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Et Régulus et le divin Caton?

Aux chants d'Homère, aux écrits de Platon,
Qui prodigua la grâce et la lumière;
Rendit parfaits Virgile et Cicéron;
Ouvrit le ciel aux regards de Newton;
Le cœur humain à Racine, à Molière?
Je le répète : une exquise raison.

Aussi je crois au paradoxe antique
Qu'ont enseigné les sages du Portique:
Fous et pervers sont nés proches parens.
Ils sont nombreux: partout le mauvais sens
Guide à la fois et le folliculaire,
Du vrai talent censeur atrabilaire;
Et le tartufe, et l'indigent fripon
Qui va ramer sur les mers de Toulon;
Et le traitant qui, sous le nom de prince,
En un repas affame une province;
Et le soldat qui trahit son devoir,
Ose insulter à la loi souveraine,
Et, s'emparant d'un injuste pouvoir,
N'obtient des droits qu'à la publique haine.

Boileau dit vrai : ce fameux conquérant
Qui de la Grèce et des forêts d'Épire
Aux bords du Gange étendit son empire,
C'est comme fou qu'on peut l'appeler grand.
Eh quoi! du lit d'Olympia sa mère,

Le roi des Dieux avait eu la moitié!

Il était né d'un céleste adultère!

Crime divin l'avait déifié!

On l'imita chaque empereur de Rome

Devint un dieu, ne pouvant être un homme. A ces voleurs de la terre et du ciel

La servitude érigea maint autel;

On les chôma, car ils étaient les maîtres;
Un dieu payant peut compter sur des prêtres;
Et les fléaux du pâle genre humain

Furent maudits, l'encensoir à la main.
Pesez les faits, lecteur qui savez lire,
Et vous direz: Voilà du vrai délire.
Tous étaient fous; même ce grand César
Qui réunit l'encensoir et l'épée,
Du nom d'heureux déposséda Pompée,
Et le premier traîna Rome à son char.
Je vois sa gloire en désastres féconde;
Indiquez-moi le bien qu'il fit au monde!
Caton mourant lui légua des vertus;
Brutus un fer, Cicéron du génie;
Mais le tyran qui tomba sous Brutus,
Qu'a-t-il laissé? rien que la tyrannie.
Craint de l'Europe, et par elle encensé,
Ce dieu-donné qui régna quinze lustres,
Ce grand Louis, doyen des rois illustres,
En fut-il moins un illustre insensé?
Sans vouloir même interroger l'histoire

Sur un bonheur paré du nom de gloire;
Sans demander s'il fut vraiment l'appui
De vingt talens, délices de la France,
Nés avant lui, grands en dépit de lui;
Si Bossuet lui dut son éloquence;
De Fénélon s'il polit l'élégance,
Sans rappeler La Fontaine en oubli,
Arnauld fuyant, et Corneille vieilli,
Sur des lauriers mourant dans l'indigence;
Il mit les arts au rang de ses flatteurs,
Il fit des arts de brillans serviteurs,
Il fut chanté; mais le nouvel Auguste
Fut-il humain? fut-il bon? fut-il juste?

Autour de lui la lyre, les pinceaux,
Rendaient hommage à ce roi de théâtre,
Idolâtré, de lui-même idolâtre;

Il a dansé, sous de rians berceaux,
Pour Montespan, La Vallière, Fontange;
Tout était bien, si le sultan français
N'eût aspiré qu'à de galans succès;
Mais au Texel, mais au Château-Saint-Ange,
De son sérail, il imposait des lois;
Il attaquait la liberté batave;

Du peuple anglais il menaçait les droits;

Il eût voulu rendre la terre esclave.

Lorsque affaissé sous le poids d'un grand nom,

Entre un jésuite et sa vieille maîtresse,

Amant blasé de la veuve Scarron,

Il se traînait du boudoir à confesse,
Feux, allumés par son ordre inhumain,
Étincelaient dans les cités germaines;
Dragons dévots prêchaient dans les Cévennes
De par le roi, le cimeterre en main;
Les carrousels, les monumens, les fêtes,
Et les revers, et même les conquêtes,
Appauvrissaient un peuple désolé,
D'enfans de France et d'impôts accablé!
En gémissant ce peuple était docile;
Mais, quand il vit son monarque enterré,
Pourquoi rit-il? La réponse est facile:
Sous le grand homme il avait trop pleuré.

L'Anglais Cromwel, tartufe heureux et brave,
Et l'Anglais Monk, ambitieux esclave,
Fous déguisés sous des masques divers,
A d'autres fous ont su donner des fers.
Bref, usurper ou vendre la puissance,
Courber le front sous d'insolentes lois,
C'est, n'en déplaise aux Anglais d'autrefois,
Ou despotique ou servile démence.
Qui que tu sois, ami de la raison,
Aperçois-tu Sottise qui s'élève,

Marchands d'erreurs débitant leur poison,

Lois sans égide, or allié du glaive,

Noirs espions de richesses gorgés,

Chargés d'honneurs, de honte surchargés;
Art de ramper, devenant habitude;
Gens à placet, briguant la servitude;
Gens à pouvoir, commandant à genoux;
Tyrans valets sous le tyran suprême;
Dis hardiment: Tous ces gens-là sont fous;
Et le plus fou, c'est le tyran lui-même.

Tartufe arrive, et, d'un ton nasillard,
Me dit : « Mon fils, craignez les anathèmes :
Concile aucun n'approuva ces systèmes;
Chiens de saint Roch et chiens de saint Médard
Vont aboyer: c'est peut-être un peu tard;
Mais du vieux temps nous aimons les usages;
Et notre siècle est dégoûté des sages.
Gille-Esménard fait contre ces pervers
Un long poëme, et dit qu'il est en vers;
D'esprits divins une épaisse couvée :
Geoffroi, Nisas, et le docte Fiévée,
Châteaubriant, sauvage par accès,

Toujours chrétien, mais pas toujours Français,
Dans les élans de leur pieux délire,
Fouettent Rousseau, Voltaire, Montesquieu:

Méchans auteurs que l'on s'obstine à lire,
Que Dieu punit d'avoir adoré Dieu. »

Et, selon vous, notre cause est perdue!
Des vils Geoffrois qu'importe la cohue?

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