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