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de cet humble essai, nous avons pu contribuer à mettre nos lecteurs fidèles en état de goûter le divin mystère de la Passion, et de suivre l'Eglise dans la célébration qu'elle en fait durant le cours de ces deux semaines.

Nous n'avons pas traité dans ce volume les fêtes des Saints qui peuvent encore se rencontrer dans la semaine de la Passion; à raison du mouvement de la Pâque, le nombre en eût été trop considérable; et il eût fallu grossir outre mesure un volume qui sera déjà le plus considérable de tous. Nos lecteurs devront donc recourir au volume du Carême, les jours où quelque fête d'une dévotion plus particulière viendra intéresser leur piété.

Nous les prions de vouloir bien continuer de nous assister du secours de leurs prières, pour l'heureuse continuation de cette Année liturgique dont le présent volume complète la moitié. De notre côté, nous ferons en sorte de ne pas leur faire attendre trop longtemps la section suivante, qui doit comprendre le Temps pascal.

LA PASSION

ET

LA SEMAINE SAINTE

CHAPITRE PREMIER.

HISTORIQUE DU TEMPS DE LA PASSION ET DE

LA SEMAINE SAINTE.

TO PRÈS avoir proposé à la méditation des

fidèles, durant les quatre premières Š semaines du Carême, le jeûne qua

D dragénaire de Jésus-Christ sur la montagne, la sainte Eglise consacre à la commémoration des douleurs du Rédempteur les deux semaines qui nous séparent encore de la fête de Pâques. Elle ne veut pas que ses enfants arrivent au jour de l'immolation du divin Agneau, sans avoir préparé leurs âmes par la compassion aux souffrances qu'il a endurées en leur place.

Les plus anciens monuments de la Liturgie, les Sacramentaires et les Antiphonaires de toutes les Eglises nous avertissent par le ton des prières, le choix des lectures, le sens de toutes les formules saintes, que la Passion du Christ est, à partir d'aujourd'hui, la pensée unique de la chrétienté. Jusqu'au Dimanche des Rameaux, les fêtes des

LA PASSION.

Saints pourront encore trouver place dans le cours de la semaine ; mais aucune solennité, de quelque degré qu'elle soit, ne saurait prévaloir sur le Dimanche de la Passion ; et celles qui pourront être encore admises dans les jours qui vont suivre jusqu'à samedi prochain n'obtiendront leurs honneurs qu'à la condition d'être associées à la tristesse de ce saint temps. On y fera commémoration de la Passion, et les saintes images demeureront voilées.

Nous n'avons pas de détails historiques à donner sur la première semaine de cette quinzaine; ses observances n'ont jamais différé de celles qui sont propres aux quatre semaines précédentes 1. Nous renvoyons donc le lecteur au chapitre suivant, où nous traitons des particularités mystiques du temps de la Passion en général. Mais, en retour, la seconde semaine fournit matière à d'abondants détails historiques; car aucune époque de l'Année liturgique n'a autant préoccupé la chrétienté, et donné sujet à d'aussi vives manifestations de la piété.

Cette semaine était déjà en grande vénération au 111e siècle, d'après le témoignage contemporain de saint Denys, évêque d'Alexandrie 2. Dès le siècle suivant, nous la trouvons appelée la grande Semaine, dans une Homélie de saint Jean Chrysostome 3 : « Non pas, dit le saint Docteur, qu'elle ait plus de jours que les autres, ou que les jours y soient composés d'un plus grand nombre d'heures, mais à cause de la grandeur des mystères que l'on y célèbre. » On la trouve encore désignée sons le nom de Semaine peineuse ou pénible (pænosa), à cause des souffrances de Jésus-Christ et des saintes fatigues qu'exige sa célébration; de Semaine d'indulgence, parce que l'on y recevait les pécheurs à la pénitence; enfin de Semaine sainte, à cause de la sainteté des mystères dont on y fait la commémoration. Cette désignation est la plus usitée parmi nous ; et elle est devenue tellement propre à cette semaine, qu'elle s'attache à chacun des jours qui la composent: en sorte que l'on dit le Lundi saint, le Mardi saint, etc.

I Nous ne jugeons pas à propos d'entrer ici dans les discussions purement archéologiques qui se sont élevées sur le nom de Mediana, par lequel le Dimanche de la Passion est désigné sur d'anciens monuments de la Liturgie et du Droit ecclésiastique.

2. Epist. ad Basili dem. Canon i. 3. Hom. xxx in Genes.

La rigueur du jeûne quadragésimal s'accroît durant ces derniers jours, qui sont comme le suprême effort de la pénitence chrétienne. Même parmi nous, la dispense accordée de faire usage des œufs s'arrête vers le milieu de la semaine, et demeure suspendue en plusieurs lieux jusqu'à la fête de Pâques. Les Eglises d'Orient, fidèles aux traditions de l'antiquité, continuent d'observer la rigoureuse abstinence qui, depuis notre Dimanche de Quinquagésime, donne son nom de Xérophagie à cette longue période où il n'est permis de manger que des aliments secs.

Quant au jeûne, dans l'antiquité, il s'étendait aussi loin que les forces humaines le pouvaient permettre. Nous voyons par saint Epiphane 1 qu'il y avait des chrétiens qui le prolongeaient depuis le lundi matin jusqu'au chant du coq le jour de Pâques. Sans doute, ce n'était que le petit nombre des fidèles qui pouvait atteindre à un tel effort; les autres se contentaient de passer, sans prendre de nourriture, deux, trois ou quatre jours

1. Expositio fidei, ix. Hæres. XXII.

consécutifs ; mais l'usage commun était de demeurer sans manger depuis le Jeudi saint au soir jusqu'au matin du jour de Pâques. Les exemples de cette rigueur ne sont pas rares, même de nos jours, chez les chrétiens orientaux et en Russie : heureux si ces cuvres d'une pénitence courageuse étaient toujours accompagnées d'une ferme adhésion à la foi et à l'unité de l'Eglise, hors de laquelle le mérite de tant de fatigues devient nul pour le salut !

Les veilles prolongées la nuit dans l'église ont été aussi l'un des caractères de la Semaine sainte dans l'antiquité. Le Jeudi saint, après avoir célébré les divins mystères en commémoration de la dernière Cène du Seigneur, le peuple persévérait longtemps dans la prière 1. La nuit du Vendredi au Samedi se passait presque tout entière dans les veilles, afin d'honorer la sépulture du Christ ? ; mais la plus longue de toutes ces veilles était celle du Samedi, qui durait jusqu'au matin du jour de Pâques. Le peuple entier y prenait part ; il assistait à la dernière préparation des catéchumènes; il était ensuite témoin de l'administration du baptême ; et l'assemblée ne se séparait qu'après la célébration du saint Sacrifice, qui ne se terminait qu'au lever du soleil 3.

La suspension des cuvres serviles fut longtemps requise des fidèles durant le cours de la Semaine sainte; et la loi civile s'unissait à la loi de l'Eglise pour produire cette solennelle vacation du travail et du négoce, qui exprimait d'une manière si imposante le deuil de la chrétienté. La pensée du sacrifice et de la mort du Christ était la

1. S. JOHAN. Chrys. Hom. xxx in Genes. 2. S. CYRIL. HIEROSOL. Catech. xviii. 3. Const. A post. lib. I, c. xvii.

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