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Et du rivage où l'aimable Venise,
Par les plaisirs attirant l'Univers,
Comme Cypris jaillit du sein des mers.
Sept cent dix-huit courtisanes en titre
En la cité formaient joyeux chapitre,
Sans y compter femmes d'ambassadeurs,
De grands barons, de princes, d'électeurs.
En un gala, chez le Chef de l'empire,
Advint un jour que l'archichancelier,
Bouffon très-grave, et de ceux qui font rire,
En s'égayant, et voulant égayer
Dîner germain, long, fastueux et triste,
A Sigismond fit apporter la liste
Qui contenait des galantes beautés
Les noms, prénoms, surnoms et qualités.
<< Si voit-on bien que la ville est bénite,
<«< Dit l'Empereur; mais un nom que l'on cite
<«< En cet endroit n'est point commémoré. »
D'un tel reproche on sentit la justice:
On contempla l'auguste impératrice;
Au fond des cœurs l'oubli fut réparé.
Du doux bercail les jours étaient prospères;
Car les pasteurs avaient des soins de pères.
Comme en effet l'amour est un trésor,
Ils achetaient l'amour au poids de l'or:
Saintes Phrynés, moyennant récompense,
Participaient à leurs dévotions,

Et leur vendaient les péchés à Constance,

Comme ils vendaient les absolutions.
Quand tous ces gens qu'on nomme le vulgaire
En leur taudis expiraient de misère,
Rubis, saphirs, perles et diamans,

De maint tendron couvraient les vêtemens;
L'or emplissait son galant domicile:
L'or des tributs d'un peuple consterné!
Besoin criant payait luxe effréné:
Tous deux étaient l'ouvrage du Concile.

Peuple qui jeûne est bien près de crier.
Par un spectacle on voulut l'égayer,
Lui donner jeux, non pas jeux olympiques,
Bien moins encor jeux des rives attiques,
Où d'un laurier vingt poètes épris,
Sophocle, Eschyle, Euripide, Ménandre,
Venaient charmer, en disputant le prix,
Un peuple ému, digne de les entendre.
On prépara sacrifices sanglans:
Jeux de cagots; c'étaient les jeux du tems.
Des tonsurés la race impitoyable

Un hérétique allait encor brûler.
Calomniant le dieu qu'ils font parler,
Ces tonsurés sont lieutenans du diable.
Sur des balcons parés d'or et de fleurs,
Prés de César la cour était assise;
Pigeons de Gnide et Vautours de l'Église
De leur plumage étalaient les couleurs.

Les sept chansons dites de pénitence
Assourdissaient les dévots de Constance;
Portant chasuble, ou capuce hideux,
Gens à col tors défilaient deux à deux:
Prêtres, valets, sainte et lourde canaille,
Docteurs fourrés, chapelains, monacaille.
Un porte-dieu marchait bannière en main;
A coups de brosse un barbouilleur germain
Peignit en bas, sur ladite bannière,
Démons cornus remuant leur chaudière,
Démons plus doux qu'empereurs et prélats;
Peignit en haut Saints riant aux éclats,
Et le bon Dieu qui paraissait leur dire:

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Courage! on vient au paradis pour rire.
Troupeau d'élus, Peuple prédestiné,

Soyez heureux : c'est encore un damné. »
Hiéronime, en la fête exécrable,
Portant l'habit de ces fêtes d'enfer,
San-bénito, feux et diables en l'air,
Présentait seul un front inaltérable,
Et s'avançait vers le bûcher fatal,
Comme un héros sur le char triomphal.

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Écoutez-moi, vous,

dont l'arrêt m'opprime,

<< Bourreaux puissans, couronnés ou mitrés,

« S'écria-t-il la raison fut mon crime;

« Et je péris sous des tyrans sacrés.

« Je vais me joindre aux martyrs mémorables: « Je suis mon maître, innocent comme moi;

« Sur le bûcher je monte sans effroi, «Non sans pleurer sur des juges coupables. « Je leur pardonne en m'élevant aux cieux. « Je vais trouver le juge incorruptible; « Et puissiez-vous trouver grâce à ses yeux! « Mais l'avenir, l'avenir inflexible,

« Verra le sang répandu par vos mains.
« C'est par l'abus que tout pouvoir expire;
Régnez un jour croulera votre empire;
« Ce jour sera la fête des humains. »
Il dit et meurt. Suppôts du monachisme,
Grinçant les dents à ce terrible adieu,
Criaient : « Oyez le méchant bénit Dieu,
<«< Et nous maudit: c'est preuve d'athéisme. »
Ils étaient crus. Et voilà vos destins,
Profanateurs des mortelles idoles !

Siècle présent est sourd à vos paroles;
Siècles suivans sont des échos lointains!
Dans les accens d'une rage imbécille,
Les spectateurs glorifiaient le ciel ;
Et tout un peuple était sot et cruel,
Pour faire aussi l'ouvrage du Concile.
On révolta les esprits généreux:
Notez ceci, révérends personnages,
Qui prétendez, reculant de quatre âges,
Nous ramener à ces tems désastreux;
Vous qui, fermant une faible paupière,
Osez nier la raison qui nous luit,

Ou qui voulez éteindre sa lumière,

Et replonger les siècles dans la nuit.
Jean Guttemberg n'avait en Germanie
Peint la pensée et fixé le génie;
Et toutefois l'aurore du bon sens
Déjà pointait au milieu des ténèbres;
Déjà perçait de ses rayons naissans
Un ciel chargé de nuages funèbres.
De zèle impur quand le peuple enivré
Applaudissait aux vengeances de Rome,
Et louait Dieu du supplice d'un homme,
Par gens de bien cet homme était pleuré.
Le Pogge était du pape secrétaire:

Osa pourtant le docte Florentin
Rendre justice au vertueux sectaire,
Dans une épître écrite en beau latin '.
On y trouvait éloquence facile,
Esprit, savoir, talent et vérité,
Saine raison, touchante humanité :
Car ce n'était l'ouvrage du Concile.

Brûler son homme est un plaisir d'élus.

1. Poggio Bracciolini, né à Florence, et appelé communément le POGGE, fut secrétaire des papes Jean XXIII et Martin V. En 1416, il assista au supplice de l'infortuné Jérôme de Prague, et en écrivit l'histoire dans une lettre à Léonard Arétin, son ami intime, et secrétaire des brefs sous Innocent VII. Arétin le cynique n'a de commun avec celui-ci que son nom. (N. de l'éditeur.)

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